Le footballeur Ali Al-Araibi, arrêté lors de son voyage de noces en Thaïlande, ne sera pas extradé au Bahreïn

International

LIBÉRATION - L'ancien joueur de football de l'équipe du Bahreïn, Hakeem Ali Al-Araibi, va enfin pouvoir rentrer cher lui, en Australie, où il bénéficie du statut de réfugié politique. Après son arrestation en novembre en Thaïlande, une campagne internationale avait été lancée pour stopper son extradition dans son pays d'origine.

La pression médiatique exercée sur les autorités thaïlandaises et bahreïnienes a payé. L'ancien joueur de football de l'équipe du Bahreïn, Hakeem Ali Al-Araibi, a été libéré de prison. Il aura passé plus de 70 jours dans les geôles thaïlandaises. "Nous avons été informés par le ministère des Affaires étrangères du retrait par le Bahreïn de sa demande d'extradition. S'ils ne le réclament pas, nous n'avons aucune raison de le garder ici", a annoncé ce lundi 10 février le parquet thaïlandais. Le jeune homme de 25 ans a été placé auprès des services de l'immigration pour être renvoyé rapidement vers l'Australie. Il bénéficie là-bas de l'asile politique.

L'émirat a cependant précisé dans un communiqué que "les poursuites judiciaires" et "le verdict de culpabilité à l'encontre de M. Al-Araibi demeurent en vigueur". Le joueur avait été condamné en 2014 par contumace à dix ans de prison. Il est accusé d'avoir endommagé un poste de police deux ans plus tôt lors de manifestations en marge du "Printemps arabe". Hakeem Al-Araibi a toujours nié les faits, affirmant se trouver à l'époque à l'étranger pour jouer un match. Celui qui s'estime menacé de mort dans son pays, dénonce un faux procès à son encontre. Une vengeance pour avoir critiqué un membre de la famille au pouvoir et président de la Confédération asiatique de football - Cheikh Salman ben Ibrahim Al Khalifa. 

Protégé en Australie - son pays d'accueil - par le statut de réfugié politique, il s'était rendu en Thaïlande le 27 novembre avec sa femme pour passer sa lune de miel. Or, la Thaïlande n'est pas signataire de la convention sur les réfugiés et nombre d'entre eux sont renvoyés dans leur pays d'origine.

Une campagne médiatique internationale

"Je suis heureux que Hakeem rentre à la maison et je serai heureux de le voir chez lui", s'est félicité le Premier ministre australien, Scott Morrison, remerciant les autorités thaïlandaises.

Sa libération est "une grande victoire pour le mouvement des droits de l'Homme et tous ceux qui se battent pour repousser les régimes qui vont à l'encontre du droit international", a déclaré de son côté l'ex-capitaine de la sélection australienne de football Craig Foster. L'ancien joueur est aujourd'hui ambassadeur d'Amnesty International et à la tête de la campagne de libération d'Al-Araibi.

Depuis son arrestation, une campagne internationale très médiatisée réclamait son retour en Australie. La Fédération internationale de football (Fifa) et le Comité international olympique (CIO) lui avaient notamment apporté leur soutien.

Cela n'avait pas suffi à arrêter les autorités thaïlandaises qui avaient accepté d'examiner la demande d'extradition déposée par le Bahreïn. L'affaire avait été renvoyée devant un tribunal pénal de Bangkok, qui avait refusé le 4 février la libération sous caution du jeune homme, craignant qu'il ne prenne la fuite.

Changement de politique il y a quelques jours : le ministre des Affaires étrangères de Thaïlande s'est rendu à Manama dans le but de rencontrer le prince héritier de Bahreïn, Salman ben Hamad Al Khalifa et trouver une issue diplomatique à ce conflit. Opération réussie : le Bahreïn a finalement retiré sa demande d'extradition. Comment Scott Morrison s'y est-il pris ? Le doute reste épais. Différentes "zones d'intérêt" ont été discutées, a simplement expliqué l'agence de presse officielle de l'émirat.

Vers une évolution de la législation thaïlandaise

Ces derniers temps, la Thaïlande est mise sous pression pour respecter le droit des réfugiés. Le royaume a ainsi promis un assouplissement de sa politique migratoire après l'affaire Rahaf Mohammed al-Qunun. En janvier dernier, les autorités avaient, là aussi, fait marche arrière et libéré cette Saoudienne de 18 ans, sous la pression des réseaux sociaux. La jeune femme qui se disait menacée dans son pays avait obtenu le droit d'asile au Canada.  

Les réfugiés ne seront plus renvoyés dans leur pays "contre leur gré", avait assuré le chef de la police de l'immigration, peu après cette affaire. Il avait à l'époque précisé que cela ne s'appliquerait pas à Al-Araibi car le joueur était sous le coup d'un mandat d'arrêt. La notice rouge d'Interpol visant le joueur avait pourtant été levée.   

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