Le Giec appelle à des changements "sans précédent" pour contenir le réchauffement climatique

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ENVIRONNEMENT - Dans un rapport fleuve rendu lundi 8 octobre, les experts du climat de l'ONU expliquent que les dirigeants mondiaux devront engager des transformations "rapides" et "sans précédent" s'ils veulent limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

Vagues de chaleur, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans : les conséquences du réchauffement climatique se font déjà sentir et ce n'est que le début, avertissent les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Dans un rapport de 400 pages rendu public lundi 8 octobre, ils exposent la menace d'emballement au-delà d'1,5°C de réchauffement.


"Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte, d'autant que passer 1,5°C accroît le risque de changements profonds voire irréversibles, comme la perte de certains écosystèmes", explique Hans-Otto Pörtner, co-président de cette session du Giec qui a réuni chercheurs et représentants des Etats toute la semaine dernière en Corée du Sud.

"Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte"Hans-Otto Pörtner, co-président de cette session du Giec

Si le mercure continue de grimper au rythme actuel, sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre, il devrait atteindre +1,5°C entre 2030 et 2052, note le rapport, basé sur plus de 6000 études. Et si les Etats s'en tiennent à leurs engagements de réduction d'émissions pris dans le cadre de l'accord de Paris en 2015, ce sera +3°C à la fin du siècle.


Alors, que faire, alors que 2017 a encore vu les émissions mondiales liées à l'énergie repartir à la hausse ? Pour le Giec, contenir l'augmentation à 1,5°C demandera une réduction des émissions de CO2 drastique dès avant 2030 (-45% d'ici 2030) et la  "neutralité carbone" en 2050 (autrement dit il faudra cesser de mettre dans l'atmosphère plus de CO2 qu'on ne peut en retirer, et ne plus se permettre que des émissions "résiduelles").

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Villes, industries, énergie, bâtiment... tous les secteurs sont appelés à s'atteler à de "profondes réductions d'émissions" : rester à 1,5°C demandera "une transition rapide et de grande portée", d'une ampleur "sans précédent". Le Giec insiste sur l'énergie - charbon, gaz, pétrole étant responsables des trois quarts des émissions. Et propose plusieurs scénarios chiffrés incluant différentes combinaisons d'actions.


"Le rapport donne aux décideurs politiques l'information dont ils ont besoin pour prendre des décisions pour lutter contre le changement climatique tout en considérant aussi les besoins des populations", explique la sud-africaine Debra Roberts, autre coprésidente de cette réunion, pour qui ce texte est "un appel à la coordination". "Les années à venir seront les plus déterminantes de notre histoire", estime-t-elle.


Pour sa collègue française, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, également à Incheon, c'est "un constat lucide et difficile : la politique des petits pas ça ne suffit pas". Le rapport "nous dit que si on n'agit pas maintenant, on va vers un monde où on sera en permanence en gestion de crises". "La bonne nouvelle est qu'il y a des actions en cours dans le monde, mais il faudrait les accélérer pour avoir des transitions douces. La vraie question de la faisabilité, c'est celle-là : les gens sont-ils prêts à agir, et y aura-t-il assez de volonté politique collective ?"

"Nous ne sommes pas condamnés à 3°C", s'anime le climatologue Myles Allen. "Nous sommes éventuellement liés par nos actions passées, mais pour l'avenir tout est possible", veut croire l'universitaire britannique qui espère entendre le secteur pétrolier. L'Alliance des petits Etats insulaires, à la pointe du combat pour inscrire l'objectif 1,5 dans l'accord de Paris, a appelé "les nations civilisées à prendre leurs responsabilités en relevant leurs efforts pour réduire les émissions".


"Le rapport montre que nous n'avons plus qu'une occasion, des plus minces, pour éviter des dommages impensables au système climatique qui nous fait vivre", a dit Amjad Abdulla, qui représente une quarantaine de nations allant des Maldives aux Bahamas en passant par Singapour éparpillées sur tous les océans, et majoritairement menacées de disparition par la montée des eaux à venir. Il est "convaincu que les historiens regarderont ces conclusions comme un moment clé dans l'histoire des hommes".


"Y arriverons-nous à temps ? Personne ne sait", dit Kaisa Kosonen, responsable climat pour Greenpeace. "Ce qui compte maintenant est que nous décidions d'essayer et que nous en fassions notre priorité. Seulement alors aurons-nous une chance de nous protéger des impacts que la science nous annonce."

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