La galaxie Epstein : qui sont les principaux protagonistes de cette affaire ?

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Jeffrey Epstein, le milliardaire qui exploitait sexuellement des mineures

SCANDALE - Le décès de Jeffrey Epstein et la révélation d'une série de 2000 documents judiciaires ont jeté une lumière crue sur cette affaire de trafic sexuel de mineures présumé. Les noms de personnalités très proches du financier américain ont été diffusés. Certaines d'entre elles sont mises en cause et démentent formellement. Le point sur ce dossier complexe.

Le procès de Jeffrey Epstein était prévu en 2020 et le financier américain encourait 45 ans de prison. Mais sa mort, "un suicide apparent", dans sa cellule de la prison de Manhattan la semaine dernière, a anéanti tout espoir de le voir s'expliquer devant la justice. Néanmoins, William Barr, ministre de la justice américain et Geoffrey Berman, procureur de Manhattan, l'ont promis : ils traqueront sans relâche et présenteront à la justice les éventuels complices de Jeffrey Epstein, dans cette affaire d'agressions sexuelles sur mineures. 

Dans un dossier de plus de 2000 pages, révélé au public par la justice américaine à la veille de la mort d'Epstein, plusieurs noms reviennent régulièrement, à côté de celui du financier américain. Des noms de personnalités de premier plan, très proches du financier et parfois accusées par des victimes présumées d'avoir participé à un trafic sexuel de mineurs. Un trafic qui se serait traduit par le recrutement de dizaines de jeunes filles parfois mineures, pour des séances de "massages" comprenant quasi systématiquement des attouchements voire des viols. 

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Jeffrey Epstein : un multimillionnaire accusé d'exploitation sexuelle de mineures

Sur le papier, tout semblait réussir à Epstein. A 66 ans, il était un richissime gestionnaire de fortune, souvent accompagné des personnes parmi les plus puissantes de la planète. Fils d'un jardinier de Brooklyn et ancien professeur de mathématiques, il fréquentait Donald Trump, Bill Clinton, le prince Andrew ou encore George Mitchell, un ancien émissaire de la paix au Moyen-Orient, Leslie Wexner, patron milliardaire de l'entreprise L Brands - la maison-mère de la marque de lingerie Victoria's Secret ... En juillet dernier, il avait été arrêté par la police à la descente de son avion, et inculpé pour exploitation sexuelle de mineures et conspiration en vue d'une exploitation sexuelle. Des chefs d'accusation qui auraient pu lui valoir jusqu'à 45 ans de prison s'il avait été reconnu coupable au terme de son procès l'année prochaine. Mais un mois après son arrestation, l'homme a été retrouvé mort dans sa cellule de prison de Manhattan, le 10 août. 

Cette affaire qui agrège et alimente toutes sortes de théories complotistes n'est pas nouvelle et Epstein n'est pas un inconnu des médias et de la justice américaine. Il y a une dizaine d'années, il avait déjà été accusé de faits similaires en Floride. Mais à la suite d'un accord passé à l'époque avec le procureur fédéral chargé de cette affaire Alexander Acosta, ancien ministre du Travail de Donald Trump, il avait obtenu de ne pas être poursuivi par la justice fédérale. Il avait uniquement été condamné pour des faits mineurs de prostitution, qui lui avaient valu une peine de prison aménagée de treize mois. L'accord est longtemps demeuré confidentiel et inaccessible, y compris pour les dizaines de victimes. Quant aux personnes impliquées aux côtés d'Epstein, elles ont bénéficié d'une immunité contre les poursuites pénales. 

Dans cette autre affaire, pour laquelle il devait comparaître en 2020 et relancée par une enquête du Miami Herald sur ce réseau et les personnes impliquées, il était accusé d'avoir, entre 2002 et 2005 au moins, fait venir des mineures, certaines âgées de 14 ans seulement, dans ses résidences de Manhattan et de Palm Beach, et sur son île privée des Caraïbes "pour se livrer à des actes sexuels avec lui, après quoi il leur donnait des centaines de dollars en liquide". "Il en a aussi payé certaines pour qu'elles recrutent d'autres filles afin qu'elles soient elles aussi abusées par Epstein", ajoute l'acte d'accusation. 

Après le décès du suspect principal dans cette affaire, la justice américaine semble bien décidée à éclaircir ce sordide dossier, en enquêtant notamment auprès des possibles complices d'Esptein. 

Ghislaine Maxwell : bras droit et confidente

Ghislaine Maxwell est l'une des personnes au centre de ce que Geoffrey Berman, procureur de Manhattan, a qualifié de "toile" en "constante expansion". Fille du patron de presse déchu Robert Maxwell, elle fut la compagne d'Epstein avant de devenir son "bras droit" et sa confidente. Elle est accusée par des victimes présumées d'être la cheville ouvrière de ce réseau, d'avoir recruté des jeunes filles mais également d'avoir participé à certains actes sexuels. 

Selon le Miami Herald, journal américain qui a permis de relancer cette affaire avec une enquête sur l'homme d'affaires et son réseau, il y aurait plus de 80 victimes. En 2015, Virginia Giuffre Roberts a intenté une action au civil contre Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein, affirmant que Maxwell l'avait retenue dans les années 2000 comme "esclave sexuelle". Maxwell a toujours nié ces allégations et n'a jamais été poursuivie. Aujourd'hui, la quinquagénaire demeure introuvable. Le DailyMail affirme avoir retrouvé sa trace du côté de Manchester-by-the-Sea, une cossue station balnéaire de la région de Boston. La publication précise d'ailleurs que cela fait près de trois ans qu'elle n'a pas été aperçue en public. Son compagnon,  richissime patron d'une société d'informatique, nie que Ghislaine Maxwell soit dans sa résidence. Ce jeudi 15 août, le DailyBeast affirmait que Maxwell était dans le sud de la France, citant une de ses amies proches. 

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Alfredo Rodriguez, l'ancien majordome d'Epstein

Après l'affaire de 2008, qui a valu à Epstein de ne passer que quelques mois en prison, Alfredo Rodriguez, son ancien majordome, ajoute son témoignage à ceux qui visent Jeffrey Epstein. Il a notamment raconté avoir vu à de nombreuses reprises de très jeunes filles dans les résidences du financier, ou encore d'avoir envoyé un bouquet de roses rouges à une jeune fille sur ordre d'Epstein. Cette homme, qui avait volé le fameux carnet d'adresses d'Epstein versé depuis lors au dossier, a été arrêté et condamné à 18 mois de prison pour avoir tenté de le vendre. Il est mort en 2015.

Des personnalités mises en cause, qui démentent

Bill Richardson, ancien gouverneur du Nouveau-Mexique : selon Virginia Giuffre, Epstein et Maxwell l'aurait forcée à avoir des relations sexuelles avec Bill Richardson, un ancien gouverneur démocrate de l'Etat du Nouveau-Mexique. Ce dernier nie catégoriquement ces accusations. "Ces allégations et ces déductions sont complètement fausses ... Pour être clair, dans ses interactions limitées avec M. Epstein, le gouverneur Richardson ne l'a jamais vu en présence de jeunes filles ou de filles mineures. Le gouverneur Richardson n'est jamais allé à la résidence de M. Epstein dans les îles Vierges. Le gouverneur Richardson n'a jamais rencontré Mme Giuffre", a indiqué son avocat dans un communiqué. 

Alan Dershowitz, avocat et ami proche d'Epstein : cet avocat ancien défenseur d'OJ Simpson est lui aussi impliqué dans cette affaire car accusé par Virginia Giuffre de l'avoir violée et d'avoir été le "co-conspirateur d'Epstein dans le trafic sexuel". Lors de la précédente affaire en Floride, c'est grâce à lui qu'Epstein obtient un arrangement en sa faveur, en 2008. Guiffre affirme avoir été "prêtée" comme "produit sexuel" à l'avocat, ce qu'il a démenti dans les colonnes du DailyBeast, cette semaine. 

Le prince Andrew, fils d'Elizabeth II : son nom apparaît à plusieurs reprises dans cette affaire et pour cause, il est accusé par une victime présumée d'avoir été "forcée à avoir des relations sexuelles" avec le prince Andrew, à Londres, New York et dans les Caraïbes, sur ordre de Jeffrey Epstein. Buckingham Palace a toujours nié ces allégations : "Toute suggestion selon laquelle des actes inconvenants ont été commis avec une mineure est catégoriquement fausse". 

Il est en outre apparu qu'Epstein avait payé des dettes de Sarah Ferguson, l'ancienne femme du prince Andrew. Un geste pour lequel elle avait dû s'excuser et s'expliquer :  "J'ai fait une terrible, terrible erreur de jugement en m'adressant à Jeffrey Epstein. Ce qu'il a fait est mal, et il a été à juste titre condamné à de la prison pour cela", avait déclaré Sarah Ferguson en 2011. Malgré ces communiqués, deux photos du prince Andrew en compagnie de Jeffrey Epstein avait fuité dans la presse, en 2014. 

En 2015, un juge américain a retiré des procédures les accusations "sensationnalistes" d'une victime qui avait affirmé avoir été forcée à avoir des relations sexuelles avec le prince Andrew alors qu'elle était mineure. Ces derniers jours, c'est une photo de lui, aux côtés de Virginia Giuffre et Ghislaine Maxwell qui a relancé cette affaire, côté britannique. 

George Mitchell , ex-émissaire spécial de Bill Clinton et figure des accords de paix en Irlande du Nord, puis émissaire spécial de Barack Obama pour le Moyen-Orient : l'homme de 86 ans a également été visé par le témoignage de Virginia Giuffre, qui affirme avoir été forcée par Epstein et Maxwell à avoir des rapports sexuels avec lui. Ce qu'il nie. "L'allégation contenue dans les documents publiés est fausse. Je n'ai jamais rencontré, parlé ou eu aucun contact avec Mme Giuffre. Lors de mes contacts avec M. Epstein, je n'ai jamais observé ni soupçonné de comportement inapproprié avec des filles mineures. J'ai seulement entendu parler de ses actes lorsqu'ils ont été rapportés par les médias dans le cadre de ses poursuites en Floride. Nous n'avons eu aucun autre contact", affirme l'ancien homme politique dans un communiqué. 

Jean-Luc Brunel, l'ancien patron d'une agence de mannequins financée par Epstein : cet homme d'affaires français est accusé d'avoir mis en relation Epstein avec des mineures via son agence MC2 et Virginia Giuffre affirme avoir été forcée d'avoir des relations sexuelles avec lui. Il est aussi accusé d'avoir réduit à néant des carrières de jeunes femmes refusant ses avances. Une jeune mannequin néo-zélandaise a affirmé à Libération avoir été présentée comme une toxicomane pour avoir refusé ses avances. Une autre mannequin pense avoir été droguée par lui à son insu. L'homme d'affaires, déjà mis en cause par l'émission 60 minutes de la chaine CBS en 1989, avait nié tout comportement inapproprié en 2015. Les ministres Marlène Schiappa et Adrien Taquet ont demandé lundi à la justice d'ouvrir un volet français dans l'affaire Epstein, estimant qu'elle pouvait ainsi avoir des ramifications en France.

Alexander Acosta, ministre déchu de l'administration Trump

Dans la tourmente après l'arrestation d'Epstein, Alexander Acosta, ministre du travail de l'administration Trump a démissionné, à la mi-juillet. Il s'était vu reprocher d'avoir, en 2008, alors qu'il était procureur fédéral en Floride, négocié l'accord en justice jugé trop favorable pour Epstein. 

L'accord négocié par les procureurs sous la tutelle d'Acosta avait à l'époque évité un procès à Jeffrey Epstein, tenu à l'écart de ses victimes, et prévu des conditions particulièrement favorables d'aménagement de sa peine de détention. 

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