La défaite de Roy Moore aux élections en Alabama signe-t-elle le début de la fin pour Donald Trump ?

La défaite de Roy Moore aux élections en Alabama signe-t-elle le début de la fin pour Donald Trump ?

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FOCUS - Mardi, le candidat ultra-conservateur Roy Moore a perdu, contre toute attente, les élections sénatoriales en Alabama face à son rival démocrate. Un revers cinglant tant pour cet ultra-conservateur que pour Donald Trump, qui s'était fortement engagé derrière lui. LCI a demandé à un spécialiste de la politique américaine quelles peuvent désormais être les conséquences d'un tel retournement.

Coup de tonnerre chez les républicains. Mardi, le favori ultra-conservateur Roy Moore a subi une cinglante défaite lors de l’élection sénatoriale en Alabama. Ardemment soutenu par Donald Trump, il a été battu de quelques dixièmes de points (49,9% des voix, contre 48,4%) par le démocrate Doug Jones. Ce revers, en partie dû aux scandales sexuels qui ont éclaboussé le candidat durant sa campagne, ramène le nombre de sièges républicains à 51 sur 100 au Sénat. Une perte qui risque d'affaiblir un peu plus le président américain, déjà ébranlé par plusieurs échecs politiques. Le professeur d'histoire et spécialiste de la politique américaine Corentin Sellin fait le point avec LCI sur cette victoire inattendue.

Journaliste : La victoire de Doug Jones est-elle vraiment une surprise ?

Corentin Sellin : C'est même une surprise monumentale à l'échelle de l'histoire électorale et politique américaine depuis environ un demi-siècle. Le seul précédent récent auquel on pense, c'est l'élection spéciale qui avait eu lieu en 2010 dans le Massachusetts pour le Sénat, sous Obama. Alors que les démocrates étaient installés depuis des décennies dans cet Etat, le républicain Scott Brown avait remporté ce scrutin à la surprise générale. Mais par rapport à ce précédent, la surprise est encore plus forte car l'Alabama est vraiment l'un des Etats les plus conservateurs de l'Union du sud, où les évangéliques blancs représentent presque la moitié de la population, environ 48%. La base de Donald Trump y est également surreprésentée. Lors de son élection, il avait d'ailleurs remporté l'élection de 27 points face à Hillary Clinton (62 à 34) en novembre 2016.

Journaliste : Cette défaite ne désavoue-t-elle que Roy Moore ou concerne-t-elle aussi Donald Trump ?

Corentin Sellin : Par ses agissements, Trump a fait en sorte que cette défaite soit aujourd'hui sienne. Il faut se rappeler qu'il n'avait pas soutenu Moore durant la primaire républicaine. Il avait soutenu le candidat qui était le sénateur intérimaire Luther Strange. Mais celui-ci avait été boudé par les électeurs. S'étant déjà trompé une fois, il s'est rallié à Roy Moore qui, il faut le dire, est sur une ligne idéologique tout à fait trumpiste : nationaliste, identitaire, et avec une très forte religiosité évangélique. Et alors que le candidat républicain était accusé de faits particulièrement lourds (détournement de mineurs, agressions sexuelles, voire pédophilie), le président s'est jeté à corps perdu derrière lui, alors même que sa fille Ivanka condamnait les agissements de Moore. Il a même été jusqu'à pousser ceux qui avaient cessé de le soutenir après l'éclatement du scandale à revenir sur le terrain. Il y a eu, de toute évidence, un phénomène d'identification. Donald Trump, qui est accusé de délits sexuels depuis plus d'un an par environ seize femmes, s'est identifié à Moore en tant qu'outsider au système politique persécuté par la presse et faussement accusé d'agressions sexuelles. Aujourd'hui, c'est l'effet boomerang.

Journaliste : La perte de cette place au Sénat va-t-elle vraiment handicaper Donald Trump ?

Corentin Sellin : Ça l'handicape de deux manières. On sait que beaucoup de sénateurs républicains sont très rétifs au programme de Donald Trump. Maintenant qu'il est totalement affaibli politiquement, ils vont être de plus en plus incités à lui désobéir et à ne plus s'afficher avec lui avant les élections intermédiaires de mi-mandat, en novembre prochain. Ils vont davantage encore couper les ponts avec lui et cela risque de mettre en danger le vote final de sa réforme fiscale. Et puis, arithmétiquement, on comprend bien que 51 places contre 49 pour les démocrates, ça lui donne une marge ridiculement faible. Il va maintenant être très entravé pour faire voter des lois. On va donc avoir un président largement paralysé dans sa capacité législative jusqu'aux élections de mi-mandat de l'année prochaine.

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