La France avait bien préparé un rapatriement des djihadistes français de Syrie

JT 13H - Parmi les cinq enfants de djihadistes rapatriés figurent trois garçons d'une même fratrie. Leurs grands-parents espèrent obtenir leur garde au plus vite.
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TERRORISME - Officiellement ces derniers mois, le gouvernement français a décidé de ne pas rapatrier les djihadistes français retenus en Syrie et leurs familles. Mais selon des documents consultés par Libération et l'AFP, il l'avait pourtant envisagé. Tout était même prévu dans les moindres détails. Des révélations qui surviennent alors même qu'une tentative d'évasion aurait eu lieu en Syrie dans la prison où sont justement détenus des djihadistes français.

Souhaitant minimiser l'information, le gouvernement français assure qu'il s'agit seulement d'une "hypothèse" de travail. Pourtant, confirmant une information de Libération, l'AFP a pu prendre connaissance de documents montrant que la France a récemment préparé un plan très détaillé de rapatriement global de djihadistes français de Syrie et de leur famille.

Ces documents montrent que les autorités ont détaillé les modalités de retour de djihadistes français et de leurs proches actuellement retenus ou emprisonnés par les forces kurdes en Syrie. "Il est logique que les services aient préparé toutes les hypothèses. Celle-ci était une des hypothèses préparées par les services" a tenté de justifier le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner lors de la conférence de presse finale du G7-Intérieur à Paris. "Aucun rapatriement collectif n'a été envisagé pour être mis en oeuvre" a-t-il ajouté, réaffirmant la doctrine actuelle du gouvernement qui a décidé de ne rapatrier que les enfants, et "au cas par cas".

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Deux avions prévus pour rapatrier 163 personnes

Les documents, attribués au renseignement intérieur, comprennent une liste détaillant, sur la période du 18 janvier au 6 mars, les noms de quelque 250 personnes - hommes, femmes, enfants - et des informations très précises : date de départ sur zone, durée du séjour, camp ou lieu de détention. Est également présente une colonne "rapatriement/vol" avec un numéro de vol - 1 ou 2 - suggérant que deux avions devaient les ramener en France. Ces vols concernaient 163 personnes jusqu'au 14 février.

Les documents consultés par l'AFP montrent que les autorités se sont préparées à absorber le traitement judiciaire des Français de l'Etat islamique. Un autre document daté du 6 mars schématise ainsi le parcours de 100 ressortissants, 37 hommes et 63 femmes, à leur arrivée, devant les enquêteurs et les magistrats antiterroristes. 57 d'entre eux sont visés par des mandats d'arrêt. La justice prévoyait aussi de prendre en charge 149 enfants dont 99 de 2 à 13 ans, 30 de moins de 2 ans et 7 mineurs de plus de 13 ans ainsi que 13 autres d'âge "inconnu". 

Une position gouvernementale qui fluctue

 Au final, aucun rapatriement massif n'a eu lieu pour le moment, et le gouvernement s'est défendu vendredi d'avoir cédé aux réticences de l'opinion publique. En France, pays occidental le plus touché par les attentats perpétrés au nom de l'organisation Etat islamique, la question du retour des djihadistes est sensible. Dans un sondage de fin février, une très large majorité de Français se disaient "inquiets" d'un tel retour, et favorables à laisser la Syrie et l'Irak prendre en charge les enfants. Depuis plus de 18 mois, les autorités ont souvent changé de pied.

Paris a d'abord exclu tout retour de djihadistes, à l'exception des enfants avec l'accord maternel. La donne a changé le 19 décembre lorsque les Etats-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes du nord-est syrien, faisant redouter un affaiblissement de l'allié kurde face à Ankara ou Damas, et un risque d'"évaporation" des djihadistes. Un tel scénario faisait alors pencher les autorités en faveur d'un retour de tous les ressortissants français. Mais le 26 février, le président Emmanuel Macron tranche, affirmant qu'"il n'y a pas un programme de retour des djihadistes".

Selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d'Analyse du Terrorisme (CAT), il est urgent de rapatrier ces djihadistes en France. Il en veut pour preuve la tentative d'évasion survenue récemment à la prison de Derik, sous contrôle des kurdes, dont il a fait mention sur son compte Twitter vendredi. Plusieurs dijihadistes français y sont incarcérés.

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