La Louisiane, énième Etat à réprimer l'avortement : les pro-vie américains ont la Cour suprême dans le viseur

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ETATS UNIS - Le Sénat de l'Etat de Louisiane a adopté mercredi 29 mai un nouveau projet de loi réprimant l'avortement aux Etats-Unis. Un vote qui vient s'ajouter à une série de textes répressifs votés dans plusieurs Etats américains. Une offensive ultra-conservatrice dont le but avoué et de déclencher une bataille judiciaire susceptible d'aller en Cour suprême.

Alabama, Missouri, Ohio, Dakota du Nord, Géorgie, Mississipi, Kentucky, Iowa et maintenant Louisiane. Avant les Etats-Unis ? Cet Etat conservateur du Sud du pays s'est doté, mercredi 29 mai, d'une loi réprimant l'avortement, en l'interdisant à partir du moment où les "battement de coeur" du foetus étaient détectables. Une étape qui intervient autour de la 6e semaine de grossesse, soit un moment où la plupart des femmes concernées ne connaissent pas leur condition. Le texte, rapporte le New Yorl Times, a été adopté par des sénateurs républicains comme démocrates, et approuvé par le gouverneur de l'Etat, membre du Parti démocrate et opposant notoire à l'avortement, soucieux d'assurer sa réélection à son poste cette année.


Ce texte n'est pas le plus répressif du pays. La "palme" en revient à l'Alabama, qui interdit la quasi-totalité des interruptions volontaires de grossesse, même en cas d'inceste ou de viol et prévoit une peine de 10 à 99 ans de prison pour les médecins pratiquant un avortement, sauf en cas d'urgence vitale pour la mère ou d'"anomalie létale" du fœtus. Mais il n'en constitue pas moins une preuve de l'avancée incontestable des ultra-conservateurs et des anti-féministes sur le sujet, qui ne se cachent absolument pas : faire fléchir la Cour suprême du pays sur le sujet. 

Trump et Pence contre Roe v. Wade

Pour la droite religieuse, l’objectif est clair : faire annuler l'arrêt de la Cour suprême "Roe v. Wade", qui a légalisé l'avortement en 1973 dans tous les Etats-Unis. Pour arriver à leurs fins, ces républicains veulent profiter de la nomination par le président Trump de deux juges opposés à l'avortement, qui ont ancré le temple du droit américain dans le camp conservateur. "Mon but (...) est de faire casser Roe v. Wade et que cette décision revienne aux Etats afin que nous puissions faire nos propres lois, avec des amendements, qui règlent ces questions", a d’ailleurs affirmé l'élue républicaine de l'Alabama Terri Collins, à l'origine du texte, après son adoption.


Pour les républicains, tous les voyants sont au vert. Ils le sont d’ailleurs depuis plusieurs mois : au cours d’un débat face à la démocrate Hillary Clinton en octobre 2016, le candidat Donald Trump avait évoqué l’annulation de l’arrêt de 1973 en cas de victoire. Mardi 28 mai, c'est le très religieux vice-président Mike Pence, qui remettait une pièce dans la machine en formulant son "espoir que les protections légales contre les discriminations basées sur le sexe, la race ou le handicap soient un jour étendues aux Américains pas encore nés".

Ribambelle de textes restrictifs

Depuis, plusieurs Etats ont profité du changement de présidence pour réformer leur législation en la matière : la Géorgie a adopté début mai une loi interdisant l'avortement dès que les battements du cœur du fœtus sont détectables, soit environ à la sixième semaine de grossesse. De nombreuses femmes n'ont pourtant pas encore conscience d'être enceintes, soulignent les détracteurs de ces législations dites "battement de cœur". Des textes similaires adoptés dans le Kentucky et le Mississippi ont été bloqués par des tribunaux et il est probable que la loi de Géorgie connaisse le même sort. L'Ohio, le Missouri et le Tennessee sont aussi en passe de voter des lois restrictives sur l'IVG. 


Malgré les espoirs de la droite religieuse, la Cour suprême ira-t-elle dans leur sens ? Même dominée par les conservateurs, la Cour a récemment rejeté des recours de deux Etats républicains liés à l'IVG, un sujet très clivant dans la société américaine. Selon un sondage du Centre de recherches Pew datant de 2018, 58% des Américains estiment que l'avortement devrait être légal, contre 37% à souhaiter son interdiction.

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