"La meute" condamnée pour abus sexuel et non pour viol : le verdict du "procès de l'année" indigne l'Espagne

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SCANDALE - L'histoire remonte à 2016 mais l'audience qui s'est tenue en novembre dernier à Pampelune avait été qualifié de procès de l'année. Cinq hommes qui se surnommaient étaient accusés de viol, sur une jeune femme, lors des fêtes populaires de la San Fermin. Sauf que le verdict, tombé ce jeudi, a seulement reconnu un "abus sexuel". De quoi provoquer la colère des féministes, des politiques et des institutions. Des manifestations sont prévues dans plusieurs villes d'Espagne.

Cinq mois après "le procès de l'année" en Espagne, le verdict est tombé ce jeudi. Les cinq membres de "La meute", comme ils se surnommaient eux-mêmes sur leur groupe de discussions Whatsapp, étaient accusés d'avoir violé une jeune femme de 18 ans originaire de Madrid - et filmé leurs actes - en juillet 2016 lors des fêtes traditionnelles de la San Fermin à Pampelune. Sauf que le crime de "viol" n'a finalement pas été retenu, suscitant immédiatement de vives réactions de la population.


Les cinq Andalous âgés de 27 à 29 ans ont ainsi été reconnus coupables du délit espagnol d'"abus sexuel", aggravé d'"abus de faiblesse", et condamnés à neuf ans de prison. Il leur a également été interdit d'approcher la victime à moins de 500 mètres et de la contacter pendant 15 ans. Ils devront lui verser, tous ensemble, une indemnisation de 50.000 euros. 

Un verdict très en dessous des réquisitions du parquet

Une peine très largement inférieure aux réquisitions du Parquet qui demandaient 22 ans et 10 mois de réclusion contre chacun d'eux et 100.000 euros d'indemnisation totale. L'agression sexuelle est définie par le Code pénal espagnol comme une atteinte "à la liberté sexuelle d'autrui en utilisant la violence ou l'intimidation", alors que l'abus sexuel, incluant les attouchements, est défini comme une atteinte au consentement d'autrui sans violence ni intimidation.


Les avocats des cinq accusés avaient requis l'acquittement, assurant, pour appuyer leur position, que la victime était consentante. L'une des pièces centrales du dossier est une vidéo de leurs actes, diffusée sur leur groupe de discussion, avec le message : "en train d'en baiser une à cinq". La jeune femme avait, par la suite, été abandonnée dans un hall d'immeuble, à demi-nue. 


Seule chose reconnue par les accusés : le vol du téléphone portable avec lequel, le viol présumé avait été filmé. La défense avait soutenu durant le procès que la jeune femme, qui avait bu de la Sangria, était consentante, puisque sur la vidéo, elle n'avait jamais semblé dire "non". L'un des accusés est membre de la Garde civile et actuellement suspendu de ses fonctions, un autre a appartenu à l'armée. Plusieurs sont des supporters "ultras" du Séville FC. 

L'indignation monte en Espagne

Le verdict annoncé par le tribunal de Navarre n'est donc pas allé dans le sens des réquisitions du parquet. Quelques minutes après l'annonce du verdict, des manifestants ont protesté aux portes du tribunal aux cris de "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol". L'indignation monte en Espagne. Le tweet de la police nationale espagnole se passe de traduction : "Non c'est non. Nous sommes avec vous", avec le numéro de téléphone d'urgence. 

Les médias espagnols indiquent que des manifestations auront lieu dans diverses villes du pays, entre 18h et 19h. Parmi les villes : Barcelone, Madrid, Bilbao et Saragosse. 

De nombreux hommes politiques se sont également émus de ce verdict. Sur son compte Twitter, le leader du PSOE, Pedro Sánchez, a écrit: "Elle a dit NON, nous vous croyions et nous continuons à vous croire, si ce que vous avez fait n'était pas un viol collectif contre une femme sans défense, alors qu'entendons-nous par viol? #NoesNo #YoSíTeCreo"

Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, s'est lui aussi, indigné après l'annonce de ce verdict. 

Avec le slogan "Moi, oui, je te crois", ce fait divers retentissant avait déjà fait l'objet de nombreuses réactions de la population.  Les manifestations et la grève générale féministes du 8 mars dernier en Espagne -  inédites par leur ampleur - y avaient ainsi fait référence, notamment avec la pancarte "la pornographie crée des meutes".

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