Pourquoi les Russes ont boudé le nouveau triomphe de Poutine

Pourquoi les Russes ont boudé le nouveau triomphe de Poutine

ÉROSION – Au terme d’une campagne sans saveur, le parti Russie unie de Vladimir Poutine a largement remporté dimanche les élections législatives. Une victoire néanmoins marquée par un taux de participation en nette baisse, signe d’une certaine lassitude de la population.

Malgré un score moins élevé, la victoire est une nouvelle fois retentissante. S’il a largement remporté dimanche les élections législatives –obtenant même une majorité sans précédent au Parlement-, le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, a réalisé son moins bon résultat depuis dix ans. 

Mais le mode de scrutin -pour moitié à la proportionnelle et pour moitié majoritaire- a accentué la mainmise des candidats de la formation pro-Kremlin. Résultat: selon les projections réalisées après le décompte partiel, Russie Unie semble pouvoir obtenir au moins 343 des 450 sièges à la Douma, la chambre  basse du Parlement, contre 238 précédemment.

Seule ombre au tableau pour Vladimir Poutine et son parti : la faible participation, qui chute à 47,8% contre 60,2% en 2011 et 63,7% en 2007. 

Des électeurs désabusés

Cette érosion est-elle l’illustration d’un début de ras le bol ? Nombre des 110 millions de Russes appelés à voter ont en tout cas boudé un scrutin qu’ils considéraient comme joué d’avance. Dans un pays en récession depuis dix-huit mois, provoquée par la chute du prix des hydrocarbures et les sanctions occidentales suite à la crise ukrainienne, les électeurs montrent là des signes de lassitude. 

La campagne était inintéressante. Ils promettent beaucoup, mais rien ne change- Alexandre, un retraité habitant à Moscou

"La campagne électorale était inintéressante. Ils promettent tous beaucoup, mais rien ne change", a ainsi regretté Alexandre, un retraité qui a assuré être venu malgré tout à son bureau de vote de Moscou pour que "les autres ne choisissent pas" à sa place.

Même son de cloche du côté de Dimitri, un quarantenaire de Saint-Pétersbourg, qui évoque un scrutin "absolument" prévisible mais s’est lui aussi décidé à aller voter. "C'est mon pays, et je dois donner mon avis", déclare-t-il un brin résigné. "Au moins, on me le demande - formellement, en tout cas."

Pour justifier la faible participation, le Kremlin évoque un manque d’information

"Dans nombre de régions, la participation n'était pas très élevée puisque les citoyens n'ont pas été dument informés du lieu où se trouvait leur bureau de vote", a tenté de justifier la déléguée du Kremlin pour les droits de l'Homme, la générale Tatiana Moskalkova, une proche de Poutine.  Notant pour sa part une participation "pas la plus élevée mais quand même importante", Vladimir Poutine s'est réjoui du "très bon résultat" de son parti et de "la maturité politique grandissante" des électeurs russes. 

Je suis indigné par un taux de participation si faible- Mikhaïl Kassianov, ancien Premier ministre et opposant à Poutine

Une analyse que ne partage pas du tout l’opposition. "Je suis indigné par un taux de participation si faible. Les Russes laissent peut-être passer leur dernière chance de remplacer démocratiquement les autorités", a ainsi réagi l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov, président du parti Parnas (0,66% des suffrages).  

Côté résultats, l'opposition libérale, dont fait partie Parnas, a échoué à surmonter ses querelles internes et n'a pu présenter une liste commune. Conséquence : les anti-Kremlin ne devraient d’ailleurs avoir aucun député dans la nouvelle Douma. Une situation qui laisse le champ libre à Vladimir Poutine, deux ans avant la présidentielle de 2018 où personne en Russie n’imagine qu’il ne se présentera pas pour un quatrième mandat. 

VIDEO. Elections législatives en Russie : les votes de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev

En vidéo

Elections législatives russes : votes de Vladimir Poutine et son Premier ministre Dmitri Medvedev

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Sous-marins australiens : Paris et Washington se renvoient la balle

EN DIRECT - Covid-19 : 3299 classes fermées à travers le pays

Pourquoi la disparition d'al-Sahraoui est un "gros coup" porté au groupe État islamique au Grand Sahara

Patrimoine, assurance-chômage... Les annonces d'Emmanuel Macron pour les travailleurs indépendants

Covid-19 : bientôt un allègement des restrictions en France ?

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.