Qui se cache derrière le Parti pirate, en passe de prendre le pouvoir en Islande ?

Qui se cache derrière le Parti pirate, en passe de prendre le pouvoir en Islande ?
International
DirectLCI
À L’ABORDAGE – En tête des sondages pour les élections législatives de samedi, les Pirates islandais sont en passe de prendre le pouvoir dans le pays. LCI vous présente ce parti, encore marginal il y a quatre ans, qui rêve à présent de métamorphoser l’Islande et la façon de faire de la politique.

Il ne s’imaginait sans doute pas cette situation. Créé en 2012 comme un groupe contestataire plutôt marginal, le Parti pirate islandais, en tête des sondages depuis des mois, apparaît en position de force en vue des élections législatives de samedi au cours desquelles il pourrait prendre le pouvoir. 


Si le score annoncé (entre 20 et 23%) n’est pas suffisant pour qu’ils puissent gouverner seuls, les Pirates ont annoncé jeudi une alliance historique avec trois formations d’opposition – allant de la gauche au centre – qui devrait, sauf énorme surprise, leur permettre de dépasser la majorité requise.

Un paroxysme de popularité au moment des "Panama Papers"

Le Parti pirate s’est retrouvé propulsé sur le devant de la scène à la suite du scandale planétaire des "Panama Papers". Il faut dire que les Islandais avaient alors appris que 600 de leurs compatriotes, dont le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson et deux de ses ministres, figuraient parmi les personnes incriminées. Au mois d’avril (les "Panama Papers" ont été révélés le 3), les Pirates ont culminé jusqu’à 43% d’intentions de vote. 


Mais ils veillent à ne pas se laisser griser par cette popularité et par l'intérêt des journalistes du monde entier. La seule chose qu’ils ont en tête : faire avancer leurs idéaux de transparence, de démocratie directe, de lutte contre la corruption, de liberté individuelle… Des idéaux qui séduisent. "Je veux des changements. Je n'aime pas tout ce que proposent les Pirates, mais si nous voulons des changements, c'est le meilleur parti", explique un ouvrier de chantier de 42 ans à Reykjavik.  

Né de la volonté d’une ancienne militante de Wikileaks

Le petit parti devenu grand, inspiré du modèle de son aîné suédois, est né de l'implosion du Mouvement des citoyens, une autre formation prônant la démocratie directe. C’est Birgitta Jonsdottir, militante de 49 ans, ancienne porte-parole de Wikileaks, qui en est à l’origine. "Elle se cherchait. C'est une rebelle et elle a eu cette idée du Parti pirate, qui a pris tout de suite", souligne Stefania Oskarsdottir, professeur de science politique à l'université de Reykjavik.


Comptant actuellement trois élus à l'Althing (l’assemblée islandaise fondée en 930, l’un des plus anciens parlements encore existants aujourd’hui, ndlr), dont Birgitta Jonsdottir, le Parti pirate peut raisonnablement espérer dépasser la quinzaine de parlementaires (sur 63 au total).

Hiérarchie minimum et jeunesse maximum

La formation insiste beaucoup sur l’importance de sa structure "horizontale", avec une hiérarchie réduite au maximum : un comité exécutif de sept membres et sept suppléants, à présidence tournante. "Cette structure faible, c'est la force et la faiblesse des Pirates. Ils doivent trouver des gens compétents pour la faire fonctionner, sinon ce sera compliqué", explique Stefania Oskarsdottir.


Surfant sur la désaffection des 336.000 Islandais pour leurs élites politiques, les Pirates s’appuient surtout sur la jeunesse – près de 50% de la population a moins de 40 ans. Une force qui pourrait néanmoins être l’une des faiblesses du parti. "Leur électorat de base, les plus jeunes, sont aussi les moins enclins à aller voter", observe ainsi Eirikur Bergmann, professeur de sciences politiques. 


La réponse est attendue samedi. Mais une chose est sûre : lassée des formations traditionnelles, l’Islande semble bel et bien prête à donner les clés du pays à une constellation inédite, emmenée par le Parti pirate. 

En vidéo

VIDÉO - En Islande, une députée allaite sa fille à la tribune du parlement

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter