La Corée du Nord et les Etats-Unis peuvent-ils vraiment basculer dans la guerre ? Un spécialiste nous répond

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INTERVIEW - La tension est à son comble entre Pyongyang et Washington, avec de nouvelles menaces de Donald Trump, déterminé à "résoudre le problème" nord-coréen même sans la Chine. La Corée du Nord, de son côté, se dit prête à la "guerre". Celle-ci pourrait-elle vraiment éclater ? Le point sur la situation avec d'Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Donald Trump président va-t-en guerre ? "La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décide d'aider, ça serait formidable. Sinon, nous résoudrons le problème sans eux ! USA", a publié mardi sur Twitter l'hôte de la Maison Blanche. Une référence aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens bannis par l'ONU. Trois jours plus tôt, le porte-avions USS Carl Vinson et son escorte avaient pris la route vers la péninsule coréenne, tandis que la Corée du Nord se disait prête à la "guerre". Simple menace ou annonce d'un conflit imminent ? LCI fait le point avec Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). 


Le régime de Kim Jong-un multiplie les provocations depuis des années. Le nouveau tir de missile qui a conduit Donald Trump à monter au créneau pourrait-il cependant être l’acte de trop ?

Non. On considère en effet que ce sont des provocations de la part du régime, qui ont deux dimensions. La première est diplomatique, avec la volonté d’envoyer un message à la communauté internationale. La seconde, qu’il ne faut pas sous-estimer, est technique : ces essais balistiques s’inscrivent dans une démarche scientifique visant à accroître les capacités militaires du pays. C’est le cœur et la raison même du tir. L’essai de la semaine dernière n’est donc pas celui "de trop". Il n'est pas celui que tout le monde craint, à savoir un missile intercontinental. Pour l'instant, la Corée du Nord n'a pas fait ce type d'essai mais a annoncé en janvier qu'elle s'en approchait. Une perspective redoutée par la communauté internationale.

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Un porte-avion américain fait route vers la Corée du Nord

"Donald Trump fait avant tout de la communication"

L'attitude vindicative de Donald Trump peut-elle selon vous déboucher sur une guerre ?

Attention, il y a une vraie évolution du discours de Donald Trump. C'est la même personne qui expliquait il y a un peu moins d'un an qu'il était prêt à discuter avec Kim Jong-un, à l'inviter à Washington et à manger un burger avec lui…  Ce qu'il fait en ce moment est avant tout une opération de communication à destination de Pyongyang, des alliés des Etats-Unis, de la Chine, mais aussi de l'opinion publique américaine. Donald Trump veut en effet se différencier de Barack Obama. Certes, le risque qu'un conflit puisse éclater ne peut jamais être totalement mis de côté. Mais le risque d'une guerre est quand même à écarter pour une raison simple : la Corée du Nord n'est pas la Syrie.


Pyongyang aurait donc les moyens de ses ambitions ?

La Corée du Nord a les capacités de se défendre si elle est attaquée. Elle a une armée qui, depuis 70 ans, n'a qu'un seul objectif : se défendre contre une potentielle attaque américaine. Toute la modernisation militaire nord-coréenne vise à développer des capacités asymétriques pour justement faire face aux Etats-Unis : un programme nucléaire, chimique, balistique, les forces spéciales… En outre, il faut se rappeler qu'il y a une mégalopole de 25 millions d'habitants, Séoul, qui est se trouve à 50 km de la frontière nord-coréenne. En cas d'attaque, elle serait attaquée par une artillerie qui ferait des dégâts considérables. 

La seule fois – médiatisée en tout cas – où les Etats-Unis ont réfléchi à un scenario d'attaque remonte à 1994, lors de la première crise nucléaire nord-coréenne : le Pentagone avait estimé que toute attaque sur Pyongyang conduirait à un conflit dans la péninsule et qu'il y aurait au minimum - il y a plus de 20 ans - un million de morts.  Les avis du Pentagone n'ont pas changé sur cette situation-là, c'est pour cela que nous allons aller très vite ces jours-ci vers un séquençage connu d'avance : la Chine va appeler à calmer la situation. 


Quelle est justement le rôle de la Chine ?

Sa priorité, c'est la stabilité régionale. Un conflit entre la Corée du Nord et les Etats-Unis n'est ni dans son intérêt, ni dans celui du Japon et de la Corée du Sud. C'est pour cela qu'on voit déjà Pékin et Séoul monter au créneau, pour dire que les Etats-Unis ne peuvent pas agir de façon unilatérale, rappelant qu'il y a une alliance entre tous ces pays, avec un contrôle des forces partagé par les Etats-Unis et la Corée du Sud. 


Les explications à ces tirs de missiles à répétition de Pyongyang se trouvent-elle également sur la scène intérieure ? 

Kim Jong-un est présenté depuis son arrivée au pouvoir comme le père fondateur de ces tirs balistiques, alors que son père, lui, est perçu à l'inverse comme le père fondateur du nucléaire. Cela lui donne une autorité et une légitimité. Ensuite, la Corée du Nord a tout intérêt à maintenir l'état de siège dans lequel le pays est plongé depuis près de 70 ans. Cela permet de mobiliser la population et de la souder autour de son dirigeant, présenté comme le défenseur du pays. Enfin, il ne faut pas oublier que réussir des essais balistiques permet au régime de mettre en avant ses prouesses technologiques et de dire à la population que, malgré les sanctions internationales, malgré l'opposition américaine, nous sommes capables d'être au même niveau qu'eux. 

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