Le Louvre s'y installe : Abu Dhabi capitale du "soft power" culturel de l'après pétrole

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INFLUENCE – À la manière du Qatar dans le sport, les Émirats arabes unis espèrent que l’ouverture du Louvre Abu Dhabi, inauguré mercredi par Emmanuel Macron, permettra au pays d’accroître son rayonnement international. Une stratégie culturelle de longue date, là aussi, menée à coup de pétrodollars.

Le soft power dans toute sa splendeur. Dix ans après le lancement du projet, validé par la signature de Jacques Chirac en mars 2007, le Louvre d'Abou Dhabi sera inauguré en grande pompe ce mercredi dans la capitale des Émirats arabes unis (EAU) par Emmanuel Macron. Un événement qui caractérise l’arrivée de la prestigieuse "marque" française en Orient et souligne la volonté de la petite monarchie de près de 10 millions d’habitants (12% de nationaux, 88% d'étrangers), située dans la péninsule arabique, d’accroître sa modernité et son rayonnement sur la scène internationale. 


Composés de sept émirats (Abu Dhabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn), les EAU, fondés en 1971 à la suite du départ des Britanniques de la région, ont bâti leur prospérité économique essentiellement grâce au pétrole. Mais après avoir atteint en 2014 un pic à 403 milliards de dollars de PIB, les richesses ont commencé à fléchir pour s’établir, en 2016, à 348 milliards de dollars, selon les données de la Banque mondiale. Une conséquence directe de la chute des cours du baril qui a forcé les dirigeants émiratis à poursuivre un virage stratégique entamé dès le début des années 2000 et dont le but principal est de se diversifier tout en augmentant la sphère d'influence du pays à l'échelle du monde.

Créer des ponts avec le reste du monde

Élément clé de cette stratégie, le "Louvre du désert" (premier d’une série de trois musées qui ouvriront sur l’île de Saadiyat) doit, selon le président de l’Autorité du Tourisme et de la Culture d’Abu Dhabi, être le symbole d'une "nation tolérante et ouverte à la diversité". À la manière du Qatar – avec qui les autres pays du Golfe, dont l'Arabie saoudite, ont connu une crise diplomatique cet été – dans le domaine sportif (achat du PSG, création de BeIn Sports, organisation de la Coupe du monde 2022), les EAU, tout aussi portés sur la modernité que leur voisin, poursuivent une politique d'affirmation régionale - mais aussi mondiale - par la culture, à coup d'investissements massifs de pétrodollars et gazodollars. Preuve supplémentaire de cette envie d’exposition planétaire par les arts et la culture : Dubaï s’était vu attribuer en 2013 l’organisation de l’Exposition universelle de 2020. 


Amorcée pour anticiper la baisse à venir des revenus des hydrocarbures, la méthode des EAU est l’œuvre directe de la famille royale Al-Nahyane, au pouvoir depuis la fondation du pays. Une méthode aux visées stratégiques à long terme. "Ce qui se présentait comme une bonne œuvre en faveur des arts, et un miroir à touristes, devient une des manœuvres géopolitiques les plus astucieuses de l’Histoire", estime l’écrivain Christophe Donner dans un texte consacré au Louvre Abu Dhabi publié dans les colonnes du Journal du dimanche. Selon lui, comme d’autres connaisseurs du pays, ce désir de splendeur s’explique ainsi par le besoin d’établir des ponts avec le reste du monde. "Si les Français acceptent de créer ici, à Abu Dhabi, l’avatar de ce qu’ils ont de plus précieux, le symbole de leur patrimoine inaliénable et sacré, ils se trouveront dans l’obligation morale, politique et historique de le défendre." L'Hexagone est d'ailleurs déjàn présent dans le pays depuis 2006 avec l'université Sorbonne Abu Dhabi, une autre déclinaison d'un emblème français et parisien. 

Toujours dans cette optique de rayonnement, les EAU ont mis en place au mois d’avril dernier un "Conseil pour le Soft Power" afin d'intensifier l'interaction avec les autres pays. "Nous ne sommes pas une société fermée, souligne le président de l’Autorité du Tourisme et de la Culture d’Abu Dhabi dans une interview à l’AFP. Nous (Emiratis et Français, ndlr) avons un objectif identique. Nous voulons expliquer au monde comment notre histoire est connectée (...). Quand le musée ouvrira, le monde en prendra conscience". Alors que les visites démarreront samedi, reste maintenant à savoir si le succès sera au rendez-vous pour connaître l’efficacité de cette mise en œuvre d’un soft power dans toute sa splendeur. 

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