Les demandeurs d'asile pourront être renvoyés vers la Grèce à partir de mars 2017

Les demandeurs d'asile pourront être renvoyés vers la Grèce à partir de mars 2017
International

CASE DÉPART - A compter du mois de mars 2017, les pays de l'Union européenne pourront renvoyer en Grèce les demandeurs d'asile qui auront pénétré le sol européen par ce pays. Une disposition difficile à concevoir pour ce pays déjà débordé par l'afflux de migrants et dont plusieurs ONG ont dénoncé des cas de mauvais traitement.

A partir de mi-mars, les pays de l'Union européenne dont la France, seront autorisés à renvoyer vers la Grèce tous les demandeurs d'asile ayant pénétré sur le sol européen via ce pays. Cette proposition, présentée ce jeudi par la Commission européenne, permettrait de rétablir "un fonctionnement normal" du système dit de Dublin, qui détermine les règles de répartition des candidats à l'asile dans l'UE.

"La Commission estime que la Grèce a fait des progrès significatifs dans la mise en place des structures institutionnelles et juridiques essentielles pour un fonctionnement en bonne et due forme du système d'asile", a justifié l’exécutif européen dans un communiqué. Est-elle pour autant disposée à accueillir plus de personnes qu’elle n’en a déjà à charge ? En 2015, la Grèce a été le point de transit de plus d’un million de personnes, en route vers l'Europe du Nord et les policiers n’ont eu de cesse de le dire : ils sont à bout. 

L'administration grecque est-elle en mesure de prendre le relais ?

Débordés par l’afflux de migrants, ils peinent à sortir la tête de l’eau. "On (s’occupe, ndlr) de la circulation ou de la traque du trafic de drogues dans les montagnes à Idomeni, frontière avec l'ancienne République yougoslave de Macédoine où campent des milliers de migrants. Puis un mois plus tard on nous envoie dans les îles pour contrôler le flux migratoire. C'est scandaleux", s’est insurgé Panagiotis Harelas, président de la fédération des policiers aux frontières, cité dans Le Figaro. Régulièrement, des incidents éclatent entre policiers et migrants. Les uns sont à bout, épuisés, les autres n’ont plus rien, sont désespérés. 

Face à la persistance d'"une forte pression migratoire" dans ce pays, stipule néanmoins la Commission européenne, les renvois vers la Grèce doivent reprendre "progressivement". Ils s'appliqueront donc "uniquement aux candidats à l'asile arrivés en Grèce illégalement à partir du 15 mars 2017", exception faite des mineurs isolés, "qui ne doivent pas être renvoyés pour le moment". Pas sûr pour autant que la Grèce soit en mesure d’assurer la protection de ceux qui ont quitté le pays. 

Le pays souvent accusé de mauvais traitement sur les migrants

De nombreux migrants ont dénoncé des cas de mauvais traitement en Grèce. Comme le soulignait Le Monde en décembre 2014, la Cour européenne des droits de l'Homme a donné gain de cause à deux d'entre eux qui se plaignaient des conditions de leur détention dans des centres de rétention. Elle avait alors condamné Athènes à payer 6500 euros pour préjudice moral à un Iranien et 8500 euros à un Irakien, estimant que le pays avait violé l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme, relatif à "l'interdiction de traitement inhumain et dégradant".

Des accusations venant conforter les conclusions du rapport annuel 2015/2016 d'Amnesty International qui dénonce "tortures" et "recours excessifs à la force". " Cette année encore, des cas de torture et d'autres mauvais traitements ont été signalés, notamment contre des réfugiés et des migrants dans les lieux de détention ou lors d'opérations de renvois forcés", note l'ONG. Une enquête pénale a notamment été ouverte par la Direction des affaires internes de la police, après les accusations de neuf personnes, dont des enfants, qui affirmaient avoir été maltraitées par des policiers de l'unité spéciale DELTA après leur arrestation dans le quartier d'Exarcheia, à Athènes.

En 2010, Victoria Banti, avocate athénienne et chercheuse pour Amnesty International avait dénoncé dans un rapport salé rapporté par France Terre d'Asile, les conditions "inhumaines" de détention des demandeurs d’asile : pénurie de places d’hébergement, maltraitance policière, absence d'aide juridique et d’interprète. En 2016, l’organisation Human Rights Watch, qui se donne pour mission de défendre les droits de l'Homme, avait dénoncé dans un rapport de 27 pages, les "conditions de détention arbitraire et prolongée d'enfants" non accompagnés "en violation du droit international et des lois grecques". 

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