La Russie va-t-elle reprendre la Crimée ?

La Russie va-t-elle reprendre la Crimée ?

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UKRAINE – Moscou a avancé ses pions dans la crise ukrainienne, avec l'annonce surprise jeudi du Parlement pro-russe de Crimée demandant à Moscou le rattachement de la péninsule à la Russie. Cette région autonome d'Ukraine, en majorité russophone, va-t-elle retomber entre les mains de Moscou ?

La Crimée reviendra-t-elle dans le giron russe ? Les habitants de cette petite péninsule , devenue une région autonome de l'Ukraine il y a un demi-siècle, devront décider de leur éventuel rattachement à Moscou lors d'un référendum le 16 mars prochain. Le parlement de Crimée, en majorité pro-russe, s'est prononcé en faveur de ce rattachement jeudi.

Une annonce surprise, et un véritable pied de nez à l'Europe, au moment où les dirigeants de l'Union européenne cherchent une sortie de crise à Bruxelles. La séparation, tant redoutée à l'ouest, se précise. Le Premier ministre ukrainien a immédiatement fustigé une décision "illégitime", tandis que la Maison Blanche s'est offusquée d'une violation du droit international : "Toute décision sur la Crimée doit être prise par le gouvernement à Kiev", a fait savoir Washington. Il faut désormais être "très, très vigilants", a mis en garde le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius.

La Crimée, plus russe qu'ukrainienne

A Moscou, en revanche, on exulte. Depuis deux semaines, le Kremlin montre ses muscles dans son ancien bastion soviétique. Des drapeaux russes flottent déjà sur les administrations criméennes, surveillées par des soldats soupçonnés d'être envoyés par Moscou . Il faut dire que cette région intéresse fortement la Russie, qui y a implanté ses forces navales de la mer Noire. Un bastion stratégique de défense, qui lui permet aussi un accès commercial et naval rapide à la Méditerranée.

Mais que veulent les habitants de Crimée ? La région est déjà culturellement et linguistiquement bien plus attachée à Moscou qu’à Kiev. La péninsule, qui faisait autrefois partie de la Russie, puis de l’URSS, n'a été rattachée à l'Ukraine qu'en 1954. Du coup, une majorité de la population (60%) se considère comme russe , quand 25% se disent d'origine ukrainienne. Restent les Tatars , qui ne sont ni l'un ni l'autre. Ces turcophones musulmans, qui représentent 12 % de la population, menacent de prendre les armes en cas d'annexion russe.

L'Ukraine "prête à agir"

"En mai 2013, seulement 23% de la population de Crimée se disait pour une sécession et un rattachement à la Russie", rappelle pour metronews Emmanuelle Armandon , spécialiste de l'Ukraine. Sauf que depuis, tout a changé. La destitution du président ukrainien Ianoukovitch, au profit d'une force politique considérée par certains comme nationaliste, a pu attiser le désir d'émancipation vis à vis du pouvoir central. Quitte à basculer sous pavillon russe ?

L'Ukraine a fait savoir qu'elle en se laisserait pas faire. Dans un discours emprunt de gravité, jeudi, le premier ministre Arseni Iatseniouk s'est dit prêt à agir pour "protéger notre pays". Et d'insister : "Nous avons moins d'armes (que la Russie), mais nous avons l'esprit de liberté".
 

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