Les Français du Royaume-Uni insultés depuis le Brexit ? On leur a posé la question…

International
CALIMERO – L’ambassadrice de France au Royaume-Uni a récemment déclaré que les Français expatriés outre-Manche étaient la cible d’insultes depuis que les Britanniques ont opté pour la sortie de l'Union européenne lors du référendum du 23 juin. Vraiment ? LCI a interrogé les principaux intéressés.

Les Français vivant au Royaume-Uni sont-ils malaimés et maltraités depuis le Brexit ? C’est en tout cas ce que laissent à penser les déclarations récentes de l’ambassadrice de France outre-Manche. Dans un discours devant une commission de la Chambre des lords mardi, Sylvie Bermann a en effet déploré les insultes et autres attitudes provocatrices dont ses compatriotes seraient victimes. 


"Certains ont subi un langage agressif ou négatif. Ils n’étaient pas habitués à ce genre de traitement dans un pays où beaucoup d’entre eux habitent depuis des décennies", a pointé l’ambassadrice devant les parlementaires. "Plusieurs d’entre eux m’ont dit qu’avant le 23 juin, ils se sentaient comme des Londoniens et qu’ils sentent maintenant comme des étrangers." 


Ces propos traduisent-ils la réalité ? Sont-ils disproportionnés ? LCI a posé la question à des Français expatriés chez nos meilleurs ennemis. 

Comme de légères dissonances…

Selon le Quai d’Orsay, quelque 300.000 Français vivent actuellement au Royaume-Uni, dont la majeure partie à Londres. Et, à première vue, très peu d’entre eux semblent d’accord avec les affirmations de Sylvie Bermann. Ni concernés par les chiffres du ministère britannique de l’Intérieur, révélés le 13 octobre dernier, qui montraient une forte hausse (+41%) des crimes haineux ("hate crimes" : discriminations raciales, religieuses, sexuelles…, ndlr) au cours du mois suivant le Brexit.


"Je vis à Crowborough, dans le East Sussex et je n’ai jamais eu aucun propos (déplacé) à mon égard", raconte Ismael, sur la page Facebook du Cercle des Français à Londres. "Au contraire, les gens s’intéressent à la culture et à la gastronomie française." Même son de cloche pour Charlène, qui réside à Derby, près de Nottingham, dans le nord de l’Angleterre : "Les Anglais sont heureux de rencontrer des expats. C’est à l’opposé de ce que dit l’ambassadrice."   

À part le cours de la Livre qui baisse, on ne ressent pas vraiment de conséquencesSophie, expatriée à Londres

"À part le cours de la Livre qui baisse, on ne ressent pas vraiment de conséquences", abonde Sophie, Londonienne depuis un an et demi, qui enchaîne les petits boulots. Il faut cependant relever que la capitale anglaise a massivement voté (60%) en faveur d’un maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Ce que ne manque pas de faire remarquer Vincent : "En étant jeune et en habitant à Londres, on a peu de chances de compter des partisans du Brexit dans son entourage."


"Mes amis anglais, et même ceux que je connais moins, souvent rencontrés dans des pubs autour d’une bonne pinte, ne m’ont jamais insulté", dit également Fabrice. "Ils sont très chaleureux avec moi, ils aiment la culture française, la cuisine, le bon vin… On ne souffre aucunement du Brexit."  

Des inquiétudes plutôt administratives

Si la diplomate paraît passablement donc en décalage avec le sentiment qui se dégage des témoignages recueillis, sa prise de position traduit peut-être – maladroitement – une légère inquiétude, au moins administrative. Beaucoup de Français continuent en effet de s’interroger sur leur futur statut, lorsque la sortie sera bel et bien effective. "On se demande sous quelles conditions on va pouvoir rester et travailler, notre situation reste un peu floue", souligne ainsi Sophie. 


"Que vont devenir nos emplois ? Nos assurances santé ? Nos éventuelles aides sociales ?", s’interroge Antoine, qui travaille dans la communication depuis trois ans dans l’est de Londres et vit dans la capitale britannique avec son amie, elle aussi Française et elle aussi inquiète pour son futur statut.   


La Première ministre britannique Theresa May a promis qu'elle enclencherait avant fin mars 2017 l'article 50 du Traité de Lisbonne, préalable aux négociations qui doivent durer deux ans au maximum. Une fois le processus et les tractations lancées, les expatriés y verront sans doute (un peu) plus clair.

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