Le président du Conseil italien démissionne et se positionne contre Salvini

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ITALIE - Giuseppe Conte, chef du gouvernement italien, composé de La Ligue et du Mouvement 5 Etoiles, a remis sa démission, mardi 20 août, au président italien Sergio Mattarella, mardi 20 août, après une allocution où il s'est attaqué au lance-flammes à l'attitude de son vice-président du conseil, le leader d'extrême droite Matteo Salvini.

Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte a déposé, mardi 20 août, sa démission, sur le bureau du président de la République italienne, le chrétien démocrate Sergio Mattarella, comme il l'avait annoncé un peu plus tôt dans la journée. Un geste qui fait suite au débat parlementaire qui a suivi sa déclaration au lance-flammes devant le Sénat, où il a vitupéré contre le ministre de l'Intérieur d'extrême droite, Matteo Salvini. "J'interromps ici cette expérience de gouvernement. J'entends conclure ce passage institutionnel de façon cohérente. J'irai voir le président de la République pour lui présenter ma démission", a déclaré Giuseppe Conte, en soulignant qu'auparavant il écouterait le débat, qui doit durer près de quatre heures. 

"Irresponsable"

Au cours de son allocution, Giuseppe Conte a accusé celui qui est aussi son vice-Premier ministre d'avoir été "irresponsable" et d'avoir uniquement "poursuivi ses propres intérêts et ceux de son parti", en faisant éclater la coalition au pouvoir le 8 août.

Dans un discours solennel au Sénat, Conte a accusé Salvini de faire "courir de graves risques à notre pays", en évoquant notamment le danger d'une spirale économique négative. Il lui a également reproché ses interférences "hors de son champ de compétences ministérielles", son "instrumentalisation des symboles religieux" et fustigé sa volonté d'obtenir plus de prérogatives : "Je t'ai entendu demander les pleins pouvoirs et appeler à descendre dans la rue pour te soutenir : cette attitude me préoccupe".

Immédiatement après, Matteo Salvini a pris la parole, rapporte Il Corriere della Sera : "Je ne savais pas que vous aviez passé une aussi mauvaise année avec moi", a-t-il commencé, toute en ironie. Et de soutenir, ensuite : "Je referais tout ce que j'ai fait, parce que je suis un homme libre et que je n'ai pas peur du jugement des citoyens". Lesquels semblent soutenir, si on en croit les sondages, sa politique résolument opposée à toute forme d'accueil de réfugiés, comme ses réformes élargissant la légitime défense ou renforçant le pouvoir de la police.

Improbable alliance entre les sociaux-démocrates et le M5S

Ainsi prend fin, en tout cas, cette expérience gouvernementale hybride, née de l'alliance entre les deux gagnants des élections législatives de juin 2018, le Mouvement Cinq étoiles (populiste, ni droite, ni gauche) et la Ligue (extrême droite), cornaquée par l'indépendant mais néanmoins proche du M5S Giuseppe Conte. Une crise née après le vote contre le projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin des élus M5S, menés par le ministre de l'Economie Luigi Di Maio. Un vote vu comme un camouflet par Matteo Salvini, qui réclamera des élections anticipées, déposant même une motion de défiance au Sénat pour faire chuter le gouvernement.

Si la Chambre haute se refusera à examiner cette motion, ce coup de force fera émerger une nouvelle alliance, entre le M5S et le Parti démocrate (centre-gauche) de l'ancien Président du Conseil Matteo Renzi. Et aboutit donc, après des semaines à voir Matteo Salvini défiler sur les plages italiennes pour préparer sa future campagne électorale, à la démission de Conte.

Et maintenant ?

Ce dernier, dont les observateurs estiment qu'il sort grandi de la crise, restera au palais Chigi, la résidence romaine des chefs de gouvernement italiens, le temps pour le président Mattarella de trouver une issue à cette crise. Il expédiera, comme le veulent les habitudes, les affaires courantes, et notamment l'élaboration d'un budget pour 2020. Dans l'attente de nouvelles élections ? Conte et les partis traditionnels espèrent que non, tant l'avance de Salvini et de la Ligue dans les sondages lui donne des raisons de vouloir opter pour cette voie (36%, voire plus de 50% en cas d'alliance avec la droite traditionnelle). 

Reste alors la solution d'une alliance entre le Parti démocrate et le M5S, qui passerait par une jusqu'alors improbable réconciliation entre les deux mouvements. Ou alors la mise en place, souhaitée par l'ex-chef de gouvernement Romano Prodi, d'un gouvernement pro-européen (soit ce que les Italiens ont massivement rejeté l'an passé) qui répondrait au nom d'"Ursula", du prénom de la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

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