L'ICAN Prix Nobel de la Paix : "Notre travail n’est pas vain, les États ont pris conscience du danger nucléaire"

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PEACE - Le très attendu prix Nobel de la paix a été attribué ce vendredi à la campagne ICAN, menée par une coalition mondiale d'ONG pour l'abolition des armes nucléaires. LCI a interrogé Jean-Marie Collin, l’un des représentants en France de ce collectif dont le succès intervient en plein contexte de vives tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord.

Le 98e prix Nobel de la paix a été décerné, ce vendredi 6 octobre, à la campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires ICAN (pour International Campaign to Abolish Nuclear weapons). L'ICAN (en référence à "I can", "Je peux", en anglais) figurait parmi les favoris dans les pronostics des experts. Le combat acharné de cette coalition mondiale d'ONG contre la prolifération des armes de destruction massive, au cœur de tensions internationales notamment en Iran et Corée du Nord, a abouti  à la signature d'un traité par 122 pays, le 7 juillet dernier au siège des Nations Unies à New York. 


"Nous vivons dans un monde où le risque que les armes nucléaires soient utilisées est plus élevé qu'il ne l'a été depuis longtemps. Certains pays modernisent leurs arsenaux nucléaires, et le danger que plus de pays se procurent des armes nucléaires est réel, comme le montre la Corée du Nord", a déclaré la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, qui a appelé les puissances nucléaires à entamer des "négociations sérieuses" en vue d'éliminer leur arsenal.  

Pour en savoir plus sur l'ICAN, LCI a interrogé Jean-Marie Collin,  l’un des représentants en France de l'ICAN et de l’Initiative pour le désarmement nucléaire.

LCI : Que ressentez-vous suite à l'annonce de l'attribution du prix de la paix à l'ICAN ?

Jean-Marie COLLIN : Je suis extrêmement ému, c’est un immense honneur pour moi, en tant que représentant d’ICAN France, pour les personnes qui travaillent à mes côtés et pour l’ensemble de la campagne internationale. Cela montre que notre travail n’est pas vain. C’est un véritable signal politique qui est lancé à l’ensemble des puissances nucléaires et aux Etats qui sont sous le parapluie nucléaire, de l’urgence d'interdire les armes nucléaires. Il y a aujourd’hui neuf Etats dans le monde qui ont des armes nucléaires (États-Unis, Russie, France, Chine, Royaume-Uni, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord, ndlr). Au total, cela représente plus de 15.000 armes nucléaires à travers la planète, qui font peser un danger réel pour l'humanité. A la différence des effets du réchauffement climatique, que l'on peut seulement tenter de ralentir, ce danger là il est possible de l'éliminer. Ce n'est pas une fatalité. Et ce prix Nobel de la paix met en valeur l’idée que ces neuf puissances nucléaires, qui ont qualifié d’irresponsable ce traité d'interdiction de l'arme atomique, doivent faire un pas pour ouvrir une réflexion.

LCI : En quoi consiste exactement la campagne ICAN ?

Jean-Marie COLLIN : ICAN est une campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, qui est née en 2007 et à laquelle participe aujourd’hui une centaine d’Etats. Elle regroupe plus de 460 associations à travers le monde. En France, nous sommes un collectif d’une trentaine d’organisations à travailler sur cette problématique depuis déjà de très nombreuses années. ICAN a permis depuis 2007 de recentrer les débats et les réflexions sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires. On doit arrêter de discuter de stratégie, il faut parler de la réalité, et c’est comme ça qu’on est parvenu, avec l’aide du Comité international de la Croix-Rouge et de nombreux experts internationaux, à faire prendre conscience aux États du danger que représente ces armes de destructions massive, qui a abouti sur un traité historique.

LCI : Le Nobel de la paix 2017 à l'ICAN fera-t-il bouger les choses en France ?

Jean-Marie COLLIN : En France, une grande partie des débats parlementaires au sujet du nucléaire délaisse totalement la problématique de l’interdiction des armes nucléaires. Jeudi 5 octobre, un colloque organisé sous l’égide d’Emmanuel Macron a mis en avant l’importance de la dissuasion nucléaire, en ignorant totalement les conséquences humanitaires possibles. Donc, il n’y a pas de volonté de la part du gouvernement d’infléchir une réflexion sur le danger. C’est une arme, pour l’instant, on ne s’en sert pas, mais à un moment donné une personne va s’en servir et c’est l’ensemble de la planète qui en sera affecté. Nous attendons de la part des ministères des affaires étrangères et de la Défense, ainsi que de l’Elysée, l’ouverture d’un dialogue. Nous devons avancer ensemble et réfléchir à des solutions pour trouver une issue. Nous avons une véritable expertise, qui, aujourd’hui, est reconnue par l’assemblée Nobel.

LCI : Comment les citoyens peuvent soutenir votre combat ?

Jean-Marie COLLIN : Tout d’abord, les gens peuvent adhérer à ICAN France, en se rendant sur notre site internet. Et surtout, ils peuvent prendre contact avec leurs parlementaires pour leur demander s’ils connaissent la campagne ICAN, les interroger sur la manière dont ils pensent agir et orienter les débats, et aussi leur demander ce qu’ils pensent de l’attribution du prix Nobel de la Paix. La France s’apprête à doubler son budget dédié à la dissuasion nucléaire, à hauteur de 7 milliards d’euros au cours des prochaines années. Et leur demander : "Pensez-vous qu’il soit utile d’investir autant d’argent pour financer un système d’arme de destruction massive ?" Voilà le genre de questions très concrètes et extrêmement simples que l’on peut poser à son parlementaire. Nous sommes également à l’écoute du grand public s’ils souhaitent participer à des colloques, ou tout simplement pour répondre à leurs questions.

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