La semaine de 28h ou 30h, plutôt que de 35h ? Une idée qui fait son chemin en Suède

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ENQUÊTE - Alors que le syndicat allemand IG Metall poursuit son mouvement social pour réclamer notamment le passage de 35 à 28 heures de travail hebdomadaire, LCI s’est intéressé au cas de la Suède, où une telle expérience a déjà été menée à l’échelle locale. Sans surprise, les salariés cobayes sont ravis. Et, malgré le coût important de la mesure, de nombreux patrons aussi. Explications.

Travailler moins pour gagner autant, ou presque. C’est avec cette idée en tête que le puissant syndicat allemand IG Metall a entamé, début janvier, un mouvement social d’au moins une semaine pour réclamer notamment le passage à de 35 à 28 heures de travail hebdomadaire, avec une compensation salariale qui permettrait de conserver un niveau de revenus quasi-équivalent. 


Un mouvement qui s'est accentué ces derniers jours dans une centaine d'entreprises, paralysées par des grèves inédites, alors qu'un nouveau round de négociations pourraient avoir lieu à partir de lundi. Le but de la manœuvre reste le même : offrir aux travailleurs plus de temps libre à consacrer à leurs familles et leurs loisirs, façon sous-jacente, selon le syndicat, d’accroître leur bien-être, donc leur motivation, donc leur productivité. Un doux rêve ? Pas forcément. 

Le "3-8" transport compris apprécié en Suède

Cette expérience de la semaine de 28h a déjà été menée plusieurs fois en Suède à l’échelle locale ces dernières années. Et elle s’est souvent révélée positive. Généralement lancée à l’initiative d’élus du parti de gauche Vänsterpartiet - qui a néanmoins vu ses propositions nationales rejetées - côté service public, cette réduction du temps d’activité, testée dans des maisons de retraites ou des établissements de santé par exemple, s’est aussi imposée depuis 15 ans dans le privé, chez Toyota, à Mölndal, près de Göteborg. La succursale du géant automobile y a mis en place la journée de six heures - soit 30 heures hebdomadaires. De quoi ravir la plupart des salariés cobayes mais aussi les patrons. 


"Travailler pendant six heures ne nécessite pas beaucoup de pauses", explique Martin Banck, heureux directeur du garage Toyota en question, dans le journal syndical Dagens Arbete. "Vous pouvez supporter plus. Vous êtes en meilleure forme. Plus efficace. Je vous assure : vous faites de 20 à 30% de plus en six heures qu'en huit." Un avis que partage Magnus Wikström, mécanicien passé à la semaine de 30 heures dès 2002 et qui ne reviendrait sur ce changement pour rien au monde. "Maintenant, je ne regarde plus jamais ma montre", nous affirme-t-il. "Le rythme est plus élevé, il n’y a plus autant de pauses, juste du travail." 

Ce que nous vendions en cinq semaines il y a quinze ans, nous l’écoulons maintenant en une semaine et demieMartin Banck, directeur d’un garage Toyota, à propos du passage à la journée de six heures

"Nous pouvons enfin nous dire que nous avons atteint les objectifs anciens du mouvement ouvrier que nos ancêtres avaient mis en place", abonde Gert Östh, un autre employé du constructeur japonais. "Huit heures de repos. Huit heures de temps libre. Huit heures de travail, y compris le temps de transport." Aux salariés les (vrais) trois-huit, au patron les gains de productivité et la hausse du chiffre d’affaires. 


"Ce que nous vendions en cinq semaines il y a quinze ans, nous l’écoulons maintenant en une semaine et demi", poursuit Martin Banck, qui affirme être bien moins souvent confronté aux arrêts de travail désormais. Pour répondre à l’activité supplémentaire, l’homme a dû embaucher. De 16 en 2002, ses effectifs sont passés à 36. Une équipe travaille le matin, une autre l’après-midi, ce qui a permis d’accroître la durée d’ouverture journalière du garage, pour le plus grand plaisir des clients. Difficile dans ces circonstances d’imaginer le directeur changer désormais quoi que ce soit. 

Trop onéreux ?

À Göteborg toujours, le personnel de la maison de retraite de Svartedalen a, lui, dû se résoudre à revenir l’an dernier à un temps de travail plus classique dans le pays. Entre 2015 et 2017, la structure avait été choisie pour expérimenter la semaine de 30 heures, contre 40 heures auparavant. Là-encore, les résultats semblaient sans appel. Comme l’indique la chaîne publique SVT, les études sur le projet montrent que les salariés travaillant six heures au lieu de huit se sentaient mieux, plus apaisés. Une sérénité ressentie dans la maison de retraite, où l’absentéisme avait chuté. Au bout d'un an de test, un rapport soutenait que le sentiment de bien-être des aides-soignants était de 20% supérieur à celui de leurs confrères d’autres établissements restés aux 40 heures et qu’ils consacraient alors 60% de temps libre en plus à l'exercice physique, faisant ainsi diminuer leur tension artérielle et augmenter leur masse musculaire.

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Ces nombreux bienfaits n’ont toutefois pas empêché le retour - difficile - à la normale. "On a l'impression de recevoir un cadeau et que quelqu'un nous le reprend", raconte Eva Emanuelsson, une employée qui s’occupe des patients atteints de démences. "Pour moi, il y a eu beaucoup de choses qui ont été positives avec ces journées de travail plus courtes. J'ai eu du temps à consacrer à ma vie privée et je pense aussi avoir été plus efficace au quotidien." La déception est donc bien là. Jugée trop coûteux par ses opposants, dont l’actuel gouvernement social-démocrate, le programme avait nécessité la création de 17 postes pour compenser les heures de travail perdues, pour un total de 6,6 millions de couronnes (environ 670.000 euros). Un investissement duquel il faut retrancher les économies engendrées par la baisse des arrêts maladies, par les gains de productivité et par les indemnités-chômage qui ne sont plus versées. Mais un investissement qui reste cependant "sec". 

Deux nouvelles expériences en cours

Il pourrait néanmoins être renouvelé, toujours à échelle locale. C’est le cas actuellement à l’hôpital universitaire Karolinska-Huddinge de Stockholm ou dans celui de la petite commune de Skellefteå, dans le grand Nord ; deux endroits où les avantages sont considérés plus importants que les inconvénients. Des arrangements ont en tout cas été trouvés. 


Dans la capitale suédoise, le personnel a réduit ses semaines de travail de 38 à 32 heures et le surcoût a été absorbé par l’ajout d’un week-end travaillé sur deux pour assurer l'équilibre financier. À Skellefteå, les initiateurs de la mesure espèrent, eux, récupérer les trois millions de couronnes investies (300.000 euros) par la baisse de l’absentéisme. Réponse à la fin de l’expérience, en septembre 2018. 

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