"La situation est tout aussi préoccupante dans le reste de l'Ukraine"

"La situation est tout aussi préoccupante dans le reste de l'Ukraine"

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INTERVIEW - Alors que Moscou alimente la tension sur le dossier ukrainien en déployant ses forces en Crimée, Emmanuelle Armandon, spécialiste de l'Ukraine et à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO-Paris), analyse pour metronews les raisons de cette escalade et les conséquences d'une telle intervention.

Comment expliquer une telle démonstration de force de la Russie en Ukraine ?
En Russie, l'Ukraine est considérée comme une composante régionale de la nation russe, et Kiev comme la mère de toutes les villes. Les Russes entretiennent une relation très forte avec ce pays, ce qui rendait d'ailleurs jusqu'ici difficilement imaginable une intervention armée. En outre, la perte de la Crimée en 1991 a été vécue comme une véritable amputation pour les Russes.

La mobilisation russe semble dépasser aujourd'hui la seule Crimée. Quelles sont, à votre avis, les ambitions de Vladimir Poutine en Ukraine ?
Cette question de la Crimée ressurgit à chaque fois que les relations se tendent entre l'Ukraine et la Russie. Mais le vote , samedi, du conseil de la Fédération (Chambre haute du parlement russe, ndlr) est inquiétant parce qu'il ouvre effectivement la porte à l'envoi de troupes en Ukraine, et pas seulement en Crimée. Selon le porte-parole du président russe, la décision d'envoyer des troupes n'a pas été prise par Vladimir Poutine. A ce stade, il est difficile de dire s'il s'agit d'une simple gesticulation ou si Moscou veut aller plus loin.

Une partition du pays est-elle envisageable ?
Il faut d'abord voir quelle va être l'évolution de la situation en Crimée, notamment avec le référendum qui vient d'être avancé au 30 mars. Selon un sondage réalisé en mai 2013, seulement 23% de la population de Crimée serait pour une sécession et un rattachement à la Russie. Des tensions inter-ethniques, notamment avec les Tatars qui soutiennent le nouveau pouvoir de Kiev, pourraient s'accentuer. La situation est tout aussi préoccupante dans le reste de l'Ukraine avec les manifestations pro-russes qui ont eu lieu ce week-end dans l'Est du pays. Toutes ces régions traditionnellement tournées vers la Russie pourraient être, elles aussi, tentées par le séparatisme.

Les populations russophones, comme en Crimée, ont-elles des raisons de s'inquiéter du changement brutal de pouvoir à Kiev ?
Des décisions hâtives ont été prises ces derniers jours à Kiev. Quand le Parlement a abrogé la loi adoptée en 2012 sur les questions linguistiques, qui donnait au russe le statut de langue régionale dans les territoires à fortes minorités russes, il a attisé les tensions dans les régions de l'Est et du Sud et avec la Russie. Dans ces conditions, les populations pro-russes peuvent nourrir des inquiétudes.

L’élection présidentielle prévue le 25 mai peut-elle offrir une sortie de crise en Ukraine ?
Difficile à dire. Tout dépend comment la situation va évoluer d'ici là et qui va se présenter. Il y a un vrai problème d'élite politique en Ukraine. On peut d'ailleurs se demander si l'unité entre des candidats potentiels ou déjà déclarés à l'élection présidentielle, comme l'opposant Vitali Klitschko , l'actuel Premier ministre Arseni Iatseniouk , le chef du parti nationaliste Svoboda, Oleh Tyahnybok, et maintenant Ioulia Timochenko, qui ne font pas l'unanimité dans le pays, va tenir.

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