La Suède a-t-elle réussi à endiguer l'épidémie sans le moindre confinement ?

La Suède est-elle sur le point d'en finir avec le coronavirus ?
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À LA LOUPE – Les autorités suédoises ont choisi de ne pas opter pour une stratégie de lutte contre le virus basée sur un confinement total de la population. Si l'épidémie semble reculer de manière régulière, l'efficacité de cette méthode reste toutefois à relativiser.

Habitants qui flânent dans les rues, commerces ouverts, écoles à peine perturbées… À Stockholm, comme dans le reste de la Suède, la vie en cette période d'épidémie tranche avec celle que nous connaissons dans une majeure partie du reste de l'Europe. Le gouvernement suédois, pour lutter contre le Covid-19 a en effet opté pour une stratégie singulière : ne pas confiner sa population et miser sur une immunité collective progressive, jugée comme seule vraiment efficace à moyen terme en l'absence de vaccin.

Alors que pour l'OMS, cette approche suédoise pourrait devenir un "futur modèle" dont pourraient s'inspirer des pays qui mettraient en place un déconfinement. Son organisation est ainsi saluée pour sa capacité à organiser la vie de la population en ménageant les risques sans pour autant rompre de manière nette avec son fonctionnement classique. Pour autant, peut-on vraiment expliquer que la Suède est en passe de chasser l'épidémie de son sol, comme le font certaines publications ? Sans doute pas, et sa stratégie suscite là-bas des débats, y compris au sein de la communauté scientifique.

Une régression, mais pas de conclusions

À l'heure actuelle, il est trop tôt pour affirmer que l'épidémie est résorbée en Suède. Après avoir connu un pic de mortalité le 8 avril avec 114 décès, les courbes sont en baisse et l'on observe que le nombre de morts diminue : 56 le 25 avril, 10 le 1er mai. Le nombre de cas recensés est lui aussi en baisse, mais cette évolution est à prendre avec des pincettes, la courbe ayant connu des variations importantes ces dernières semaines.

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Pour juger de l'efficacité des mesures prises par le gouvernement suédois, il peut s'avérer instructif d'observer la mortalité rapportée à la population. La Suède apparaît alors beaucoup plus touchée que ses voisins scandinaves, avec 26 décès pour 100.000 habitants tandis que la Norvège en affiche 4 et le Danemark 8 (la France est à 37). Interrogée par le journal belge L'Echo, L’épidémiologiste flamande Nele Brusselaers, enseignante à Stockholm, appelle à se méfier des chiffres et à ne pas s'enthousiasmer trop vite sur les résultats affichés par la Suède.

La spécialiste indique en effet que des retards dans la prise en compte des décès fausseraient les données, et que la mortalité serait environ "50% plus élevée". Par ailleurs, il convient de rappeler que le pays est très vaste, et que la densité de population y est bien plus faible qu'en France ou dans d'autres Etats européens. "Il serait plus honnête" de comparer les chiffres "avec ceux d’un centre urbain similaire à Stockholm, qui compte 1.000 décès pour près d’un million d’habitants, soit un taux de mortalité proche de celui de New York", estime Nele Brusselaers.

Des mesures qui divisent

Il serait en outre réducteur de résumer la gestion suédoise de l'épidémie à un simple refus du confinement. Une bonne partie des écoles a en effet rouvert, même si lycées et université restent fermés. Par ailleurs, des mesures de distanciation physique et des gestes barrières sont mis en avant. Dans les commerces aussi, l'influence du Covid-19 se fait ressentir : les restaurants et autres bars espacent les tablées, tandis que les commandes au bar sont désormais prohibées. Les rassemblements de plus de 50 personnes sont quant à eux totalement interdits, de même que les visites dans les maisons de retraite. Cela signifie entre autre la fermeture de grandes enseignes, des cinémas ou des théâtres.

Le système médical aussi s'est adapté. Outre des campagnes de dépistage, le pays a presque doublé ses lits en soins intensifs afin de faire face à l'afflux de malades. Pas suffisant néanmoins pour prendre en charge certaines populations fragiles, en particulier les seniors qui sont de très loin les plus touchés. En cas de contamination, un confinement strict est par ailleurs décrété. Pas suffisant aux yeux de "plus de 2 000 médecins et scientifiques, dont le président de la Fondation Nobel", qui ont réclamé des mesures plus fortes dans une tribune, rapporte France Culture. Les dirigeants du pays y sont violemment épinglés : "ils nous mènent à la catastrophe", lancent ces experts.

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Qu'en pense la population ? De manière générale, la stratégie adoptée semble convaincre. Si le gouvernement indique que sa constitution ne permet pas d'imposer un confinement total, les Suédois apparaissent satisfaits de la gestion actuelle, en témoigne les récents sondages indiquant que 63% de la population fait confiance à ses dirigeants pour agir durant cette crise. 20 points de plus qu'il y a un mois. 

Un modèle difficile à importer

Vu de France, où le confinement se fait long pour de nombreux citoyens, l'approche suédoise a de quoi faire saliver. Pour autant, rien ne dit qu'elle serait exportable, a fortiori dans l'Hexagone. Outre des villes plus peuplées et plus denses dans notre pays, on observe d'autres différences, en matière économique notamment.

Directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la Suède, Jenny Andersson soulignait auprès de France Culture que l'on compte en Suède un très grand nombre de "cols blancs". Ces salariés "sont des gens qui peuvent travailler chez eux sans problème et qui ont tout de suite compris que c'était une bonne idée d'éviter les transports publics. Mais aussi, ils ont les moyens de ne pas se rendre au travail", souligne-t-elle. De quoi expliquer en partie également la surreprésentation des personnes immigrées dans les hôpitaux, ces dernières étant davantage amenées à occuper des emploi exposés (que ce soit dans la vente ou les services).

Sans doute la Suède peut-elle aussi se permettre plus facilement une politique quelque peu risquée comme celle qu'elle mène actuellement. Un consultant interrogé par L'Echo et vivant dans la région de Malmö note en effet que "Les finances publiques se portent bien et la crise économique sera moins grave ici qu’ailleurs". La Suède, ajoute-t-il "ne fait pas partie de la zone euro, ce qui lui permettra éventuellement de dévaluer sa devise si les choses tournent mal".

En conclusion, si la ligne de conduite adoptée par Stockholm se révèle assez efficace même sans appliquer un confinement généralisé, on peut souligner que le pays semble plus touché que ses voisins directs. La politique du gouvernement fait l'objet dans le pays de nombreuses critiques, malgré un nombre de morts en recul et un soutien assez franc des citoyens. Difficile pour autant d'imaginer ces mesures adoptées ailleurs qu'en Scandinavie, en particulier dans des pays où la densité de population serait bien plus élevée. 

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