L'ex-curé de Soweto : "Mandela va avoir des adieux absolument étonnants"

L'ex-curé de Soweto : "Mandela va avoir des adieux absolument étonnants"

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INTERVIEW – L'ancien curé de Soweto durant l'apartheid, Mgr Emmanuel Lafont a été invité par François Hollande à rejoindre la délégation française qui se rend ce mardi en Afrique du Sud. Pour metronews, il revient sur sa rencontre avec Nelson Mandela, un "très grand homme".

Au sein de la délégation française qui se rend ce mardi en Afrique du Sud, il est sans doute celui qui a le mieux connu Nelson Mandela. Et pour cause : Mgr Emmanuel Lafont a été curé à Soweto de 1983 à 1994. Une plongée au cœur de l'apartheid pour le seul blanc du township qui, peu à peu, se rapproche à l'époque de Winnie, l'épouse de Madiba. Avant de rencontrer ce dernier, cinq jours après sa libération en 1990. Dans son ombre, il n'hésitera pas à s'investir dans la campagne présidentielle de 1994. Devenu aujourd'hui évêque de Cayenne, l'homme de foi âgé de 68 ans retourne à Johannesburg pour ses funérailles.

Votre première rencontre avec Nelson Mandela s'était déroulée dans un stade à Soweto en 1990. 23 ans plus tard, vous retournez au même endroit lui rendre un dernier hommage.
Oui, ce jour-là nous étions 120.000. Il nous était apparu extrêmement grand, digne et déjà maître de lui. Je le vois encore dire à la foule : "si vous ne vous taisez pas, j'arrête mon discours!" On sentait déjà qu'il ne voulait pas se laisser manipuler par quiconque. 23 ans plus tard, on constate qu'il a magnifiquement réussi tout ce qu'il a entrepris, y compris sa sortie.

On observe d'ailleurs depuis vendredi tout une nation qui prie, chante et danse. Faut-il s'attendre à la même ambiance ce mardi ?
Tout à fait. Il y aura une grande émotion, des larmes couleront. Mais toute funéraille en Afrique du Sud est toujours un moment de chant, d'espérance et de rassemblement. Cela guérit les cœurs, c'est un moment extraordinaire.

Quelle image garderez-vous de lui ?
Un homme qui a impressionné autant qu'il attirait. Il donnait confiance, il savait ce qu'il voulait. Et il avait cette capacité rare de ne mépriser personne et, au fond, de préférer faire de ses adversaires ses partenaires plutôt que de les humilier. Il faut être très grand pour faire cela. Très grand.

Comment l'Afrique du Sud va-t-elle se remettre de sa disparition ?
Elle s'en est déjà remise. L'héritage est immense et sera là dans les moments difficiles. Cela fait tout de même une dizaine d'années que Mandela est absent de la scène politique. Il était déjà devenu une icône, on ne le voyait plus, sauf pour un sourire. Il n'avait plus parlé à la nation depuis longtemps.

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