Le port d'armes en danger après la tuerie de San Bernardino ?

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ARMES A FEU - Malgré des tueries toujours plus nombreuses aux Etats-Unis, l'opinion publique américaine reste réfractaire à une réforme majeure sur le port d'armes à feu. Mais l'attaque terroriste de San Bernardino pourrait changer la donne, selon Thomas Snégaroff.

Les tueries se succèdent aux Etats-Unis. Mercredi 2 décembre, un couple lourdement armé a abattu 14 personnes dans une clinique de San Bernardino en Californie. C'est le bilan le plus lourd depuis la fusillade de l'école de Sandy Hook, en décembre 2012, qui avait fait 26 morts, dont 20 enfants. Selon le site Gun violence archive (GNA), 48.521 incidents impliquant des armes à feu ont été recensés aux Etats-Unis rien qu'en 2015. Pour 12.282 morts. Parmi eux, 309 fusillades de masse.

"Le droit de porter des armes ne sera pas transgressé"

"Ça suffit !" lançait pourtant encore Barack Obama, après la mort de trois personnes abattues le 27 novembre dernier à Colorado Springs par un tireur qui possédait une arme d'assaut. Depuis, le président américain a renouvelé sa volonté de prévenir ces massacres, invitant "tous les niveaux de l'administration" à réagir. "Nous ne devons jamais croire que ces choses font partie du cours normal des événements parce que cela ne se produit pas aussi fréquemment dans les autres pays". Le président américain avait promis dès sa campagne de revenir sur le second amendement de la Constitution américaine. Il décrète depuis 1791 : "Une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé".

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Pour l'historien Thomas Snégaroff, l'amendement est profondément inscrit dans la culture du pays : "Cet amendement correspond à la crainte de voir l'Etat priver le citoyen d'un moyen d'autodéfense". Et d'insister : "Il y a une idée lancinante : celle d'un Etat tyrannique susceptible de mettre à mal les libertés individuelles". Au sein d'une nation où l’individualisme tient du sacré, la confiance à l'égard du Congrès est réduite à peau de chagrin. Déjà en 1981, Reagan lançait "l'Etat n'est pas la solution à nos problèmes, l'Etat est le problème". Une défiance qui tranche pourtant avec le fort sentiment patriotique présent Outre-Atlantique. "La patriotisme est fort car il est l'addition des destins individuels", rétorque l'historien.

357 millions d'armes en circulation

Pour le spécialiste, il demeure un espoir de pouvoir réformer la liberté du port d'armes aux Etats-Unis : "Seul un sentiment fort d'insécurité peut laisser un espace politique permettant de légiférer". Et dans la quête poursuivie par Barack Obama, la tuerie de San Bernardino pourrait devenir un argument fort. "Le fait qu'il s'agisse d'un acte terroriste change la donne", analyse Thomas Snégaroff. "Que des terroristes puissent se procurer facilement des armes n'interroge plus les Américains sur leurs libertés individuelles mais bien sur leur sécurité sur leur propre sol". Pourtant, seul un encadrement du second amendement apparaît envisageable : "Encadrer la vente de fusils d'assaut est envisageable, mais l'interdiction totale du port d'armes à feu est impossible", explique l'expert.

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Barack Obama pourrait bien avoir à batailler sans relâche pour mener à bien son projet avant la prochaine échéance présidentielle de 2017. Car la National Riffle Association, plus puissant lobby du port d'armes à feu Outre-Atlantique s'ingénie à contrer tout projet visant à réformer le sacro-saint amendement. Aux Etats-Unis, 357 millions d'armes sont en circulation à ce jour.

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