Le Japon face au drame des JO impossibles

Un homme passe devant une publicité annonçant les dates prévues des JO de Tokyo, reportés à Juillet 2021.

SAUVER LA FACE - À six mois des jeux, et malgré les bruits faisant état d'une possible annulation des Jeux olympiques d'été de Tokyo, le Premier ministre japonais se dit "déterminé". Pourtant, son gouvernement aurait déjà acté l'impossibilité de tenir les jeux à la date prévue.

À entendre le Premier ministre Yoshihide Suga, même reportés à l'été prochain, les JO 2020 sont bien sur les rails, prêts à démontrer au monde entier la "victoire de l'humanité sur le nouveau coronavirus", déclarait-il cette semaine face au parlement à Tokyo. Même son de cloche au comité d'organisation de Tokyo-2020, qui rappelait ce vendredi qu'il reste "entièrement concentré" sur les préparatifs censés accueillir les épreuves. "La tenue des Jeux est notre cap inflexible" affirme son directeur général Toshiro Muto. Des déclarations qui devraient suffire à rassurer, dans un pays volontiers légitimiste, et pourtant...

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Si l'on en croit le Times de Londres, citant une source au sein de la coalition au pouvoir au Japon, le gouvernement aurait déjà secrètement acté l'impossibilité d'organiser les Jeux olympiques cette année, du fait de la recrudescence mondiale du coronavirus, y compris au Japon. Le pays, qui semblait comme d'autres en Asie avoir dompté l'épidémie au printemps dernier, fait face depuis novembre à des courbes en hausse, tant du côté des infections que des décès. Onze départements du pays sont aujourd'hui en état d'urgence, même si aucun confinement n'a encore été décrété. Les vaccinations, elle, ne commenceront pas avant mars prochain, et même en mai pour les moins de 65 ans. Difficile dans ces conditions d'imaginer accueillir dès juillet des milliers d'athlètes de plus d'une centaine de pays, et des spectateurs que l'on attend par centaines de milliers.

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Un constat qui a réussi à retourner l'opinion, même dans un pays où les JO sont attendus par tous depuis huit ans. Comme l'ont montré plusieurs sondages récents, l'opinion publique japonaise est déjà résignée, et très majoritairement opposée actuellement à organiser les Jeux, préconisant un nouveau report ou une annulation pure et simple, suivie en cela par des parlementaires de l'opposition ce jeudi. Face à ces levées de bouclier, le comité d'organisation peine à convaincre. En décembre, ce dernier a publié un rapport décrivant comment les JO pourraient se dérouler même sans vaccins contre le coronavirus. Parmi les mesures annoncées, des choses surprenantes : il serait notamment interdit de crier ou de "parler fort" dans les stades pour éviter de répandre des postillons. Les spectateurs devront aussi se laver régulièrement les mains et éviter les espaces clos, porter le masque et conserver leurs billets pour améliorer la traçabilité d'éventuels cas contacts, selon ce rapport.

La piste de Jeux à huis clos

S'il est imaginable de tester en amont tous les athlètes et de tenter de les maintenir dans une bulle sanitaire le temps de Jeux, la même chose serait difficile à concevoir pour le public venu au Japon pour assister aux épreuves. Pour autant, l'annulation serait une catastrophe économique, tant pour le pays qui a investi dans de nouvelles installations sportives, que pour le CIO qui se verrait privé des milliards de droits télévisés. La solution, proposée ce vendredi par l'Association médicale de Tokyo, est simple : organiser l'événement, mais à huis clos. 

"Ils doivent abandonner l'idée de faire la fête du siècle en invitant des gens de différents pays", a déclaré son président Haruo Ozaki au journal Asahi Shimbun en préconisant des Jeux "sans spectateurs".  Toujours selon le Times, la piste du huis clos n'aurait pas été retenue par le gouvernement, qui pour sauver la face en cas d'annulation chercherait à s'assurer au préalable que Tokyo organise les JO de 2032, la prochaine édition disponible, après Paris-2024 et Los Angeles-2028. Mais au moins, si l'annulation des Jeux devait se confirmer, elle fera presque l'unanimité. Pour Yukio Edano, leader d'un parti d'opposition de centre-gauche, "tant que le Covid-19 se répand, il serait irresponsable d'aller plus avant, en prenant ses désirs pour des réalités."

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