La Corée du Nord menace d'annuler le sommet avec Trump : "Une tactique de négociation classique de Pyongyang"

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DÉCRYPTAGE - La Corée du Nord a menacé mercredi d'annuler le sommet prévu le mois prochain entre Kim Jong-Un et Donald Trump si Washington cherchait à l'acculer à renoncer unilatéralement à son arsenal nucléaire. Une manœuvre diplomatique guère surprenante, explique à LCI Antoine Bondaz, spécialiste du pays.

Comme un air de déjà-vu. Après des mois de rapprochement diplomatique sur la péninsule coréenne, Pyongyang a menacé mercredi d'annuler le sommet prévu le mois prochain entre Kim Jong-Un et Donald Trump. Un retour à la rhétorique traditionnelle du pays, qui souhaite ainsi peser dans les négociations avec Washington.


"Si les Etats-Unis tentent de nous mettre au pied du mur pour nous forcer à un renoncement nucléaire unilatéral, nous ne serions plus intéressés par un tel dialogue", a déclaré le ministre adjoint des Affaires étrangères, Kim Kye Gwan. Autre décision, symbolique celle-ci : Pyongyang a annulé une rencontre de haut niveau avec la Corée du Sud pour protester contre des exercices militaires annuels en cours entre Séoul et Washington, qualifiés de "provocation". 

Pour Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), ce retour en arrière dans la diplomatie nord-coréenne n'est guère surprenant. "C'est une tactique de négociation classique de la Corée du Nord. Dans le cadre des négociations internationales, vous devez mettre la pression sur l'autre, rappeler qu'un accord n'est pas certain et surtout que chacun doit faire des concessions." Des concessions qui, jusqu'à présent, seraient faites seulement par Kim Jong-Un. "Il a fait beaucoup de 'cadeaux' à Donald Trump lui permettant de se vanter. Cela a été le cas, par exemple, avec la fermeture symbolique annoncée le 27 avril du site d'essai de Montap. Le président américain peut dire : "Regardez ce que je suis parvenu à obtenir."


A l'heure où le calendrier s'accélère en vue du sommet prévu le 12 juin, Pyongyang semble bien décidée à reprendre la main dans les négociations avec Washington. Au cœur de celles-ci : l'épineuse question de l'arsenal atomique nord-coréen. Pour Kim Jong-Un, hors de question de lâcher du lest aussi facilement, surtout après avoir soutenu pendant des années qu'il ne renoncerait jamais aux armes nucléaires. Seuls des engagements envers la dénucléarisation de la "péninsule coréenne" ont été émis, une formule sujette à interprétation. Pour Washington, il s'agit cependant d'une condition sine qua none : elle exige "la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" de la Corée du Nord. 

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Pour Antoine Bondaz, John Bolton est la "bête noire" de Pyongyang depuis quinze ans. "Il a été ambassadeur de l'ONU puis en charge de la non-prolifération des armes nucléaires au département d'Etat. Selon lui, la Corée du Nord doit à court terme démanteler l'ensemble de ses capacités nucléaires, balistiques et chimiques. Et seulement après cela, des négociations seront possibles. La Corée du Nord cherche à isoler cette ligne-là, inacceptable politiquement et que dans le cadre des négociations elle ne peut triompher."


Avec ce regain de tensions, quel avenir pour le sommet entre les deux pays ? Washington a fait savoir qu'il continuait à préparer la rencontre, la porte-parole du département d'Etat Heather Nauert déclarant que les Etats-Unis n'avaient pas "été notifiés" d'un changement. Pour Antoine Bondaz, une poignée de mains est encore d'actualité. "La Corée du Nord tout comme les Etats-Unis ont besoin d'un accord. Ils peuvent même ressortir gagnant-gagnant." 

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