La Centrafrique entre deux précipices

La Centrafrique entre deux précipices

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REPORTAGE - Il y a trois mois jour pour jour mercredi, la France lançait l'opération Sangaris pour stopper le cycle des massacres entre chrétiens et musulmans en Centrafrique. Alors que la situation sécuritaire ne s'améliore que lentement, la crise humanitaire menace de s'aggraver dramatiquement.

La Centrafrique va un peu mieux. Mais elle ne va pas bien non plus. Trois mois tout juste après le lancement de l'opération française Sangaris, les corps ne se comptent plus par centaines dans les rues de sa capitale, Bangui. L'infernal cycle d'exactions-représailles qui déchirait le pays en décembre s'est transformé en un jeu de massacre plus ponctuel. "Des milliers de vies ont été sauvées grâce à vous", est venu dire aux troupes vendredi le Président François Hollande . C'est probablement vrai. Restent la peur, qui continue de dresser chrétiens et musulmans en chiens de faïence , et les pillards qui font leur miel du chaos. "On ne résout pas un an de crise en moins de cent jours", résume, réaliste, une source du commandement militaire pour metronews.

Crise nutritionnelle en vue

Portée à 2000 hommes la semaine dernière, Sangaris se déploie désormais hors de la capitale, afin de stabiliser l'ouest du pays. Le reste est confié aux 6.000 soldats de la mission africaine (Misca), qui ont vocation à se coiffer, à terme, des casques bleus de l'ONU (qui recommande de porter l'effectif à 12.000 hommes). D'ici là, au-delà du problème sécuritaire, les soldats français tentent aussi de conjurer la crise humanitaire qui menace désormais. En sécurisant les 200 kilomètres de goudron qui perfusent le pays, enclavé, depuis le Cameroun. Car avec la crise, c'est l'économie qui a été balayée. Dans leur chute, les musulmans ont emporté avec eux le commerce, faisant monter les prix. Et le nouveau gouvernement, installé depuis un mois, est à sec et n'a pas les moyens de payer ses fonctionnaires. Pour compliquer le tout, l'agriculture entrera en avril dans la période dite "de soudure", entre deux récoltes. La faim est proche.

"En février, nous avons admis à l'hôpital pédiatrique 1200 enfants en état de malnutrition sévère, soit quatre fois plus qu'il y a un an", alerte Nicolas Fuchs, chef de la mission locale d'Action contre la faim (ACF). A la crise nutritionnelle qui s'annonce, il faut ajouter les risques sanitaires. En mars débute la saison des pluies, qui les démultipliera. Or, environ un sixième de la population reste déplacée, dans des camps précaires, à la merci du paludisme et d'infections diverses. Et tandis que mars amène avec lui la saison des pluies, les ONG médicales se préparent déjà à des épidémies de choléra. Face aux besoins immenses (500 millions de dollars estimés par l'ONU), la communauté internationale avait promis en janvier de donner 200 millions. Pour l'heure, moins d'un tiers de cette somme est arrivée jusqu'à Bangui. Le secrétaire général de l'ONU a prévenu mardi : "Il n'y a pas de solution miracle". La Centrafrique n'en demande pas tant. 

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