Erdogan contraint de rendre les armes dans sa bataille contre un humoriste allemand ?

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LIBERTÉ D’EXPRESSION – Déjà jugée au pénal, l’affaire opposant Recep Tayyip Erdogan à l’humoriste allemand Jan Böhmermann pour un poème satirique arrive au civil ce mercredi à Hambourg. Le président turc espère faire interdire toute rediffusion du texte, mais il pourrait bien être débouté à nouveau.

Nombre d’Allemands voient dans ce procès celui de la liberté d’expression. Déjà jugée au pénal en octobre dernier, l’affaire opposant le président turc Recep Tayyip Erdogan à l’humoriste allemand Jan Böhmermann, pour un poème satirique lu à la télévision, arrive au civil ce mercredi à Hambourg. Un passage devant le tribunal qui pourrait être le dernier acte d’une longue bataille diplomatico-judiciaire. 

Déjà débouté de ses demandes de poursuites pour "insulte à un représentant d’un Etat étranger", le dirigeant turc espère cette fois réussir à faire interdire toute rediffusion du poème. Car, si la vidéo du sketch a été enlevée de la médiathèque de la chaîne ZDF (sur laquelle officie Jan Böhmermann), elle est toujours visible sur internet, notamment sur Youtube ou Vimeo

Une affaire qui force Merkel à jongler

Dans le poème incriminé diffusé le 31 mars, entre autres vers, Jan Böhmermann déclare, encadré du drapeau turc et d'un portrait d'Erdogan : "Ce qu'il (Erdogan, ndlr) préfère c'est baiser des chèvres, et réprimer des minorités. Taper des Kurdes, frapper des Chrétiens en regardant des pornos d'enfants. Et même la nuit, au lieu de dormir, c'est fellation avec 100 moutons. Oui, Erdogan tout entier est un président avec une petite queue."

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Erdogan porte plainte contre un chroniqueur allemand, l'Allemagne en plein malaise

Le lendemain, alors que le texte est largement commenté par les médias d’outre-Rhin, Angela Merkel dénonce par la voix de son porte-parole un sketch "sciemment insultant". Deux semaines plus tard, Berlin autorise les poursuites pénales réclamées par la Turquie contre l’humoriste, en vertu d’un vieil article datant du XIXe siècle, par peur d’une crise diplomatique aigüe.

Soutiens et critiques tous azimuts

S’ensuivent une foule de commentaires, de prises de position et de revirements, souvent en faveur de Jan Böhmermann (à l’instar de son homologue John Oliver sur la chaîne américaine HBO), mais parfois aussi pour Erdogan. C’est ainsi que le 17 mai dernier, le tribunal de grande instance de Hambourg interdit à l'humoriste de répéter publiquement de larges passages de son texte, ne laissant subsister que six des vingt-quatre lignes du poème satirique. 

Deux jours plus tard, s’insurgeant contre cette décision, l’hebdomadaire britannique The Spectator lance en soutien à Jan Böhmermann un "concours de poèmes insultants" envers Recep Tayyip Erdogan. Un concours qui consacre finalement un vainqueur inattendu : l’ancien maire de Londres et actuel ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Boris Johnson.  

Loin de ces extravagances, la justice allemande poursuit ses investigations et, le 4 octobre dernier, annonce qu’elle renonce à poursuivre l’humoriste au pénal. "Les résultats de l'enquête montrent qu'aucun acte criminel n'a pu être prouvé", déclare le parquet de Mayence. La décision est confirmée en appel dix jours plus tard. Pour nombre d’Allemands, la liberté d’expression a fini par gagner. Reste maintenant à le confirmer au civil. 

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    Avant son poème, Jan Böhmermann avait déjà écrit une chanson moqueuse sur Erdogan

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