Le SOS lancé par l'épouse du "Coluche arménien" à la France pour faire libérer son mari

Le SOS lancé par l'épouse du "Coluche arménien" à la France pour faire libérer son mari

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SOS - Voilà deux ans exactement que Vardan Petrosyan, citoyen français surnommé le "Coluche arménien", est en prison. Selon ses proches, il est victime de fausses accusations visant à faire taire cet artiste dérangeant pour un gouvernement de l’ex-Union soviétique. Ani, son épouse, se confie à "metronews".

C'est pour envoyer un SOS à la France qu'elle accepte aujourd'hui de prendre la parole. Depuis deux ans, Ani se bat pour que son mari Vardan Petrosyan, humoriste franco-arménien détenu en Arménie, soit libéré. Car son époux, surnommé le "Coluche arménien", est la victime d’un procès que plusieurs proches estiment "kafkaïen". Dans l’indifférence générale, la justice arménienne l'a condamné en janvier 2015 à cinq ans de réclusion pour "homicide involontaire", à la suite d’un accident de la route dont il assure ne pas être responsable.

Le 20 octobre 2013, deux voitures se percutent sur une voie express en Arménie. Dans l’une d’elles, deux personnes meurent sur le coup. Vardan, au volant, s’en sort grièvement blessé. Le bilan humain est dramatique et pour l’artiste, à l’humour caustique et à la critique facile envers le gouvernement en place, c’est le début d’un tourbillon judiciaire infernal. Après quinze jours de soins intensifs, il est transféré en détention préventive sur un brancard, à peine conscient. Il a le foie explosé, le thorax déplacé, le cœur écrasé. Et clame son innocence de toutes ses forces. Dans sa version des faits, il a percuté une voiture qui effectuait une marche arrière sur l’autoroute. Mais la police judiciaire ne veut rien entendre.

"Ils essaient de le briser"

"L’enquête a été bâclée, les faits déformés", confie à metronews une source proche du dossier. "La scène de l’accident a été modifiée dès le début par les policiers et à aucun moment les croquis des experts n’ont été pris en compte par le juge. Le procès s’est révélé être une parodie totale." Une instruction des plus curieuses qui, toujours notre source, s’explique facilement : "Cet accident est une aubaine pour le gouvernement qui a enfin pu réduire Vardan au silence. Voilà deux ans qu’il ne parle plus. Ils essaient de le briser."

Depuis plusieurs années déjà, l’humoriste est en effet persona non grata à la télévision nationale, malgré sa large popularité auprès du public. Si l’on en croit un rapport de la commission aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe paru en 2011, l’Arménie, ancienne république socialiste soviétique, a d'ailleurs des progrès à faire en matière de liberté d’expression. Suite à une manifestation d’opposition en 2008, une dizaine de personnes sont ainsi décédées sans qu’aucune explication officielle ne soit donnée.

Une grâce possible ?

Egalement contactée, l’avocate française de Vardan Petrosyan, Marie Dosé, confirme : "Ce procès, c’était un spectacle judiciaire, un feuilleton qui se tenait à la cour tous les vendredis après-midi. Par exemple, les analyses ont démontré que mon client n’était pas sous emprise de l’alcool au moment de l’accident. Cet argument ne figurait donc pas au rang des accusations. Et bien, il a quand même fallu en débattre pendant six à sept semaines ! C’était tout simplement cauchemardesque." Et l’avocate d’avancer sa propre justification d’une telle mise en scène : "Il s’agissait peut-être de démontrer que même les artistes, en Arménie, sont tenus d’une main de fer."

Aujourd’hui, après deux ans passés en détention préventive dans un établissement réservé aux détenus particulièrement surveillés, Vardan Petrosyan profite d’un régime de semi-liberté. Concrètement, il peut aller travailler dans une boîte de production pendant la journée et doit passer ses nuits et ses week-ends derrière les barreaux. Mais pour ses proches, c’est loin d’être satisfaisant. "Nous avons essayé d’impliquer le ministère français des Affaires étrangères dans ce dossier, afin de négocier une grâce. Ils nous ont répondu qu’ils ne pouvaient s’immiscer dans une instruction judiciaire en cours dans un autre pays souverain. Mais maintenant que le verdict a été rendu, qu’est-ce qui les empêche de réagir ?", s’interroge l’avocate. Contacté, le Quai d’Orsay confirme à metronews être en contact avec Vardan et les autorités arméniennes. Et ajoute : "Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur les décisions de justice."

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