Les transgenres ne pourront pas servir dans l'armée américaine : "Trump devient anti-LGBT si ça lui coûte de l'argent"

Les transgenres ne pourront pas servir dans l'armée américaine : "Trump devient anti-LGBT si ça lui coûte de l'argent"
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INTERVIEW - Donald Trump a annoncé ce mercredi que les personnes transgenres ne pourraient pas servir dans l'armée US, estimant qu'elle ne pouvait notamment pas "supporter le fardeau des coûts médicaux énormes". Pour tenter de mieux comprendre sa décision, LCI a interrogé le spécialiste Jean-Eric Branaa.

Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi que les personnes transgenres ne pourront pas servir dans l'armée américaine. "Notre armée doit se concentrer sur une victoire décisive et totale et ne peut supporter le fardeau des coûts médicaux énormes et les perturbations que des personnes transgenres dans l'armée entraîneraient", a-t-il ajouté. 


Au début du mois, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, avait annoncé qu'il retardait de six mois, au 1er janvier 2018, l'ouverture du recrutement militaire américain aux personnes transgenres, décidée par Barack Obama. Selon le ministère de la Défense, il y aurait de 2500 à 7000 personnes transgenres sur le 1,3 million de militaires en activité. 


Mais pourquoi une telle décision ? Qui a soufflé dans l'oreille du Président ? Que va-t-il advenir des personnes transgenres actuellement dans l'armée ? Nous avons posé la question à Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, spécialiste des Etats-Unis.

LCI.fr : Comment peut-on analyser cette décision ?

Jean-Eric Branaa : C'est d'abord une décision d'ordre budgétaire. Tout ce qui peut réduire les coûts, Donald Trump le prend. On sait qu'il n’est pas foncièrement anti-LGBT, mais il le devient si ça lui coûte trop d'argent. C'est aussi une question d'ordre moral pour lui. Les conservateurs qui ont repris le pouvoir ne veulent pas voir une ouverture des mœurs. On est clairement en train d'assister à un retour aux années 50 ou 60.

LCI.fr : Qu'entendez-vous quand vous dites que les conservateurs ont repris le pouvoir ?

Jean-Eric Branaa : Depuis qu'il est Président, Donald Trump a fait une mue étonnante dans la religion et on assiste à une montée très nette de la "Majorité morale" évangéliste. Trump est influencé par des conseillers très puissants dont Steve Bannon et Stephen Miller. Du côté de l'armée, le général Mattis et les membres du Conseil de sécurité nationale sont pragmatiques et regardent ce qui se passe sur le terrain. Ils ne sont pas du tout à l’écoute de ce genre de choses.

LCI.fr : Qu'est-ce que cette montée du conservatisme implique pour la communauté LGBT ?

Jean-Eric Branaa : La remontée de la religion et de l’ordre moral est un très mauvais signal pour la communauté LGBTQ. A partir de 2018 les choses peuvent changer car l'arrivée de républicains conservateurs au Sénat amplifierait la victoire de Trump. La Cour Suprême est aussi très conservatrice et on peut imaginer la remise en cause de beaucoup de choses, y compris des droits accordés aux LGBT qui ne sont pas immuables.

LCI.fr : Jusqu'à revenir sur le "Don't ask, don't tell" ?

Jean-Eric Branaa : C'est possible.

LCI.fr : Que va-t-il advenir des milliers de personnes transgenres déjà présentes dans l'armée ?

Jean-Eric Branaa : Ils ne pourront pas les exclure au nom des lois sur l'égalité. On retrouvera des personnes transgenres dans les bureaux ou au Pentagone mais pas sur le front. Et Donald Trump ne fera pas de conditions particulières pour les arranger. Si vous étiez un homme par le passé, vous resterez un homme. Il ne bénéficieront plus de soins médicaux non plus.

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