Législatives aux Pays-Bas : Geert Wilders est-il le Marine Le Pen néerlandais ?

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FAUX JUMEAUX – Comme Marine Le Pen pour la présidentielle française, le leader néerlandais d’extrême-droite Geert Wilders semble se diriger vers un score historique aux législatives de ce mercredi. Mais si de nombreux points les rapprochent, les deux candidats n’en demeurent pas moins différents. Explications.

Une vague populiste va-t-elle déferler sur le Vieux continent ? Alors qu’ont lieu ce mercredi les élections législatives aux Pays-Bas, premier pays européen appelé aux urnes cette année, le leader d’extrême-droite Geert Wilders et son Parti pour la liberté (PVV) sont donnés favoris par de nombreux sondages. Une lutte serrée devrait néanmoins se jouer avec le Premier ministre libéral sortant, Mark Rutte. 


Cette dynamique du PVV, qui pourrait toutefois se heurter au jeu des alliances et empêcher Wilders de devenir Premier ministre, rappelle celle, en France, de Marine Le Pen et du Front national, à qui un score historique semble également promis pour le premier tour de la présidentielle le 22 avril prochain. 


Mais là n’est pas le seul point commun des deux candidats. Adeptes des déclarations fracassantes, porte-paroles autoproclamés du peuple ou encore défenseurs, selon eux, d’une "identité européenne", ils partagent en effet bien plus que leur chevelure blonde. Sont-ils pour autant des copies conformes prônant systématiquement les mêmes idées ? Pas forcément. 

Wilders, un islamophobe revendiqué

À la manière de la dirigeante frontiste, le politicien néerlandais peroxydé de 53 ans – qui vit depuis des années sous protection policière permanente – divise. Et ce d’autant plus dans un pays qui se vante depuis longtemps de sa tolérance multiculturelle. Comme Marine Le Pen, Geert Wilders tente d’ailleurs de modérer son discours. "Nous ne sommes pas xénophobes", assurait-il lors d'un récent entretien accordé à nos confrères de l’AFP. Mais chassez le naturel... 

Toujours au cours de cet entretien, celui qui a été reconnu coupable de discrimination en décembre dernier pour des propos tenus en 2014 expliquait en effet : "Nous sommes contre l'afflux d'une culture qui est contre toutes nos valeurs." Dans son viseur ? L’islam et les musulmans. Geert Wilders affirme ainsi être en croisade contre ce qu'il nomme "l'islamisation" de son pays et n’hésite pas à comparer le Coran, qu'il qualifie de "fasciste" et veut faire interdire, à "Mein Kampf", le manifeste politique d'Adolf Hitler. Il se dit aussi partisan d’une forme de "Muslim Ban" sembable à celui de Donald Trump.

"Je crois que [l’islam est compatible avec la République]. Un islam tel que nous l'avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions."Marine Le Pen, le 11 septembre dernier sur TF1

Une stratégie à l’opposé de celle de Marine Le Pen, en façade tout du moins. Dans une interview avec l’hebdomadaire Valeurs actuelles au mois de juillet, la candidate FN expliquait que son parti "est un mouvement aconfessionnel" défendant "tous les Français, quelles que soient leur origine et leur religion". Interrogée en le 11 septembre dernier sur TF1 sur la compatibilité entre l’islam et la République, elle allait même plus loin en répondant par l’affirmative. "Un islam tel que nous l'avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions", précisait-elle alors. 

Points de convergences et personnalités semblables

Spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, le politologue Jean-Yves Camus abonde en ce sens. "Marine Le Pen ne va pas aussi loin dans ses propositions sur la question de l’islam que Geert Wilders", soulignait-il fin février sur France Culture. "Elle n’utilise pas les mêmes expressions d’entrée en campagne, comme "racailles marocaines" par exemple (termes lâché par Wilders le 18 février dernier, ndlr), elle ne demande pas l’interdiction de la construction de mosquées ni l’interdiction du Coran." 


Toutefois, estime celui qui est aussi chercheur à l’Iris, des similitudes existent entre les deux dirigeants, qui sont alliés au Parlement européen. Opposition à l’immigration, volonté de fermer les frontières, critique acerbe de l’UE… Elles sont nombreuses. Mais Jean-Yves Camus insiste surtout sur les "points de convergence" entre leurs personnalités : "Ce que Marine Le Pen aime chez Geert Wilders – ce qui est, je pense, assez réciproque – c’est cette personnalité flamboyante, forte, seule contre l’ensemble du système." C’est d’ailleurs peut-être à cause de cette "solitude" que la vague populiste pourrait ne pas déferler sur le Vieux continent. 

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