Le Liberland s'offre une escale diplomatique à Paris

Le Liberland s'offre une escale diplomatique à Paris
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REPORTAGE - Deux mois après avoir annoncé la création du Liberland, à la frontière entre la Serbie et la Croatie, son président auto-proclamé part en tournée mondiale. Il a fait escale à Paris ce week-end pour promouvoir son idée d'un Etat ultra-libéral.

Difficile mission que de représenter un pays qui n'existe pas. Pour faire la promotion du tout nouveau Liberland , dont il s'est autoproclamé président, Vít Jedlička a particulièrement soigné la présentation. Costume bleu impeccable, drapeau dans la valise, il a débarqué à Paris ce week-end accompagné de sa "Première dame” et de son ambassadeur. Quelques attachés de presse ont été nommés à la dernière minute et un journaliste du New York Times le suit pendant plusieurs jours. Mais les ors de la République sont encore loin : pour sa première visite en France, la délégation "liberlandaise" a dû se contenter du QG du modeste Parti libéral démocrate (PLD).

Depuis le 13 avril, date de sa fondation officielle, le Liberland, qui a réussi à susciter la curiosité sur les réseaux sociaux, se veut le dernier Etat créé en Europe. À la frontière entre la Croatie et la Serbie, cet ovni géopolitique se situe sur un territoire de 7 km2 qui n'est revendiqué par aucun des deux pays. Une faille repérée par Vít Jedlička... "sur Wikipedia", nous assure-t-il. Et une terre que cet homme politique tchèque, eurosceptique convaincu, entend bien transformer en laboratoire de son idéologie ultra-libérale. Objectif : faire un Etat... avec le moins d'Etat possible. "Le Liberland, c'est l'opportunité de se libérer de l'oppression étatique", affirme Vít Jedlička, qui fait dérouler son Power Point devant une petite cinquantaine de personnes acquises à la cause du libéralisme. Au Liberland, promet-il, “l'impôt sera volontaire”.

300.000 candidats à la nationalité

En attendant d'être le paradis fiscal promis, le Liberland n'est pour l'instant qu'une minuscule terre marécageuse. La police croate arrête quiconque tente d'y pénétrer et le seul bâtiment tombe en ruines. “Ça sera le futur siège du gouvernement”, garantit pourtant l'inébranlable Vít Jedlička. Pour l'heure, le QG du "pays" a été installé juste en face, sur la rive serbe. Un simple campement transformé depuis quelques semaines en bureau en dur, capable d'accueillir 500 personnes.

Aussi insensée soit-elle, la lubie du politique tchèque a fait des adeptes. Depuis le mois d'avril, plus de 300.000 personnes ont ainsi rempli le formulaire en ligne pour tenter d'obtenir la nationalité. Syriens et Egyptiens forment le gros des troupes, mais les candidatures affluent du monde entier. Plus de 800 Français ont d'ailleurs tenté leur chance. "Toutes les demandes seront étudiées", garantit son président. À quelques conditions cependant : ne pas être nazi, ni communiste, ni criminel. Et surtout, "faire quelque chose pour le Liberland". Une condition assez floue qui sera rendue "plus transparente dans les semaines à venir", promet Vít Jedlička.

Voyage au Liberland

À Paris, ces futurs citoyens sont plein d'espoir. À l'image de Xavier, 52 ans. "Je connais trop bien le poids des charges et des impôts, indique ce chef d'entreprise, qui est même prêt à faire ses valises. L'aspect financier est certain. Mais il y a en plus un côté aventureux qui me plaît", s'enthousiasme-t-il. Une petite fête est organisée le 3 juillet prochain en "Terre promise" pour réunir les plus motivés. Et Vít Jedlička ne manque pas d'arguments. "Le Liberland, ce n'est pas juste un paradis fiscal, c'est aussi un vrai paradis ! Il y a de superbes plages de sable fin”, sourit celui qui aime se comparer aux pères fondateurs des Etats-Unis.

Avec son projet, le leader de 31 ans a assurément réussi à faire parler de lui. Il garantit que le Liberland est pour l'instant "sa seule priorité" et ne compte pas se présenter aux élections locales tchèques. Mais l'ambitieux n'en garde pas moins les pieds sur une terre un peu moins hostile. À quarante ans, il aura le droit se présenter à la présidence de son pays. Un "vrai" et qui correspond peut-être davantage à ses ambitions politiques.

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