Les "vérités" de Carlos Ghosn sur son arrestation et sa détention au Japon

Extrait de la conférence de presse de Carlos Ghosn, le 8 janvier 2020
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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

EXPLICATIONS - Dans les premières minutes de sa conférence de presse, Carlos Ghosn a livré sa version de son arrestation en novembre 2018 à l'aéroport de Tokyo. L'ancien patron de l'Alliance Renault-Nissan est également revenu sur ses conditions de détention, critiquant de manière véhémente le système judiciaire japonais.

Carlos Ghosn veut "laver (son) honneur". Neuf jours après son évasion rocambolesque du Japon, où il est sous le coup de quatre chefs d'inculpation pour malversations financières et attendait son procès en résidence surveillée, l'ancien patron de l'Alliance Renault-Nissan a plaidé son innocence devant plus de 130 journalistes triés sur le volet, ce mercredi 8 janvier à Beyrouth, au Liban. Outre un réquisitoire véhément sur le système judiciaire japonais, l'ex-PDG a livré sa version des faits. 

"J'ai attendu ce jour avec impatience depuis 400 jours, depuis que j'ai été brutalement enlevé de mon monde", a-t-il déclaré en préambule de sa conférence de presse, qui a débuté à 14h. En costume et rasé de près, l'homme d'affaires a affirmé avoir été "arraché" à sa famille et à ses proches lors de son interpellation le 19 novembre 2018 à l'aéroport de Tokyo.

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Son arrestation

D'après Carlos Ghosn, "tout cela avait été orchestré bien auparavant entre Nissan et le parquet". "Je ne m'en suis pas rendu compte alors que c'était en train d'arriver", a-t-il confié, osant une comparaison avec l'attaque de Pearl Harbor. L'ex-patron de Renault a déclaré que "des témoins" lui ont confié "qu'il y avait eu des préparations, des réunions entre le procureur et la direction de Nissan et d'autres officiels japonais". "Mais je n'en parlerai pas plus", a-t-il coupé, sans entrer dans les détails.

Sur son arrestation, le 19 novembre 2018 à l'aéroport de Tokyo, l'ancien PDG a tenu en revanche à éclaircir les conditions exactes dans lesquelles elle s'est déroulée. Les images diffusées par les médias comme étant celles de son interpellation à bord du jet privé de l'homme d'affaires ont été tournées après. "Je n'ai pas été arrêté dans l'avion mais bien dans l'aéroport. On m'a dit qu'il y avait un problème avec mon visa", a-t-il expliqué. Conduit dans une salle, il a retrouvé le procureur qui lui a dit qu'il était inquiété "en raison d'une somme qui n'avait pas encore été décidée, qui n'avait pas encore été versée". "Dans de nombreux pays ce n'est pas une raison pour arrêter les gens, ce n'est même pas un délit", a rappelé Carlos Ghosn. 

Sa détention

Lors de sa prise de parole, Carlos Ghosn a décrit ses conditions de détention au Japon. "J'étais l'otage d'un pays que j'avais servi pendant 17 ans", a-t-il déploré. L'ancien PDG a décrit "ses 130 jours en prison" dans "une petite cellule" avec "la lumière jour et nuit", "30 minutes par jour pour la promenade, deux douches par semaine et l'impossibilité de parler à quelqu'un qui parle français ou anglais". "Ils savaient qu'en m'empêchant d'avoir une vie normale ils me brisaient", ajouté l'ancien PDG, faisant référence à séparation avec son épouse, Carole, qu'il n'a pu voir que deux heures pendant ses neuf mois de détention. "Est-ce que je suis un animal, un objet ? Est-ce que je n'ai pas de sentiments à partager avec ma femme ?". 

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"Présumé coupable", selon ses propres mots, l'ancien patron de l'Alliance Renault-Nissan a évoqué les multiples interrogatoires "sans avocat pendant des heures" qu'il a subis pendant sa détention. "J'ai passé six jours pendant la période du Nouvel an sans voir personne", a-t-il affirmé. "L'interprète n'était disponible qu'une fois par semaine".

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Dans l'attente de son procès, Carlos Ghosn a appris de la bouche de ses avocats qu'il risquait alors d'attendre "peut-être cinq ans" avant d'aboutir à un verdict au Japon. Une situation incompréhensible qu'il a dénoncée puisque "la rapidité de traitement des dossiers est un droit humain fondamental en matière judiciaire". Dès lors, jugeant qu'il n'y avait "aucun signe qu'il allait être traité de manière juste ou d'avoir une meilleure vie" et qu'il allait "mourir", l'ancien magnat de l'automobile a estimé qu'il fallait qu'il "quitte le pays". Mais il a tenu à déclarer que "la fuite a été la décision la plus difficile de (sa) vie".

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