Le Hamas appelle à l'intifada : retour sur les précédents soulèvements palestiniens

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EMBRASEMENT - Suite à la décision de Trump sur Jérusalem, la situation dans la région est extrêmement tendue. Israël pourrait connaître une nouvelle intifada. La quatrième depuis 1987.

Au lendemain de la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, une décision sans précédent dans l’histoire de la diplomatie américaine, les réactions de la communauté internationale sont très critiques. Nombreux sont les voisins d’Israël à condamner une décision dangereuse pour la stabilité, déjà très fragile, de la région. Ce vendredi, le Hamas, le parti islamiste palestinien très influent dans la bande de Gaza, a appelé à une nouvelle intifada - l'arabe pour soulèvement - contre Israël. Si son appel est suivi, ce serait la quatrième que connaîtrait la région.

La première intifada (1987-1993) dite la "guerre des pierres"

Le premier soulèvement palestinien démarre au mois de décembre 1987, après une série d’évènements tragiques qui vont déclencher une insurrection qui va durer six ans. Le 6 décembre, un soldat israélien est poignardé. Deux jours plus tard, quatre Palestiniens meurent, écrasés par un camion israélien. À l’époque, la radio parle d’un incident mais chez les Palestiniens, la rumeur selon laquelle ces derniers ont été victimes de représailles d'un des parents du soldat attaqué. Le 9 décembre, lors des funérailles des quatre victimes, la foule présente s’en prend à une position de l’armée israélienne, lançant pierres et cocktails Molotov sur les soldats.


Le meurtre de ces quatre Palestiniens agit comme un catalyseur. La population supporte de plus en plus mal l’occupation israélienne et le manque d’aide de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en exil. Les Palestiniens décident de prendre leur destin en main.


Jusqu’en 1993, les tensions sont fortes et l’intifada se poursuit. Ce soulèvement populaire est très férocement réprimé par l’Etat israélien, surtout en février 1988. Les images de soldats en train de battre de jeunes enfants, en première ligne de l'intifada, pour avoir jeté des pierres font le tour du monde et entraînent un mouvement de sympathie à l’égard de la cause palestinienne.


Le bilan de cette première intifada est très lourd. Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme B’Tselem, 1162 Palestiniens, dont 241 enfants, et 160 Israéliens, dont 5 enfants, sont tués. Ce premier soulèvement prendra fin le 13 septembre 1993 avec la poignée de main historique entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, chef de l’OLP, qui parachève les accords d’Oslo, par lesquels les deux hommes reconaissent mutuellement l'autorité que l'autre représente. Une première tentative d’avancée vers le règlement du conflit israélo-palestinien.

La seconde intifada (2000-2004/2005) dite la "guerre des hommes-bombes"

C’est dans un contexte de surplace des négociations de paix entre Israël et la Palestine et de reprise de la colonisation israélienne que cette seconde intifada commence à couver. Tout explose lors de la visite d'Ariel Sharon, député nationaliste du Likoud, héros de guerre en Israël, militaire "boucher" en Palestine, le 28 septembre 2000, sur l'esplanade des Mosquées (ou le Mont du Temple), lieu hautement symbolique de Jérusalem, puisqu'il représente aussi bien un lieu sain du judaïsme que de l'islam. Une visite vécue comme une provocation par les Palestiniens.


Les jours qui suivent, des manifestations de Palestiniens s’organisent autour de l’esplanade. Ce nouveau soulèvement est écrasé dans le sang. Au 10 octobre, soit dix jours après le début de la seconde intifada, 90 Palestiniens ont été tués et 2000 blessés.


S’en suit alors un cycle d’une violence sans précédent. Contrairement au soulèvement de 1987, les Palestiniens utilisent des armes à feu contre l’armée israélienne. De son côté, le Hamas commet de nombreux attentats contre les civils israéliens. Les actions palestiniennes sont réprimées par l’armée qui est autorisé à tirer des balles dans les jambes des manifestants.


Le bilan de cette intifada est bien plus lourd que la première. Au total, 3179 Palestiniens et 1010 Israéliens sont tués. Elle prend fin le 8 février 2005 lors d’un sommet entre le Premier ministre israélien Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne à Charm El-Cheikh en Egypte. Lors de cette rencontre, ils annoncent la fin des violences entre Israël et les Palestiniens.

La troisième intifada (2015 - …) dite "l’intifada des couteaux"

Contrairement aux deux précédentes, cette intifada n’en est pas vraiment une. Elle est plutôt un soulèvement sur le long terme avec des actions ponctuelles. Tout commence en septembre 2015 à l’approche du Nouvel an juif. L’esplanade des Mosquées cristallise à nouveau les tensions entre Palestiniens et Israéliens, avec l'installation de portiques et de fouilles systématiques pour les jeunes palestiniens.. Des manifestations éclatent autour de l’esplanade et se poursuivent pendant le mois de septembre. Beaucoup des manifestants étant jeunes, la police israélienne fait interdire l’accès à l’esplanade aux femmes et hommes de moins de 50 ans.


Dès lors, des meurtres à l’arme blanche et des attentats-suicides sont perpétrés par les Palestiniens contre des civils israéliens ou des soldats à la fin de l’année 2015. La tension est telle que les soldats ont des réponses extrêmement violentes  de l’armée. À chaque tentative d’assassinat aux couteaux, les soldats israéliens répliquent et abattent dans la plupart des cas les assaillants.

Tout au long des années 2016 et 2017, des tentatives d’assassinats se poursuivent. De ce fait, la troisième intifada n’a jamais vraiment pris fin.


À présent, la question se pose. L’appel du Hamas va-t-il être entendu et déclencher un nouveau cycle de violence ? Le virage dangereux pris par Donald Trump pourrait mettre le feu aux poudres dans les prochains jours…

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