Le procès Harvey Weinstein s'ouvre lundi : retour sur une affaire hors normes

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Hollywood : le scandale Harvey Weinstein

#ME TOO - Le procès du producteur de cinéma Harvey Weinstein, accusé de multiples agressions sexuelles, s'ouvre, ce lundi à Manhattan. Accusé par plus de 80 actrices, mannequins ou employées de sa société, le magnat déchu du cinéma risque la prison à perpétuité. Retour sur une affaire hors normes.

L'affaire a déclenché un tsunami de révélations et donné naissance au désormais célèbre mouvement "Me Too". Au cœur de cette affaire, les agissements présumés d'Harvey Weinstein, patron incontesté du cinéma indépendant américain, accusé d'agressions sexuelles sur plus de 80 femmes actrices, employées de sa société, mannequins... Ces révélations avaient donné naissance au célèbre mouvement "Me Too" sur les réseaux sociaux. Une vague de révélations initiée par l'actrice Alyssa Milano, elle-même victime d'un viol survenu sur un tournage en 1993. 

Deux ans et demi après les premières révélations, le procès d'Harvey Weinstein s'ouvre à Manhattan, alors que de nombreuses figures du mouvement réclament des poursuites pénales à l'encontre du producteur. Retour sur cette affaire qui initia la fin d'une certaine omerta dans le milieu du cinéma et de la télévision. 

Octobre 2017 : le temps des révélations

Pour Weinstein, la chute a été aussi rapide que brutale. En quelques semaines, il a tout perdu. C'est en octobre 2017, le 5 précisément, qu'éclate l'affaire. Le New York Times publie une enquête ainsi que de nombreux témoignages de femmes affirmant avoir été harcelées, agressées sexuellement ou violées par Harvey Weinstein. Ces enquêtes révèlent que ces agissements ont duré une trentaine d'années et que l'homme a passé des accords financiers avec au moins huit femmes pour acheter leur silence. Face au fracas de ces révélations, Harvey Weinstein n'a eu d'autres choix que de présenter ses excuses. Il réagit en "s'excusant sincèrement" pour "sa conduite passée" et se met en congé de la société de production qu'il dirige avec son frère Bob, The Weinstein Company. Quant à son avocat, il précise que l'homme d'affaires "nie beaucoup de ces accusations." 

Une seconde lame de fond vient balayer les excuses de Weinstein, dix jours plus tard. Le journaliste d'investigation Ronan Farrow publie dans le New Yorker les témoignages de plusieurs de ses victimes présumées, dont celui de l'actrice Asia Argento qui l'accuse de viol. Initialement, cette enquête devait être un film, diffusé sur une grande chaîne de télé américaine, mais comme le raconte le journaliste dans son livre, le producteur américain aurait fait lourdement pression pour que cette enquête ne soit pas diffusée. Parmi les victimes présumées du producteur et qui prendront la parole pour raconter leurs histoires, des actrices très connues : Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Cate Blanchett, Lupita Nyong'o ou encore Salma Hayek. Des françaises comme Florence Darel, Léa Seydoux ou encore Judith Godrèche et Emma de Caunes vont aussi raconter avoir été victimes de Weinstein. Le troisième acte de ce chapitre ? Sa femme, Georgina Chapman, célèbre créatrice de mode, demande le divorce.  

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En pompier de la communication de crise, sa porte-parole affirme que Weinstein réfute "toutes les accusations de relations sexuelles non consenties". Mais le scandale est tel que le 14 octobre 2017, l'homme est exclu de l'Académie du cinéma qui remet les Oscars, une sanction rarissime dans le milieu. De nombreuses entreprises qui travaillaient avec la société du producteur décident de mettre fin à leurs collaborations respectives avec la Weinstein Company.

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En 2018, Weinstein face à la justice

En mai 2018, l'homme est inculpé pour un viol qu'il aurait commis à New York en 2013 - sur une femme dont l'identité n'a pas été révélée - et pour une agression sexuelle prétendument commise en 2004 sur l'aspirante actrice d'alors, Lucia Evans. Sûr de son fait, l'avocat de Weinstein, un certain Benjamin Brafman, connu pour avoir défendu notamment Dominique Strauss-Khan dans l'affaire qui l'opposait à Nafissatou Diallo, assure que son client ne sera pas poursuivi. Weinstein plaide non-coupable des faits qui lui sont reprochés. Après son inculpation, Harvey Weinstein est remis en liberté moyennant une caution d’un million de dollars, le port d’un bracelet électronique et la remise de son passeport, aux termes d’un arrangement entre ses avocats et la procureure.

Mais deux mois plus tard, en juillet, l'accusation rajoute trois chefs d'inculpation pour un "acte sexuel forcé" datant de juillet 2006, sur une troisième femme identifiée comme Mimi Haleyi, ex-assistante de production. Harvey Weinstein fait alors face à six chefs d'inculpation : il risque la perpétuité. En octobre de la même année, l'affaire Lucia Evans s'éteint : Ben Brafman obtient l'abandon du chef d'inculpation concernant l'actrice dont le témoignage a été décrédibilisée après qu'elle eut confié à une amie avoir accepté de faire une fellation au producteur en échange d'un rôle.

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2019 : la valse des avocats de la défense et un accord trouvé avec des victimes

Janvier 2019. Weinstein se sépare de son emblématique avocat Benjamin Brafman et engage le puissant trio Jose Baez, Ronald Sullivan et Duncan Levin pour le défendre. Ceux-ci ne resteront pas longtemps ses conseils, six petits mois et le relais est passé à une certaine Donna Rotunno, une pénaliste de Chicago, persuadée que le mouvement MeToo "dessert la cause des femmes" et spécialiste des affaires d'agressions sexuelles, côté accusés. Si le trio d'avocats s'est désisté, c'est qu'il est apparu un soupçon de conflit d'intérêt dans cette affaire : Baez avait défendu Rose Mc Gowan dans une affaire précédente. 

Pour Rotunno et son associé, le dossier redémarre en août 2019, lorsque l'acte d'accusation contre Weinstein est encore modifié afin d'inclure les accusations d'Annabella Sciorra, actrice de la série "Les Soprano", qui affirme avoir été sexuellement agressée par Weinstein en 1993 à Manhattan. Malgré la prescription des faits, ceux-ci ont permis au procureur d'étayer le chef d'inculpation de comportement sexuel "prédateur", qui implique des agressions à répétition et font encourir à l'ancien procureur, une peine à la perpétuité.

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Le 11 décembre dernier, des médias américains annoncent qu'un accord de principe a été trouvé pour solder les attaques de plus d'une trentaine de femmes devant la justice civile, moyennant le paiement de quelque 25 millions de dollars par les assureurs de l'ancien producteur. Dans cet accord, il n'est fait nullement mention d'une quelconque culpabilité de la part de Weinstein. Vivement dénoncé par certaines victimes présumées, il n'affecte en rien le volet pénal de cette affaire et dans lequel, il encourt la peine de prison à perpétuité. Reste que cet accord de principe doit être encore validé par un juge. 

Quelques jours après la révélation de cet accord, Weinstein choisit le New York Post pour un entretien rarissime depuis le début de l'affaire. Dans les colonnes du tabloïd new-yorkais, il déplore que ces poursuites judiciaires aient jeté le voile sur son travail pour la promotion des femmes dans l'industrie du cinéma. D'ailleurs, il se considère comme un "pionnier" en la matière. Il affirme être "perdu" et "espère que la ville (qui le poursuit, NDLR) le verra comme celui qu'il a été et non la personne qu'il est devenue". Cette interview n'a pas été du goût des victimes présumées, qui l'accuse notamment de jouer "la carte de la pitié" et d'avoir essayer de détourner l'attention sur les victimes en "détournant l'attention de son comportement criminel et à mettre sa honte toxique sur les victimes survivantes", d'après Ashley Judd. 

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Dans ces différentes affaires, les faits sont anciens, souvent prescrits et relativement difficiles à étayer. Au cours de ce procès, la défense de Weinstein ne lâchera rien. Donna Rotunno a d'ores et déjà expliqué qu'elle s’appuierait sur des SMS de victimes "présumées" adressés à Weinstein pour les décrédibiliser et montrer qu'elles étaient chacune restées en contact avec lui, plusieurs mois après les faits supposés. Gloria Allred, célèbre avocate de victimes d'agressions sexuelles s'attend quant à elle, à des contre-interrogatoires brutaux pour ses clientes, Annabelle Sciora et Mimi Haleyi. Le procès doit durer six semaines.

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