"Nedjo le boucher" devant les juges : la Serbie ouvre son premier procès sur le massacre de Srebrenica

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PREMIÈRE - Plus de 21 ans après le massacre de Srebrenica, en Bosnie, la Serbie juge pour la première fois sur son territoire des auteurs présumés des tueries. Huit personnes, dont "Nedjo le boucher", comparaissent à partir de ce lundi devant un tribunal de Belgrade.

21 ans après l'horreur, "Nedjo le boucher" et sept membres de la brigade "Jahorina" vont être jugés. Ces huit prévenus sont accusés d’avoir participé au massacre de Srebrenica, en 1995 en Bosnie-Herzégovine, et sont les premiers auteurs présumés à être présentés devant un tribunal serbe. Ils encourent 20 ans de prison pour "crimes de guerre contre la population civile".

C’est la première fois que la justice serbe organise le procès d'auteurs présumés du massacre de Srebrenica. Comme le personnel politique du pays, la justice du pays refuse de considérer ce massacre comme un génocide. Contrairement à la justice internationale et au tribunal pénal international de La Haye, qui le rappellent eux régulièrement, comme lors de la condamnation à 40 ans de prison de Radovan Karadzic, chef politique des Serbes de Bosnie durant le conflit. 

Des centaines de Bosniaques abattus à l'arme automatique et à la grenade dans un entrepôt

En juillet 1995, dans les derniers mois de la guerre intercommunautaire de Bosnie (qui avait débuté en 1992 et fait au total 100.000 morts), les forces serbes commandées par le général Ratko Mladic avaient massacrés 8000 bosniaques en quelques jours. La population, alors placée sous protection de l’ONU, tentait de fuir l’enclave de Srebrenica. Hommes et adolescents avaient été séparés des femmes et des enfants, avant d’être abattus.

Les huit membres de la brigade Jahorina qui comparaissent à Belgrade sont accusés d’avoir ordonné ou participé à l’exécution en une seule journée de plusieurs centaines de ces musulmans bosniaques. Capturés dans une forêt puis regroupés à l’intérieur d’un entrepôt, les victimes étaient abattues à l’arme automatique et à la grenade, selon l’enquête. Les restes des victimes avaient été découverts dans des charniers.

Nedeljko Milidragovic, 58 ans, surnommé "Nedjo le boucher" était le commandant de la brigade. Selon l’accusation, cet ancien boucher devenu policier pendant le conflit avait dit à ses hommes que "personne ne devait sortir vivant" de l’entrepôt. Parti s’installer en Serbie après la guerre, il a vu une dizaine de ses anciens soldats se faire rattraper par la justice de Bosnie-Herzégovine, avant d’être convoqué à son tour au tribunal, de Belgrade cette fois.

La Serbie doit affronter son passé- Vladimir Vukcecic, ancien procureur serbe pour les crimes de guerre

Une partie de la population serbe ainsi que sa classe politique contestent toujours que les Serbes soient les principaux responsables du conflit dans les années 1990, lorsque Slobodan Milosevic était au pouvoir. C'est pourquoi l’ancien procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcecic, estime que ce procès est important, "car la Serbie doit affronter son passé". Faute de quoi, "il ne peut pas y avoir de réconciliation dans la région", raconte-t-il à l’AFP.

Le climat est tendu entre la justice serbe et internationale depuis le départ à la retraite non remplacée (depuis un an) du magistrat. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a reproché jeudi dernier à la Serbie d’ "ignorer et violer ses obligations légales de coopération". Le pays refuse en effet d’extrader trois ressortissants accusés d’avoir fait pression sur des témoins durant le procès de Vojislav Seselj, homme politique serbe inculpé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre lors du conflit de Bosnie et redevenu député à Belgrade en bénéficiant d’un acquittement en mars par le Tribunal pénal international.

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