Les protagonistes du Brexit (2/4) : Theresa May, maybe yes, maybe not

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Brexit : goodbye United Kingdom

GOODBYE BRITAIN - Un moment historique pour le Royaume-Uni. Samedi, il sera le premier pays à quitter l'Union européenne. La conclusion d'un long feuilleton, dans lequel Theresa May va y laisser de nombreuses plumes...

"Ce fut l'honneur de ma vie d'être la deuxième femme à occuper le poste de Premier ministre." C'est une Theresa May vacillante, la voix étranglée par l'émotion, qui se présente sur le perron du 10 Downing Street en ce matin du 24 mai 2019. La dirigeante vient d'officialiser devant les caméras ce que tous les Britanniques pressentaient depuis plusieurs semaines : la dirigeante n'a d'autre choix que de jeter l'éponge, épuisée par les humiliations et les échecs. Un scénario inconcevable trois ans auparavant, quand elle prend les rênes du gouvernement.

A son arrivée au pouvoir en juillet 2016, au lendemain du référendum signant la sortie du pays de l'UE, elle avait en effet de quoi rassurer les Britanniques. Qui mieux que cette femme de 59 ans à la réputation de bûcheuse et au CV impeccable – tour à tour députée puis ministre de l'Intérieur -  pour conduire le Royaume-Uni à travers une des périodes les plus délicates de son histoire ? Durant les premières semaines, Theresa May semble profiter d'un état de grâce, martelant à qui veut l'entendre "Brexit veut dire Brexit". Celle qui était favorable au maintien de son pays dans l'UE l'assure avec fermeté : "Il n’y aura aucune tentative de rester dans l’UE, aucune tentative d’y rentrer en douce, et pas de second référendum."

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Vingt mois de négociations sinueuses

Las, c'était faire fi de son gouvernement, où règne la division. D'un côté : les tenants d’un "Brexit dur", favorables à une prise de distance franche avec Bruxelles malgré des conséquences économiques potentiellement désastreuses. De l'autre, des partisans d’un maintien -remain- dans le marché unique. Après plusieurs mois chaotiques, la Première ministre tente de sortir de l'impasse en convoquant des élections anticipées. Les sondages galvanisent la conservatrice. Mais la réalité se révèle cruelle : l'échec est cinglant, elle perd sa majorité à l'Assemblée le 8 juin 2017. Pour rester au pouvoir, elle n'a d'autre choix que de s'allier avec le petit parti unioniste ultra-conservateur nord-irlandais DUP. Et celui-ci va rapidement dicter ses exigences sur le Brexit… 

A peine remise du verdict des urnes britanniques, Theresa May essuie un nouveau revers quand, en octobre 2017, le congrès du Parti conservateur tourne au fiasco : un comédien saute sur scène pour lui donner ironiquement le formulaire adressé aux gens licenciés, puis une quinte de toux plombe son discours avant que les lettres du slogan à l’arrière-plan de la scène ('Bâtir un pays qui fonctionne pour tous") tombent au sol… N'en jetez plus.

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"Elle ne manquera à personne"

Pourtant, le pire est encore à venir. Car la dirigeante doit désormais faire face à un nouveau front : les négociations avec les Européens. Theresa May, fille de pasteur, va alors débuter son chemin de croix. Car il faudra vingt mois de négociations sinueuses et harassantes avec Bruxelles pour accoucher d'un accord de divorce. Pas moins de 585 pages pour 185 articles que la dirigeante va devoir "vendre" au Parlement, où une majorité est nécessaire pour valider le texte. C'est là, en novembre 2018, que la machine va s'enrayer : impuissante, Theresa May assiste à la décomposition progressive de son gouvernement avec plus de trente démissions, de nombreux ministres remettant en cause l'accord de divorce conclu avec Bruxelles . Mais aussi deux motions de défiance dont l'une de son propre parti, et trois rejets du texte par les députés.

Outre les revers politique, Theresa May subit au fil des mois les jeux de mots douteux et autres critiques acerbes de ses homologues. Notamment Boris Johnson qui qualifie de "crotte" son projet pour le Brexit, ou l'ancien ministre des finances George Osborne qui la présente comme un "cadavre ambulant". Les éditorialistes, eux,  ironisent sur sa froideur en la surnommant "Maybot", contraction de "May le robot".

Fin mai 2019, c'est une Theresa May à bout de souffle qui se présente à Westminster avec un plan de la "dernière chance" pour tenter de faire passer sa vision du Brexit. En vain: le texte a suscité un déluge de critiques tant de l'opposition travailliste que des eurosceptiques de son propre parti, entraînant la démission mercredi soir de la ministre chargée des relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, dernier clou dans le cercueil de la dirigeante.

"Combien peut-elle encore encaisser?", s'interroge en Une le Daily Express le 21 mai. Guère plus : le 24, Theresa May démissionne. Un retrait qui, lui non plus, ne trouve pas grâce aux yeux de la presse. En témoigne la une du Telegraph : "Le mandat du pire Premier ministre britannique d'après-guerre touche à sa fin (...). Elle ne manquera à personne". Sic. 

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