L'Europe déchirée par les tensions autour des migrants : une crise bien plus politique que migratoire

IMMIGRATION - Un Conseil européen ce déroule ces jeudi et vendredi à Bruxelles, pour essayer de parler (enfin) d'une seule et même voix sur le dossier migratoire. Un dossier qui exacerbe les tensions, à l'heure où les arrivées ont pourtant considérablement diminué.

Un Conseil européen pour régler une crise migratoire… ou plutôt des crises politiques ? Une rencontre entre les membres de l'UE est prévue les 28-29 juin à Bruxelles, laquelle sera largement consacrée à l'immigration. Un sujet qui s'est imposé en haut de l'agenda, mais davantage en en raison des tensions entre la France et l'Italie ou de la crise sur la scène intérieure en Allemagne qu'en raison d'arrivées massives.


En effet, le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée tend à baisser. Après un pic à plus d'un million en 2015 selon l'OIM, le nombre d'arrivées s'est élevé à plus de 362.000 en 2016, 172.000 en 2017 et 37.000 depuis début 2018. "La crise migratoire est derrière nous", a assuré à l'AFP Matthieu Tardis, chercheur à l'Ifri : "Pour la seule Italie la baisse a été de 80%, avec seulement 16.000 arrivants au total. Il faut aussi souligner que les migrations se font surtout dans des espaces régionaux, particulièrement pour les réfugiés : la Turquie et le Liban comptent parmi les pays qui en accueillent le plus, et de loin." Dans le détail, ils sont - selon les Nations Unies - environ 42 % à avoir gagné l'Italie, le reste se répartissant entre la Grèce (38%) et l’Espagne (20%).

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Répartition des migrants déjà en Europe

Quid de la France ? Si aucun navire n'arrive jusqu'à nos côtes, les frontières, elles, sont sollicitées. Et selon la Cimade, elles sont le théâtre de nombreux refus : le nombre de "non-admissions" s'est élevé l'an dernier à 85.408, soit 34% de plus qu'en 2016 (63.845 refus d'entrée), assure l'association sur la base de chiffres de la police aux frontières. En 2015, année du rétablissement des contrôles aux frontières, 15.849 non-admissions avaient été prononcées. Ces refus ne sont pas un hasard : la France a officiellement réintroduit les contrôles aux frontières intérieures après les attentats du 13 novembre 2015, et les a depuis reconduits par période de six mois, rappelle la Cimade dans ce rapport publié mercredi et intitulé "Dedans, dehors : une Europe qui s'enferme".


A l'heure où l'afflux de migrants semble s'estomper, l'un des principaux points de friction concerne en revanche la répartition des migrants déjà en Europe. Notamment en Allemagne  où, en 2015, Angela Merkel avait ouvert ses frontières pour accueillir plus d'un million de migrants. Cela a déclenché une dynamique électorale favorable à la droite dure, hostile à cette immigration. Péniblement réélue, elle est désormais soumise à une coalition gouvernementale avec ses alliés de la CSU, hostiles à l'immigration qui menacent de la faire chuter si elle ne durcit pas sa politique migratoire. Un sondage publié la semaine dernière montre que près de 90% des Allemands souhaitent un durcissement de la politique migratoire.


Autre pays où le sujet attise les tensions : l'Italie. Là aussi, les chiffres parlent d'eux-mêmes : la Botte a vu quelque 700.000 migrants débarquer sur ses côtes depuis 2013. Un chiffre en baisse : depuis le 1er janvier, 15.610 réfugiés ont débarqué (-78%). Ici, la crise politique résulte surtout des accords de Dublin, qui prévoient que le pays européen où est enregistré la première fois un migrant doit gérer le dossier jusqu'au bout, faisant peser l'essentiel de la charge sur les pays d'entrée. Les Italiens ont porté au pouvoir une coalition de l'extrême droite et des populistes, dont une des décisions les plus emblématiques a été de refuser de laisser accoster l'Aquarius, mettant en lumière les lacunes de la politique européenne.

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