Les Colombiens disent "non" à l'accord de paix avec les Farc, Ingrid Betancourt leur demande d'être "généreux"

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RÉFÉRENDUM - Les Colombiens ont dit "non" dimanche, au texte visant à rétablir la paix entre le gouvernement colombien et la guérilla des Farc. Invitée sur LCI ce lundi matin, Ingrid Betancourt a appelé le peuple colombiens et les rebelles à faire preuve de générosité.

Dimanche, 50,23% des Combiens ont rejeté l’accord de paix entre le gouvernement et la guérilla des Farc. Un résultat inattendu puisque la majorité des sondages donnaient le "oui" gagnant. Le président  Juan Manuel Santos, a reconnu la défaite du "non", affirmant cependant que le cessez-le-feu bilatéral et définitif entré en vigueur le 29 août, restait "valide et restera en vigueur". Le chef des rebelles a lui, maintenu sa position en faveur de la paix, après 52 ans de conflit armé en Colombie, plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions déplacés. "Les Farc déplorent profondément que le pouvoir destructif de ceux qui sèment la haine et la rancœur ait influé sur l'opinion de la population colombienne", a déclaré Rodrigo Londoño.


Si le chef d'Etat avait affirmé que les Farc retourneraient "dans la jugle" si le "non" l'emportait, il a toutefois annoncé qu'il convoquerait ce lundi "toutes les forces politiques afin de les écouter, d'ouvrir des espaces de dialogue et décider du chemin à suivre". Environ 34,9 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour répondre par "oui" ou par "non" à la question suivante : "Soutenez-vous l'accord final d'achèvement du conflit et de construction d'une paix stable et durable ?", titre du document de 297 pages issu de près de quatre ans de pourparlers entre le gouvernement et les rebelles. 

Dans une interview accordée à Audrey Crespo-Mara ce lundi matin sur LCI, Ingrid Betancourt, enlevée et retenue en otage par les Farc entre 2002 et 2008, a appelé le peuple colombien et les rebelles à être "généreux". "Ils ont dit 'Non' à l'accord de paix, mais pas à la paix, a-t-elle expliqué. Ils sont là pour la paix." Selon elle, le processus de paix est "enclenché". Reste à savoir comment l'"appliquer". L'ancienne candidate à la présidentielle colombienne a estimé que les Farc devaient montrer "plus de sincérité", notamment "dans la prise de conscience du mal qu'ils ont fait". En outre, "des sanctions plus fortes" pourraient être négociées entre le gouvernement et la guérilla afin de satisfaire les Colombiens, selon Ingrid Betancourt.

Plus précisément, l'accord visait à ce que les Farc, groupe rebelle fondé en 1964 et comptant 5765 combattants, se convertissent en parti politique après avoir remis leurs armes à l'ONU. La veille du vote, 620 kg d'explosifs avaient déjà été détruits. Mais les partisans du "non" ont dénoncé le "laxisme" à l'égard des auteurs de crimes graves. Selon les électeurs opposés au texte, il est "absurde" de récompenser les Farc en transformant leur groupe rebelle en parti politique. 


La plupart craignent  un "castro-chavisme" inspiré des régimes cubain et vénézuélien. L'ancien président colombien Alvaro Uribe, actuellement sénateur de droite, opposé à ce texte, a appelé pour sa part à un "grand pacte national". "Il nous semble fondamental qu'au nom de la paix, ne soient pas mises en danger les valeurs qui la rendent possible", a-t-il affirmé.

Sur Twitter, les avis sont partagés. Si certains s'insurgent que les Colombiens aient laissé passer une si belle opportunité de rétablir la paix, d'autres en revanche, saluent leur courage. Pour Hugo Santaromita, il apparait "évident que l'Amérique latine" veut désormais "un changement du socialisme et de la démagogie", tandis que Papito Rodrigues dresse le bilan d'un "pays divisé", qui "veut la paix et la justice". Marguarita Restrepo elle, affirme que "la conscience et l'amour de la patrie ont gagné". Selon elle, ce n'est pas un "non" contre la paix, mais "un 'non' contre le socialisme en Colombie".

La Norvège, pays garant de l'accord de paix, s'est dit très déçu par la victoire du "Non". "Il ne fait aucun doute que nous sommes très déçus", a déclaré le chef de la diplomatie norvégienne, Børge Brende, à la radio NRK. "Cinquante-deux ans de conflit armé en Colombie devaient prendre fin (...) Qu'une petite minorité, la plus petite qui soit, dise non doit bien sûr être pris en compte et nous devons bâtir là-dessus dans les jours qui viennent pour voir s'il existe des solutions pour sauver la paix en Colombie". 

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