Le "kidnapping" d'appartements contre rançon... la pratique prend de l'ampleur en Espagne

International

BARCELONE - Les mafias entrent de force dans des appartements vides afin de les aménager et les remettre à des occupants contre une somme d'argent. Les personnes qui s'installent soumettent ensuite les propriétaires à un chantage s'ils veulent récupérer leur bien.

Les professionnels de l'immobilier à Barcelone tirent la sonnette d'alarme. En cause ? Les mafias locales, qui "séquestrent" des appartements pour exiger des rançons. Un fléau qui a poussé la municipalité à s'emparer du sujet.

Le concept est simple, selon Enrique Vendrell, président du collège des syndics de Barcelone. Les mafias "cherchent des appartements vides sur internet où dans les registres publics pour y entrer de force. Elles branchent illégalement les services publics - eau, gaz, etc. - puis les remettent à des occupants". Pour ce service, ils font payer selon lui moins de 1.000 euros. Les personnes qui s'installent soumettent ensuite les propriétaires à un chantage s'ils veulent récupérer leur bien, assurent Enrique Vendrell.

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Un chantage qui s'accompagne de menaces

Conséquence de cette pratique ? La demande de portes de plus en plus blindées "a explosé depuis trois ans. Nous en installons quelque 1.500 chaque mois en Espagne", a expliqué la société catalane STM Seguridad Integrada, spécialisée dans l'installation de portes en acier, plus résistantes aux intrusions. Selon STM, ses clients entendent lutter contre ceux qui s'emparent d'appartement vides "pour ensuite changer la serrure et vendre les clefs". Un chantage qui, en général, s'accompagne de menaces. Cette crainte conduit aussi certains propriétaires à renoncer à afficher des panneaux de vente ou de location, pour ne pas attirer l'attention des mafias.

Le phénomène est en partie lié à l'éclatement en 2008 d'une bulle immobilière de construction débridée, alors que l'Espagne s'enfoncait dans la crise. Selon l'Institut national de la statistique (INE), il y a 3,4 millions de propriétés vides dans le pays, soit 13,7% du parc immobilier. Ces "séquestrations" n'ont en revanche rien à voir avec le drame des personnes surendettées expulsées de leurs logements à la recherche d'un toit. Car les mafias d'"okupas" cherchent, elles, à faire pression sur les propriétaires, leur réclamant des rançons de 3.000 à 6.000 euros pour obtenir un départ des lieux. 

Josep Maria Montaner, conseiller municipal chargé du logement à Barcelone, assure à l'AFP que la mairie est consciente du problème et tente avec la police catalane de résoudre les cas les plus graves, sans livrer cependant de chiffres. Pour la maire de gauche de Barcelone, Ada Colau - ancienne militante auparavant impliquée dans la défense des particuliers surendettés - le nombre important de logements vides a créé un appel d'air. Sa solution: s'en servir pour créer du logement social et, ainsi, régler deux problèmes d'un coup.

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