Les Grecs gardent leur sang froid malgré les longues queues au distributeur

Les Grecs gardent leur sang froid malgré les longues queues au distributeur

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REPORTAGE - Le contrôle des capitaux qui a débuté lundi en Grèce limite les retraits d'argent à 60 euros par jour, et ce jusqu'au 7 juillet. Metronews s'est rendu auprès de la population ainsi rationnée.

Le petit attroupement a commencé lundi en fin de matinée devant le distributeur aux couleurs jaunes de la Piraeus Bank, à Kolonaki, à Athènes. Un vieillard muni de sa canne, un couple nonchalant, un adolescent pianotant sur son smartphone… Peu à peu, la file d’attente s’est formée dans le calme sur ce trottoir étroit. “On est sereins”, sourit Nikos, un Athénien. Bien sûr, il y a plus de monde que d’habitude, mais personne ne s’énerve”.

Aux alentours, dans l’ensemble de la capitale, des petits groupes d’une dizaine de personnes sont massés en permanence devant les distributeurs des quatre grandes banques du pays, Alpha Bank, Pireaus Bank, Ethniki Bank et Eurobank. Tous réagissent à la décision, prise la veille par le Premier ministre Alexis Tsipras , de fermer les banques pour une semaine et d’imposer un contrôle des capitaux, à hauteur de 60 euros par jour (une mesure qui ne concerne pas les touristes avec une carte étrangère). Cette annonce faisait suite à sa décision, vendredi, de tenir un référendum le 5 juillet prochain sur les propositions des créanciers (BCE-FMI-Commission européenne) sur la dette. Dans ce climat d’incertitude, les autorités du pays ont préféré fermer les établissements bancaires afin d’éviter la fuite des capitaux. Mais une grande partie des dépôts a déjà quitté les banques. Entre janvier 2010 et juin 2015, leur niveau est passé de 230 à 125 milliards d’euros dans les banques grecques : les ménages conservent majoritairement l’argent chez eux ou dans des coffres.

Les retraités sont les plus inquiets

Dans la file d’attente de la Piraeus Bank, Ionna, la trentaine, est venue retirer “pour acheter des produits alimentaires dans les magasins où ils ne prennent pas la carte bleue”. Cette jolie rousse, elle-même salariée d’une banque grecque, approuve le système “totalement inédit” de contrôle qui s’est mis en place. “C’est raisonnable, après les annonces de ce week-end, cela aurait été l’enfer, créant une panique, notamment chez les personnes âgées”. Ces derniers mois, déjà, cette femme a vu des retraités défiler, inquiets, dans le hall de sa banque. Aujourd’hui, “ce contrôle tombe mal pour eux, car c’est le jour où tombent les pensions de retraites (fin du mois, ndlr). De plus, ils se déplacent plus rarement et privilégient les grosses transactions dans les banques, que les établissements soient fermés les angoisse davantage”.

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“On ne sait pas jusqu’à quand les banques seront fermées”

Plus loin dans la rue, Michalis observe les groupements, dubitatif. De passage dans la capitale, ce Crétois au teint hâlé a retiré son argent vendredi. “Je n’ai pas grand chose sur mon compte. J’ai pris 300 euros avant l’annonce du référendum”, se félicite-t-il. L’homme qui a “anticipé le bazar” estime que “les banques grecques seront fermées plus longtemps que l’on ne l’imagine". Il interroge : “Comment peuvent-elles rouvrir, alors que la BCE risque de couper l’ELA (Emergency liquid assistance, le fonds d’urgence européen qui alimente les banques) ?” Michalis relativise toutefois. “On ne peut parler de panique car 60 euros par jour, cela suffit pour vivre. Cela veut dire environ 1800 euros par mois, c’est énorme !” Après avoir passé plusieurs jours à Athènes, surpris par ces annonces “historiques” du gouvernement, le Crétois repartira “soulagé” sur son île. “Là-bas, ce n’est pas comme sur le continent ou la capitale, mes proches se sentent moins concernés par ces histoires. Dans nos petites communes, on a besoin de peu pour vivre. On a la mer et le soleil”.
 

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