Les pays du G7 sont-ils vraiment les champions des inégalités ?

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A LA LOUPE - L'un des thèmes principaux du sommet du G7 qui doit se tenir du 24 au 26 août à Biarritz, est la lutte contre les inégalités. Un choix qui fait grincer des dents certaines ONG. "En matière d’aggravation des inégalités, les pays du G7 sont parmi les champions", a notamment déclaré Cécile Duflot, directrice général d'Oxfam France. Qu'en est-il réellement ?

"En matière d’aggravation des inégalités, les pays du G7 sont parmi les champions", a déclaré lundi au micro de FranceInter, Cécile Duflot, directrice général d'Oxfam France. L'ancienne ministre du Logement considère qu'Emmanuel Macron a fait preuve d'un "cynisme à toute épreuve" en plaçant sous le signe de la lutte contre les inégalités le prochain sommet qui se déroulera à Biarritz du 24 au 26 août. Mais qu'en est-il réellement ? Les inégalités se sont-elles aggravées dans les 7 pays les plus puissants de la planète ? 

Une unité de mesure des inégalités

Les inégalités peuvent être mesurées grâce au coefficient de Gini. C'est un indicateur synthétique sur la distribution des revenus qui varie de 0 à 1. Ici, il sera multiplié par 100, afin d'obtenir un pourcentage. Cet indicateur fonctionne de la manière suivante : dans le cas idéal, chaque habitant touche exactement le même revenu, le coefficient de Gini est alors nul. Dans le pire des cas, un seul habitant capte l'intégralité du revenu et le coefficient de Gini est alors égal à 100. Donc, plus le pourcentage est élevé, plus le pays est inégalitaire. 

Depuis les années 80, les inégalités augmentent

Dans un rapport publié le 14 décembre 2017, des chercheurs réunis au sein du projet World Wealth and Income Database (WID, base de données sur le patrimoine et le revenu) ont montré que depuis une quarantaine d’années, les inégalités augmentent dans presque tous les pays du monde. Depuis les années 1980, les 1 % les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les 50 % les plus pauvres. Une affirmation confirmée par l'OCDE qui, dans un rapport publié en 2015, montre que la moyenne du coefficient de Gini des pays de l’organisation ressort à 31,5% (28,5% en 1985, avec une OCDE à 22). En 2016, elle atteint 31,8%. "Au cours des dernières années, les inégalités de revenus sont restées à des niveaux historiquement élevés", explique ainsi l'OCDE

Les inégalités dans les pays du G7

Quant aux pays du G7 (la France, les Etats-Unis, l'Italie, le Royaume-Uni, le Japon, le Canada et l'Allemagne), s'ils ont eux aussi vu les inégalités de revenus augmenter depuis de nombreuses années, l'indice de Gini est très différent d'un pays à l'autre. 

Commençons par le plus mauvais élève : les Etats-Unis. Selon les chiffres de l'OCDE, en terme d'inégalités de revenus, le pays de Donald Trump a atteint les 39,1% en 2016. Un pourcentage bien au-dessus de la moyenne, qui rappelons-le, était de 31,8% cette même année. Auprès de l'AFP, Thomas Piketty, économiste français, explique ce phénomène par "l'effondrement des plus bas revenus" aux Etats-Unis, mais aussi par "une inégalité considérable en matière d'éducation" et "une fiscalité de moins en moins progressive" dans ce pays. Par ailleurs, parmi les pays du G20, les Etats-Unis sont 6e en terme d'inégalités et 39e sur 154 pays, à l'échelle mondiale, selon un classement du "World Factbook" de la CIA. Néanmoins, si l'OCDE ne donne que très peu de chiffres permettant de distinguer une évolution, nous pouvons noter que l'indice de Gini est en baisse par rapport à 2013, où il était de 39,6%.

Les Etats-Unis devancent de plus de 5 points le Japon, qui est le deuxième pays le plus inégalitaire du G7. En 2015, le pays atteignait les 33,9%. Un pourcentage en augmentation, en 2012, le pays était à 33%. Il est 78e au classement mondial. La grande-part d'emplois non-réguliers dans l'économie expliquerait ce fort indice. Autres sources de ces inégalités, une culture du travail basée sur l’ancienneté, des discriminations à l’encontre des femmes, un vieillissement rapide de la population, et un pays très centralisé autour de Tokyo.

L'Italie est troisième, avec un indice qui atteint les 33,1% en 2016, selon Eurostat. Des inégalités qui s'aggravent, l'indice ayant augmenté d'un point en dix ans (en 2006, il était de 32,1%). Un indice, là aussi au-dessus de la moyenne de l'OCDE, qui s'expliquerait notamment par une concentration du patrimoine chez les plus riches et un taux de diplômés parmi les plus bas d'Europe.

4 pays du G7 en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE

Le Royaume-Uni, lui, s'il se trouve en dessous de la moyenne de l'OCDE, il reste au dessus des 30%, avec un indice à 31,5% en 2016. Pour autant, nous pouvons constater un recul des inégalités en dix ans. En effet, l'indice atteignait les 32,5% en 2006, soit une baisse de 1%. Selon Les Echos, cette évolution positive se justifie de la manière suivante : "Les revenus du travail ont été pénalisés entre 2007 et 2011, en particulier les plus hauts revenus (dans le secteur de la finance par exemple). Dans le même temps, les prestations sociales ont augmenté, du fait des réformes mises en oeuvre par le gouvernement travailliste au pouvoir jusqu'en 2010." En dix ans, les inégalités au Canada ont également diminué. L'indice est passé de 31,6% en 2006 à 30,7% en 2016. 

Enfin, les deux meilleurs élèves sont l'Allemagne et la France. L'Allemagne est néanmoins le pays du G7 qui a connu la plus grande augmentation de son indice de Gini en dix ans. En effet, il était de 26,8% en 2006 et atteint les 29,5% en 2016. Soit une hausse de + 2,7 points. Notamment en cause, le nombre élevé d'emplois à temps partiels qui ne bénéficient pas de protections sociales. Quant à la France, le système de sécurité sociale et de redistribution lui permet d'être en bas du classement. Son pourcentage est de 29,3% en 2016. Un chiffre qui stagne depuis 2014, mais en hausse de 2 points depuis 2006 (27,3%). Parmi les pays du G20, la France est également en bas du tableau. 

Des pourcentages plus élevés dans les pays émergents

Globalement, mis à part l'exception anglaise, les inégalités se sont donc bien aggravées dans les pays du G7. Pour autant, en comparaison avec certaines puissances émergentes, les indices de Gini de ces sept puissances restent moins élevés. Ainsi, toujours selon les chiffres de l'OCDE, le pourcentage d'inégalités de revenus au Brésil est de 47% (chiffres de 2013), la Russie atteint les 37,6% (chiffres de 2011), l'Inde est à 49,5% (2011), la Chine à 51% (2011) et l'Afrique du sud bat tous les records avec 62% (2015). Cette dernière se place ainsi deuxième des pays les plus inégalitaires au monde, juste après le Lesotho (63,2%, chiffres de 1995). 

A l'inverse, en Europe, la Slovaquie est en tête du classement des pays les moins inégalitaires, avec un coefficient de Gini de 24,3%, suivie par la Slovénie (24,4%) et la République tchèque (25,1%). Ces chiffres sont parmi les plus bas du monde.

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