L'UE y tient son sommet sur le numérique : l’Estonie, le paradis de l’e-administration qui fait rêver Edouard Philippe

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MODÈLE – Le sommet de l'UE, consacré au numérique et auquel participe Emmanuel Macron, se tient ce vendredi en Estonie. Un choix qui n'a rien d'un hasard : cet État balte a mis en place depuis de longues années la dématérialisation administrative. Dématérialisation qu'Edouard Philippe rêve d'importer en France.

Fin juin, Edouard Philippe avait effectué son premier voyage à l'étranger en Estonie. Le Premier ministre avait ainsi tâté le terrain avant le sommet européen du numérique organisé ce vendredi dans le pays, et auquel assistera bien entendu Emmanuel Macron.


A l'époque, Edouard Philippe avait notamment profité de son périple en terre balte pour parler "e-administration". L’Estonie fait en effet partie de ces pays à la pointe de la technologie en termes de dématérialisation administrative, à laquelle la France aspire depuis longtemps. Accompagné de Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’Etat en charge du Numérique, le Premier ministre avait notamment visité  la Maison Stenbock qui abrite le gouvernement, et notamment de la salle du conseil des ministres, où toutes les décisions se font par vote électronique avant d’être mises en ligne directement à l'attention des citoyens.

Une renaissance forcée

Avec la chute du mur et l’indépendance obtenue en 1991, l’Estonie a dû se réinventer et se construire administrativement, toutes ses anciennes infrastructures appartenant à feu l’URSS. L'ancienne république soviétique a alors plongé dans une modernité qui lui tendait les bras, portée par l'université technique de Tallinn, très à la pointe des nouvelles technologies. Les années 1990 furent aussi la décennie de l’émergence du PC, d’internet et des réseaux connectés entre eux. Une aubaine pour le jeune pays.


C’est dans ce tout petit Etat, qui compte un million et demi d’habitants, qu’a été élaboré le service Skype, fierté nationale, et ici que des ordinateurs sont mis un peu partout à disposition du plus grand nombre. "Ce n’est pas juste des ordinateurs pour tous, c’est aussi des compétences maîtrisées et du contenu pour tous", expliquait à Slate il y a quelques années Linnar Viik, gourou estonien d’internet. "Le public a accès à des sources d’information électroniques, sait les utiliser et cette information est suffisamment disponible, riche et accessible."

Une philosophie qui a permis de basculer aisément la bureaucratie vers le digitalisé sans avoir à faire changer les mentalités empruntes de décennies de bureaucratie "papier" lourde et poussiéreuse. "Au début des années 1990, la question fondamentale que s’est posée l’Estonie, c’était celle de l’édification de sa structure gouvernementale et administrative", souligne Linnar Viik."Nous avons compris rapidement que nous n’aurions pas les moyens de déployer une infrastructure gigantesque. Nous avons tout de suite mis nos efforts dans la recherche de solutions offrant des coûts opérationnels au plus bas."


Plus de 25 ans plus tard, l'Estonie est quasiment à 100% numérisée. Les citoyens disposent depuis 2002 d’une e-carte d’identité, d’un carnet de santé virtuel et peuvent voter en ligne depuis bien longtemps. Tout passe désormais par le cloud et permet de faire des économies structurelles conséquentes tout en promouvant l’interopérabilité des données. Et cela est aussi dû à un partenariat public-privé assumé. La carte d’identité électronique est ainsi née d’une collaboration entre l’Etat et des entreprises de télécommunications.

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La e-carte d’identité, le sésame à tout faire

Le dématérialisé est à présent bien ancré dans les mœurs estoniennes. 96% des foyers paient ainsi leur impôt en ligne quand la France vient de battre son propre record en frôlant la barre des 50% au dernier pointage de juin. Dès la naissance, le citoyen estonien est interconnecté. Il est entré dans l’ordinateur, sa carte d’identité numérique est générée et c'est parti pour un long parcours dans le dédale 2.0 de l'administration. Des milliers de services sont accessibles depuis un ordinateur ou un smartphone dans ce pays 100% connecté administrativement et tout se fait à distance.

Et tout cela se fait de la manière la plus sécurisée possible dans ce pays qui héberge tout de même le centre de cyberdéfense de l’OTAN. Quand la France compte une carte vitale, une carte d’identité, un permis de conduire, un passe pour le transport, la piscine ou divers magasins, l’e-carte d’identité balte centralise toutes les informations. Elle permet aussi de se connecter à un lecteur d’ordinateur et la manipulation est cryptée par deux séries de codes secrets. La signature numérique d’un document est ainsi tout ce qu’il y a de plus officiel. Un précieux sésame qui recense toutes les informations d’un individu, mais ne sert pas encore à remplacer la carte bancaire. Même le smartphone permet d’avoir en dématérialisé sa pièce d’identité et toutes les données recensées.


Les Estoniens effectuent près de 96% de leurs échanges avec les services publics en ligne. Selon les autorités baltes, c’est près de 40 heures de paperasserie et rendez-vous administratifs épargnés chaque année. Si, de notre point de vue français, cela pourrait avoir quelque chose d’inquiétant en matière de vie privée, les autorités sont assez claires sur le fonctionnement : il s’agit avant tout d’un lien entre les services, pas d’une super base de données. Une agence publique veille d’ailleurs au bon fonctionnement de cette administration 100% digitalisée afin d’éviter tout abus.

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