L'identité des kamikazes de Volgograd dévoilée : faut-il croire la Russie ?

L'identité des kamikazes de Volgograd dévoilée : faut-il croire la Russie ?

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TERRORISME - Les services de sécurité russes ont publié jeudi le nom des deux kamikazes à l'origine des attentats suicide de Volgograd (sud de la Russie) qui ont fait 34 morts fin décembre. Deux noms qui n'ont rien à voir avec les deux suspects présentés initialement par la police. Que faut-il comprendre ?

Que croire ? Les informations contradictoires des autorités russes sèment le trouble. À une semaine du coup d'envoi des jeux Olympiques de Sotchi, le Comité national antiterroriste (NAK) a dévoilé l'identité des auteurs des attentats de Volgograd, fin décembre, qui avaient causé la mort de 34 personnes.

A l'époque, deux noms, et surtout deux visages , livrés par la justice, avaient fait le tour du monde. Celui de celle que l'on a présentée comme la "veuve noire" , Oksana Aslanova, ex-épouse de d’un chef de guerre du Daghestan, qui se serait fait sauter à l'entrée de la gare de Volgograd. Puis celui de Pavel Petchenkin, auteur de l'attaque le lendemain dans un trolleybus de la même ville. La tête de la première avait été retrouvée dans les décombres, quand l'ADN du second avait parlé, disait-on. "Il faut se méfier des conclusions hâtives des autorités russes", nous avait alors prévenu un spécialiste de la région. Et il avait raison.

Une mystérieuse confession vidéo sur un site jihadiste

Car ce vendredi, dans un communiqué envoyé aux agences de presse russes, nous apprenons finalement que les auteurs des attentats des 29 et 30 décembre sont Asker Samedov et Souleïman Magomedov. "Leur nom n'avait pas été publié avant dans l'intérêt de l'enquête", précise le comité, indiquant que les deux hommes faisaient partie d'un groupe extrémiste du Daguestan, république instable du Caucase du Nord.

Ces deux visages ne sont pas tout à fait inconnus. Mi-janvier, un site jihadiste, vdagestan.com, avait en effet diffusé une vidéo intitulée "appel de Suleiman et Abdurakhman avant l'opération à Volgograd" et présentée comme le message d'adieu des deux jeunes hommes. Ces derniers avertissent qu'ils ont préparé un "cadeau" pour le président Vladimir Poutine et les touristes de Sotchi. La conclusion de cette révélation ne change pas : ces attentats meurtriers sont bien l'oeuvre de terroristes islamistes du Caucase Nord . Mais pourquoi un tel imbroglio ? Et faut-il croire à cette annonce présentée (à nouveau) comme une certitude ?

"Une annonce purement politique ?"

"Non, tranche le spécialiste du Caucase Laurent Vinatier, contacté vendredi par metronews. Il faut faire attention à tout ce que disent les autorités russes. Elles ont désigné deux coupables immédiatement après les attentats : il fallait rattacher ces attaques au terrorisme islamique, c'est logique", analyse le spécialiste. "Aujourd'hui, soit la police donne les véritables noms, après enquête approfondie, soit il s'agit purement d'une annonce politique : montrer qu'à une semaine de l'ouverture des JO, l'Etat a la situation bien en main."

Ces hommes sont-ils les "vrais" auteurs des attaques ? L'expert reste prudent. "Deux hommes se désignent eux-mêmes comme des kamikazes, qui ne sont reconnus d'aucun groupe armé et sur une vidéo non datée, c'est toujours suspect", note Laurent Vinatier, qui rappelle que lors de sa diffusion sur le site rebelle, la vidéo avait déjà laissé perplexe de nombreux spécialistes. En conclusion : "tout est possible", résume l'expert du Caucase. Reste une hypothèse, qui aurait été beaucoup plus gênante pour les autorités : "que les kamikazes soient des citoyens russes radicalisés, qui se seraient retournés contre leur gouvernement : une réalité qui questionne les fondements mêmes du pays et qui embarrasse beaucoup le pouvoir". Celle-ci a été écartée. Quant aux deux suspects initialement présentés, nous ne savons toujours pas s'ils étaient oui ou non impliqués dans les attaques de Volgograd. 

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