L'ex-gardien de camp nazi extradé des Etats-Unis sans doute jamais poursuivi en Allemagne

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JUGEMENT - L'ancien gardien SS âgé de 95 ans, expulsé par les Etats-Unis, échappera très certainement aux tribunaux du fait de son grand âge et de son état de santé. De quoi mettre en lumière les dysfonctionnements de la justice allemande.

A peine expulsé par les Etats-Unis et accueilli par l'Allemagne, l'ex-gardien SS âgé de 95 ans, assistant SS en 1941 dans le camp de travail forcé de Trawniki dans lequel plus de 6 000 Juifs ont été exterminés, a été transporté vers un centre de soins gériatriques près de Münster. 

Si avec cette expulsion, les Etats-Unis envoient un message fort, en appelant à la responsabilité morale de l'Allemagne, le chef du département chargé d'élucider les crimes nazis de Ludwigsbourg, Jens Romel affirme au Guardian que Jakiw Palij échappera très certainement aux tribunaux. "Il n'y a pour le moment aucune information (qui permettrait) d'envoyer Palij devant un tribunal en Allemagne", précise-t-il, soulignant que l'appartenance de Jakiw Palij aux SS et son apprentissage effectué au camp ne suffisaient pas pour enclencher "une procédure de complicité de meurtre". 


D'autant qu'un tribunal allemand avait déjà ouvert une enquête préliminaire en 2015 à son sujet, close l'année suivante faute de preuves suffisantes.

Les faiblesses de la justice allemande

Bien sûr, l'Allemagne a jugé et condamné ces dernières années plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre : John Demjanjuk, Reinhold Hanning et Hubert Zafke l'ont tous été, illustrant la sévérité accrue, mais très tardive, de la justice allemande. Cependant, jusqu'ici, aucun d'entre eux n'est allé en prison, en raison de leur état de santé.

Dernièrement, Oskar Gröning, dit le "comptable d'Auschwitz", a été définitivement condamné à quatre ans de prison, avant de mourir en mars à 96 ans, peu avant son incarcération. Aussi, la justice allemande est régulièrement critiquée pour son traitement des crimes du IIIe Reich, accusée d'avoir longtemps trop peu condamné, trop faiblement et trop tard.

Un "arrière-goût amer"

Die tageszeitung illustre la complexité d'un paradoxe : si, oui, la Maison Blanche s'est fendue d'un communiqué pour louer cette extradition ("Les États-Unis ne toléreront pas ceux qui ont facilité les crimes nazis et autres violations des droits de l'Homme et ils ne trouveront pas de refuge sur le sol américain"), le quotidien allemand affirme qu'il y a aussi un "arrière-goût amer". 


Et de souligner : "Ce collaborateur nazi a rejoint une maison de retraite. L'État fédéral va payer pour son toit, ses repas, ses vêtements jusqu'à la fin de sa vie, car il n'y a pas de preuves pour le traduire en justice."

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