Le sulfureux Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, invité d'honneur du Front national

ULTRA-DROITE - Grand artisan de la victoire de Donald Trump et ancien conseiller du président, Steve Bannon était l'invité d'honneur, samedi après-midi, du congrès du FN, lors duquel il a tenu un discours. Cette figure de l'extrême droite américaine, a perdu tour à tour son poste à la Maison-Blanche et la présidence du média ultraconservateur Breitbart News.

Steve Bannon accueilli en ami au congrès du Front national, samedi après-midi à Lille. L'ancien conseiller de Donald Trump, sulfureuse icône des ultraconservateurs et d'une partie de l'extrême américaine, a tenu un discours devant les militants du parti alors que ce dernier tente de se reconstruire et de se trouver un nouveau nom. "Steve Bannon incarne le rejet de l'establishment, du monde politico-médiatique", a expliqué samedi le porte-parole du FN, Sébastien Chenu, sur France Inter. "Il va nous expliquer que la victoire est possible, et comment s'y prendre."

L'invité surprise du congrès s'était déjà intéressé à l'extrême-droite française en présentant, fin 2016, l'ex-députée Marion Maréchal-Le Pen comme "la nouvelle étoile montante". "Je réponds oui à l'invitation de Steve Bannon à travailler ensemble", lui avait répondu Marion Maréchal-Le Pen, aujourd'hui provisoirement retirée de la politique pour poursuivre une carrière privée. La nièce de Marine Le Pen se montrait intéressée par Breitbart News, le média ultraconservateur alors présidé par Bannon, qui envisageait de s'implanter en France. Elle s'est d'ailleurs adressée en février, lors d'un déplacement, aux partisans conservateurs de Donald Trump.

En froid avec Donald Trump

Steve Bannon, qui échangera samedi avec la présidente du FN Marine Le Pen, est en conflit ouvert avec le président américain. Le patron de Breitbart, qui avait rejoint Donald Trump en août 2016 pour devenir son directeur de campagne, avait joué un rôle décisif dans la victoire du milliardaire, alors en difficulté, grâce à une stratégie agressive à l’égard de l’establishment politique et des médias, mais aussi à un populisme assumé. Le président élu l'avait récompensé en lui offrant le poste de "White House Chief Strategist", un titre stratégique puisqu'il permettait de fixer la ligne politique de l’administration Trump, à la grande joie de certains leaders du suprématisme blanc, dont l'ex-patron du Ku Klux Klan David Duke. Pendant sept mois à la Maison Blanche, Bannon fut notamment l’artisan du Travel Ban (un décret migratoire) et de la sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.


Mais la collaboration entre les deux hommes a rapidement cédé le pas à une opposition frontale sur fond de soupçons. L'atmosphère glaciale entre le président américain et son conseiller a abouti, le 18 août 2017, au départ de ce dernier de la Maison Blanche, accusé de faire fuiter des informations dans la presse. L'une des autres raisons évoquées pour expliquer son départ était le meurtre d’une jeune femme par un suprémaciste blanc à Charlottesville en Virginie. Après son départ, Donald Trump avait malgré tout loué les qualités d’un "type bien". 

La polémique "Fire and Fury"

Son conflit avec Donald Trump a précipité la chute de celui qui promettait de "faire la guerre" à l'establishment républicain et de faire émerger à sa place des élus populistes aux Etats-Unis lors des élections de mi-mandat au Congrès. Le 3 janvier 2018, la presse anglo-saxonne a publié les bonnes feuilles de l’ouvrage Fire and Fury, dans lequel Bannon était abondamment cité par l’auteur, y affirmant notamment que le fils du président américain, Donald Trump Jr., avait commis une "trahison" en rencontrant une avocate russe qui offrait des informations compromettantes sur Hillary Clinton. 


Des révélations qui ont entraîné sa répudiation définitive par Donald Trump, ce dernier accusant son ancien conseiller d'avoir "perdu la raison" et le surnommant désormais "Steve le négligé". La Maison Blanche, par l'entremise de sa porte-parole Sarah Huckabee Sanders, a fait pression sur Breitbart en jugeant que le site ultraconservateur "devait envisager" de se séparer de son président. Selon le New York Times, c’est l'héritière Rebekah Mercer, soutien de longue date et ami de Steve Bannon, qui a finalement poussé Breitbart, dont elle est actionnaire minoritaire, à se séparer de son président exécutif début janvier. "Steve reste une part importante de notre histoire, et nous lui serons toujours reconnaissants pour sa contribution et ce qu'il nous a aidés à accomplir", a déclaré le PDG de Breitbart, Larry Solov, en guise d'hommage.


La décision a été saluée par un grand nombre d’élus républicains qui étaient régulièrement la cible d’attaques provenant de Bannon. Quelques mois auront suffi à faire du "grand manipulateur", ainsi nommé par le Time Magazine à cause de son influence passée, un individu persona non grata à Washington. Steve Bannon n'en a pas terminé avec les ennuis. Mi-février, il a été entendu par la Chambre des représentants dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de collusion de l'équipe Trump avec la Russie durant la campagne électorale, mais l'ex-conseiller a répondu a minima à la commission qui l'auditionnait.

Croisade internationale

Rien ne prédestinait Steve Bannon à devenir un patron de média et un homme politique. Avant son arrivée en 2012 à Breitbart, il avait tour à tour été militaire, banquier d'affaires, producteur de cinéma et de télévision. Ce personnage très atypique déjà connu malgré tout pour ses positions très à droite de l'échiquier politique était entré au sein du média ultra-conservateur pour remplacer le défunt fondateur du site, Andrew Breitbart.


En seulement quelques années, Bannon avait contribué à propulser ce site Internet confidentiel, volontiers complotiste et prisé de l’extrême-droite américaine. En mars 2016, le site comptait déjà 30 millions de lecteurs, pour en atteindre 81 millions fin 2017, ce qui place Breitbart à la 53e place des pages les plus consultées aux Etats-Unis, selon le site Alexa. 


Depuis son départ de Breitbart, Steve Bannon tente de faire fructifier son passage à la Maison Blanche en allant à la rencontre des mouvements populistes à travers le monde. Il s'est récemment rendu en Asie, avant de passer ces derniers jours en Suisse. "J'ai créé une fondation qui va 'militariser' les idées et réunir une armée de volontaires sur le terrain", a-t-il fait valoir dans une interview jeudi à la Radio télévision suisse italienne. "Le populisme est une évolution très positive. Les peuples reprennent le contrôle de leur destin de leur sort", expliquait-il notamment à propos des récentes élections en Italie. 

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