La démission du gouvernement au Liban "n’est que le premier pas sur le chemin de la victoire"

La démission du gouvernement au Liban "n’est que le premier pas sur le chemin de la victoire"
International

LUTTE - Treize jours de manifestations auront poussé le Premier ministre libanais et son gouvernement vers la sortie, ce mardi. Le résultat d'une révolte populaire inédite contre une classe politique accusée d'avoir laissé sombrer le pays. Pour mieux comprendre ce mouvement et ce qui attend encore le peuple libanais, nous nous sommes entretenus avec l’un des manifestants.

Feux d'artifice, klaxons hurlants et routes teintées de vert, blanc et rouge. Dans la foule qui a fêté, mardi 29 octobre au soir, la démission de Saad Hariri, le Premier ministre libanais, Ali était présent. Habitant de Beyrouth, le jeune homme a salué la nouvelle. Il revient auprès de LCI sur ce combat qui a mené à cette "petite victoire". Tout en restant lucide sur le combat qui lui reste encore à mener. 

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La goutte qui fait déborder le vase

C’est avec effroi que, treize jours plus tôt, le trentenaire découvre la nouvelle à laquelle il ne croit pas, au premier abord. "Je me suis dit que c’était vraiment très, très bizarre comme annonce", se remémore-t-il, toujours incrédule. Il y a de quoi. Le gouvernement vient d’annoncer une taxe pour les usagers des applications Whatsapp et Viber, qui seront facturés près de 18 centimes pour chaque appel. C’est "la goutte qui fait déborder le vase". 

Un sentiment que l’homme de 38 ans résume en quelques mots : "Il y en a marre". Marre de tous ces services "facturés deux fois". Ali nous cite par exemple ces générateurs dans les rues, venus compenser une électricité publique coupée "parfois trois heures par jour". Avec des pénuries chroniques d’énergie et d'eau potable, la population doit en effet souvent faire appel à des sociétés privées afin de combler le manque, à des prix exorbitants. Il en va de même pour la scolarité, avec des parents qui "ne savent même plus comment mettre leurs enfants dans des établissements convenables", et se tournent donc vers des écoles privées. Pour le reste, le Beyrouthin liste les problèmes : pollution de l’air, de l’eau, de la mer, travaux publics qui ne s’achèvent jamais et, évidemment, corruption et népotisme. 

Il faut un changement- Ali, manifestant Beyrouthin

Ali sent la colère qui "monte" dans les rangs, notamment ceux de sa génération. Si, dès le soir-même, certains descendent dans la rue, ce n’est que le vendredi soir, après avoir discuté avec des proches dans des groupes... WhatsApp, qu’il décide de se joindre aux manifestants, accompagné d’amis de longues date. Travaillant dans une start-up, son secteur d’activité lui permet à partir de là de faire de cette contestation sa priorité. "Mon milieu est constitué de cette génération qui veut être impliquée dans le changement", argue-t-il : "Personne n’est allé au travail". 

Il est loin d’être le seul. Deux semaines durant, c’est toute la société qui est à l’arrêt. Banques, écoles et universités sont restées fermées. Des centaines de milliers de manifestants, de tous bords politiques, de toute religion et de toute classe se déversent dans la capitale. Même si le gouvernement a reculé sur la taxe de téléphonie mobile en une après-midi, Ali partage avec ses concitoyens le même sentiment : "Il faut un changement !" Une unité qui fait leur force, tout comme leur indépendance. 

Bien que les actions ne soient pas "organisées", le fait qu’aucun parti ne puisse s’en emparer permet de se mobiliser sur la durée et en nombre. "C’est un mouvement d’activistes, de jeunes, d’associations", avance ainsi le jeune homme, qui permet de lui donner "une couleur purement libanaise".  Et de quoi mener à ce qu’il décrit comme une "petite victoire" pour cet élan exceptionnel d’unité qui a fait vaciller le pouvoir en une journée de mobilisation avant de le faire tomber.  

Tous veut dire tous

Si les manifestants ont déserté les barrages sur les routes, cette reprise d’activité après une longue paralysie ne rime pas avec un arrêt de la mobilisation, loin de là. Preuve en est qu’au slogan "le peuple réclame la chute du régime" s’est ajouté dès ce mardi soir un "tous veut dire tous" sans ambiguïté.

"Nous savons que ce n’est que le premier pas sur le chemin du changement", assure Ali. Leur objectif désormais ? Un gouvernement de transition "indépendant des partis traditionnels et de la classe politique". Et de lister les étapes qui doivent suivre : une fois la mise en place de responsables "experts" et "indépendants", capables de trouver en premier lieu "des solutions immédiates" pour le peuple, il désire deux grandes lois qui impacteront le pays "sur le long terme". L’une garantissant l’indépendance de la justice - afin que "l’argent gaspillé ou volé par la classe politique" soit rendu - et une  loi électorale, qui mette fin à la répartition des voix en fonction du poids des confessions religieuses. Car si ce petit pays multi-communautaire du Proche-Orient a trouvé une certaine stabilité politique grâce à ce système, Ali estime que cet argument est une "astuce" qui permet surtout aux partis et familles en place depuis des années de "se partager le gâteau". 

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Manifestations au Liban : les raisons de la colère

Deux revendications majeures qui, si elles ne sont pas entendues, pousseront Ali et ses compagnons de lutte à nouveau dans la rue. Car cette pression est la "seule carte" qu’ils possèdent dans leurs mains. "Face à un système fort, nous  n’avons pas d’autres alternatives que de maintenir la pression", nous confie-t-il. Tout en gardant espoir car, autour de lui, l’optimisme règne. "Tout le monde pense de cette façon et c’est comme ça qu’on arrive à continuer." 

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