Le nombre de migrants morts en Méditerranée a-t-il baissé de moitié grâce à Salvini ?

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À LA LOUPE - Invitée du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro ce dimanche 14 avril, Marine Le Pen a déclaré que la fermeture des ports italiens aux bateaux de sauvetage des migrants, décidée par le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, avait permis de diminuer de moitié le nombre morts en Méditerranée au large de la Botte. D'où viennent ces chiffres et qu'en est-il vraiment ?

Selon Marine Le Pen, Matteo Salvini, ministre italien de l'Intérieur, "a réussi à obtenir quelque chose qui devrait réjouir tous les humanistes : la baisse de moitié du nombre de morts en Méditerranée, au large de l'Italie". Cette phrase a été prononcée sur notre antenne ce dimanche matin, dans le cadre du Grand Jury, en partenariat avec RTL et Le Figaro. La présidente du Rassemblement national a ajouté, tout en s'en félicitant, que depuis l'arrivée au pouvoir de son allié populiste italien en juin 2018, "le nombre de migrants a chuté de manière spectaculaire". Derrière ces sentences, quelle est la réalité des chiffres ?

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Le nombre de migrants en Italie a-t-il baissé "de manière spectaculaire" ?

Pour commencer, regardons déjà l'évolution du nombre de migrants arrivant par bateau depuis l'arrivée de Matteo Salvini. D'après les chiffres du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), en 2017, 172.301 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l'Europe. En 2018, ce nombre a diminué à 113.482 personnes, soit une régression de 34%. Toutefois, ce chiffre concerne l'ensemble des traversées en Méditerranée, et non spécifiquement au large des côtes italiennes, comme l'explique Marine Le Pen.

Il faut donc regarder du côté italien. En 2018, l'Italie a vu arriver 23.371 migrants, contre 119.369 en 2017. En un an, la baisse est donc de 80%, comme le précise également le ministère italien de l'Intérieur. A noter que cette baisse n'est pas seulement due à la politique radicale de la coalition actuellement au pouvoir en Italie. Si l'on se réfère au deuxième trimestre de l'année 2018 - époque à laquelle le Parti démocrate était aux commandes du pays -, 10.281 migrants ont débarqué sur la péninsule, contre 59.462 personnes en 2017. Soit une diminution de... 82%

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Le nombre de victimes a-t-il vraiment diminué de moitié ?

Une diminution de 80% du nombre de migrants en Italie en 2018 a-t-elle permis de faire baisser de moitié le nombre de victimes en Méditerranée ? Invité en janvier 2019 sur la très populaire émission politique de la Rai 1, Porta a Porta, Matteo Salvini était même venu avec ses propres pancartes pour les présenter aux téléspectateurs. D'après ses chiffres, 210 personnes auraient perdu la vie en 2017 en essayant d'atteindre l'Italie, contre seulement 23 l'année dernière. Des chiffres faux et qui ont été contestés par la presse italienne. 

Quels sont les vraies statistiques du nombre de victimes au large des côtes italiennes ? Pour cela, nous nous appuyons sur les données statistiques du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Nous nous concentrons sur la zone de la Méditerranée centrale qui correspond au périmètre des côtes italiennes. Ainsi, nous arrivons aux chiffres - effrayants - suivants : en 2018, 1279 migrants ont été retrouvés morts ou ont disparu en Méditerranée centrale, contre 2874 migrants décédés en 2017, soit une baisse, effectivement, de 54% en valeur absolue.

Le taux de mortalité a augmenté

Mais il faut pas s'arrêter à ce seul critère. En compilant les données du ministère italien de l'Intérieur et du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, il ressort qu'entre juin 2018 - et la décision italienne de fermer les ports - et décembre 2018, 904 migrants sont morts ou ont été portés disparus en mer, sur un total de 9940 migrants qui ont débarqué en Italie. Au cours de la même période en 2017, il y a eu 1072 décès ou disparitions sur un total bien plus important de 59.151 arrivées.

Conclusion effroyable : si le nombre de migrants a diminué de 80% depuis la mise en place de la politique intransigeante vis-à-vis des bateaux d'aide aux migrants, le nombre de victimes n'a baissé que de 15%. Pire, le taux de mortalité est passé de 1,7% en 2017 à 8,3% en 2018. Le risque de mourir pour les migrants lors de la traversée a donc fortement augmenté. Pas certain, donc, que les humanistes puissent se réjouir de la politique de Matteo Salvini...

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