Les protagonistes du Brexit (3/4) : le coup de Trafalgar de Boris Johnson

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Brexit : goodbye United Kingdom

GOODBYE BRITAIN - Un moment historique pour le Royaume-Uni. Samedi, il sera le premier pays à quitter l'Union européenne. Un long feuilleton qui s'est conclu avec Boris Johnson, l'ancien maire de Londres devenu Premier ministre et tacticien hors-pair pour contrer l'opposition et Bruxelles.

Réussir là où Theresa May s'est cassé les dents : tel est le challenge que relève Boris Johnson quand il franchit le perron du 10 Downing Street, en juillet 2019. Six mois plus tard, le pari est réussi. Le Brexit s'apprête à devenir une réalité, le Royaume-Uni reprenant sa liberté vis-à-vis de l'Europe ce vendredi. Comment "Bojo" a-t-il réussi son coup ? En survivant à une tempête constitutionnel et une campagne électorale sans précédent. 

Boris Johnson, pourtant habitué aux outrances et aux coups de Trafalgar depuis son entrée en politique en 2001, va en effet passer six mois pied sur le plancher. Aussitôt nommé Premier ministre fin juillet, il essuie son premier revers électoral : son parti échoue lors d'une élection partielle qui ramène sa majorité parlementaire à seulement une voix. Le 28 août, sentant le vent tourner, Boris Johnson décide de frapper fort : il suspend le Parlement à partir de la deuxième semaine de septembre et jusqu'au 14 octobre. Soit deux semaines avant le Brexit.

"Boris Johnson ne peut pas s’asseoir sur la démocratie !"

Déjà riche en rebondissement, la saga de la sortie de l'UE du Royaume-Uni vire alors à une tragédie shakespearienne. Car "Bojo" tente alors de passer en force en limitant les prérogatives des parlementaires pour le que le Brexit se fasse au 31 octobre. Qu'un deal soit trouvé, ou pas. En suspendant les élus, ceux-ci ne peuvent en effet débattre avant le 21 octobre, quelques jours avant l'échéance cruciale. Pour beaucoup, cette stratégie est risquée. Des milliers de manifestants battent le pavé dans les rues de Londres, dénonçant un "coup d'Etat". Le ton est donné.

Septembre débute comme août s'est achevé : par un coup d'éclat. Car au premier jour de la rentrée parlementaire, Boris Johnson perd sa majorité d'une voix, un député conservateur faisant défection sous ses propres yeux, traversant la salle pour siéger avec les libéraux démocrates. S'ensuit une bataille constitutionnelle qui, durant plusieurs semaines, va tenir en haleine le pays : le 11 septembre, la Cour suprême d’Edimbourg juge la suspension du Parlement britannique "illégale". Une semaine plus tôt, la Haute Cour pour l’Angleterre et le Pays de Galles, avait tranché pour l’inverse... Il appartient désormais à la Cour suprême britannique de décider. Ce qu'elle fait le 24 septembre, en rendant un jugement historique : la suspension pour cinq semaines du Parlement est illégale. Pour Boris Johnson, le coup est dur. "Il ne peut pas s’asseoir sur la démocratie ! Il va devenir le premier ministre au mandat le plus court de l’histoire", s'emballe Jeremy Corbyn, son opposant travailliste. "Réponse du tac au tac de l'intéressé : "Il m’en faut beaucoup pour être nerveux en ce moment." 

"Réalisons le Brexit"

Sa sortie de secours, c'est du côté de Bruxelles que Boris Johnson va la trouver. Le 17 octobre, il parvient à réaliser ce que Theresa May n'avait pas réussi : trouver un nouvel accord de divorce. "Bojo" réalise un joli coup, obtenant que le "backstop" (ce mécanisme visant à éviter le retour d'une frontière en Irlande entre la province britannique du Nord et la république membre de l'UE au sud) pourra être remis en cause dans quelques années.  Mais le plus difficile est encore à faire : obtenir le vote de ce nouveau texte. Le 22 octobre, le Parlement britannique entérine le principe du nouvel accord mais vote contre son examen en accéléré comme le voulait Boris Johnson pour que le Brexit puisse avoir lieu le 31 octobre. Le 24, se heurtant à une impasse, Boris Johnson appelle à la tenue d'élections législatives anticipées. La date est aussitôt annoncée : ce sera pour le 12 décembre. Le temps pour Bojo de se retrousser les manches et de sillonner le pays à la conquête des électeurs. 

Sous sa tignasse blonde ébouriffée, le tempétueux Premier ministre veille à se présenter en homme de terrain proche du peuple, lui qui est passé par les plus grandes universités britanniques. Comme il savait le faire au temps où il était maire de Londres, Boris Johnson soigne son image : il se fait prendre en photo aux commandes d'un bulldozer, démolissant un mur en polystyrène symbolisant "l'impasse" politique. Ou encore avec des gants de boxe siglés "Réalisons le Brexit" aux poings. Une fois de plus, celui qui mène sa campagne derrière le slogan "Get Brexit Done" ("Réalisons le Brexit") essuie les critiques. Lesquelles cessent lorsque les urnes rendent leur verdict : les conservateurs s'offrent une majorité d'une ampleur inédite depuis Margaret Thatcher en 1987, raflant 365 sièges (+48) sur 650. Auréolé de ce large succès, l'homme fort du Royaume-Uni fait adopter le 9 janvier dernier l'accord de divorce. 

L'histoire du Brexit n'est pas pour autant finie. Le chantier qui se profile ces prochains mois est gigantesque : le Royaume-Uni doit conclure en un temps record un accord avec l'UE d'ici à l'issue de la période de transition à la fin de l'année, et négocier avec les Etats-Unis l'accord mirobolant que lui a fait miroiter Donald Trump.  Pas de quoi faire peur à "Bojo ? "

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