Six morts et des dizaines de blessés lors d'affrontements armés à Beyrouth : que s'est-il passé ?

Des scènes de guerre se sont déroulées ce jeudi 14 octobre 2021 dans le quartier de Tayouné, dans le sud de Beyrouth, opposant des combattants des mouvements chiites Amal et Hezbollah et des tireurs à l'identité encore inconnue.

AFFRONTEMENTS - Des violences ont émaillé ce jeudi des manifestations à Beyrouth réclamant le départ du juge en charge de l'enquête sur l'explosion du 4 août 2020. Des échanges de tirs ont fait six morts et une trentaine de blessés, réveillant des souvenirs de la guerre civile dans un pays déjà très fragilisé.

La scène a ravivé pour les habitants de Beyrouth le spectre de la guerre civile : des hommes armés se sont affrontés jeudi 14 octobre dans les rues de la capitale, après des tirs lors d’une manifestation qui ont fait six morts et 32 blessés, selon les autorités. Des partisans des mouvements chiites Herzbollah et Amal s’étaient rassemblés près du palais de justice pour réclamer le remplacement du juge Tareq Bitar, en charge de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth l’an passé et qui prévoit notamment d’interroger de hauts responsables accusés dans le dossier, dont deux anciens ministres d’Amal.

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Tireurs embusqués

Des tireurs embusqués, dont l’identité n’est pas encore connue, ont attaqué des groupes de manifestants, suite à quoi de nombreux hommes armés, certains masqués et beaucoup portant des brassards d'Amal et du Hezbollah, ont accouru sur les lieux et ont commencé à tirer en retour. Les chars de l’armée ont investi le quartier de Tayouné et bouclé le secteur, devenu un véritable théâtre de guerre. 

Terrorisés, les habitants se sont terrés chez eux pendant plusieurs heures, des parents ont accouru récupérer leurs enfants à l’école, avant que le calme ne revienne en fin d’après-midi. Des images en triste écho avec celles de la guerre civile, qui avait éclaté en 1975 non loin de là et au cours de laquelle des tireurs terrorisaient au quotidien les habitants. 

Dans un discours, le président Michel Aoun, un allié chrétien du Hezbollah, a jugé "inacceptable de revenir au langage des armes car nous avons tous convenu de tourner cette page sombre de notre histoire". Le gouvernement a décrété une journée de deuil national vendredi.

Tensions autour de l'enquête sur l'explosion à Beyrouth

Une scène de chaos survenue dans un contexte politique électrique, après l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui avait fait plus de 200 morts, 6500 blessés et soufflé une partie de la capitale. Cible de fortes pressions, le juge Tareq Bitar veut tout de même poursuivre plusieurs responsables dans le cadre de son enquête. Les autorités ont reconnu avoir autorisé le stockage sans précaution pendant des années d’énormes quantités de nitrate d’ammonium, à l’origine de l’explosion. La Cour de cassation venait ce jeudi de rejeter des plaintes de députés et ex-ministres, dont ceux du Hezbollah et de ses alliés, contre le juge, lui permettant de reprendre ses investigations. 

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À ces tensions politiques s’ajoutent une crise économique sans précédent, qualifiée par la Banque mondiale d'une des pires dans l'histoire du monde depuis 1850, qui contraint le pays à des rationnements de courant faute de fonds pour importer du carburant. Par ailleurs, la monnaie locale ne cesse de chuter et les devises étrangères manquent, entraînant une flambée des prix. Selon l’ONU, trois Libanais sur quatre vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

La France "vivement préoccupée"

Dans ce contexte, les heurts violents qui se sont déroulés ce jeudi ont inquiété de nombreux pays à l’international, dont la France, qui a appelé à "l’apaisement" estimant que "les Libanais attendent que toute la lumière soit faite sur l'explosion du port" et qu'"ils ont droit à la vérité"

Les États-Unis, de leur côté, ont également exhorté le pays à la "désescalade" et à préserver "l'indépendance de la justice au Liban", un appel auquel s’est joint l'émissaire de l'ONU au Liban, Joanna Wronecka.

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