Loi martiale en Thaïlande : "Ça ressemble à un coup d'Etat"

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INTERVIEW - Après six mois de crise politique et de tensions entre "chemises rouges" et "chemises jaunes", l'armée thaïlandaise est sortie mardi de sa réserve avec fracas. Elle a décrété la loi martiale, qui lui octroie un "pouvoir au-dessus" des institutions civiles, pour restaurer "la paix et l'ordre public". Mais le puissant chef de l'armée assure qu'il ne s'agit pas d'un putsch et invite les rivaux politiques à "discuter". Sophie Boisseau du Rocher, chercheure associée à Asia Centre, décrypte pour metronews la situation.

Peut-on parler de coup d'Etat en Thaïlande ?
Le doute persiste. Il s'agit de la première étape d'un coup d'Etat même si techniquement, on ne peut le qualifier comme tel car il n'y a pas encore de gouvernement militaire. L'armée sait que sa marge de manœuvre est étroite. Son comportement à l'égard du gouvernement intérimaire dans les prochains jours sera décisif pour comprendre ses intentions réelles et s'il s'agit d'un coup d'Etat qui cache son nom.

Comment expliquer les crises à répétition entre les "chemises rouges" et les "chemises jaunes"?
De façon très schématique, il y a d'une part les conservateurs, les "chemises jaunes" et les réformateurs, les "rouges". Depuis dix ans, les réformateurs réclament une modification des règles du jeu politique thaïlandais énoncées dans les années 1950. Les conservateurs, c'est à dire les membres de l’establishment qui font passer leur message via le parti démocrate, eux, s'y refusent. On se retrouve donc dans un face-à-face entre une élite qui s'accroche à ses privilèges et une partie de la société qui réclame une modernisation des pratiques politiques.

On aurait pu penser que la destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra début mai aurait apaisé les choses...
Sa destitution était inévitable pour engager le débat. Mais aux yeux des jaunes, cela n’est pas suffisant. Ils restent intransigeants et ne veulent pas aller au compromis. Or les rouges, qui ont sacrifié leur Première ministre, continuent de réclamer l’organisation d’un débat. On se retrouve donc aujourd’hui dans une situation tendue.

Peut-on craindre une guerre civile ?
Je ne crois pas. La population n'en veut pas. A court terme, il est très difficile de faire des pronostics. Mais tant que le roi est là, la stabilité du pays sera respectée. Il y aura certainement ensuite un risque de dégradation, voire d'implosion.

Justement, quel est le rôle du roi dans cette crise ?
Beaucoup le croient très conservateur alors qu'il appelle au dialogue. Mais étant fatigué et âgé, il reste en dehors des discussions. Le danger est que son prestige soit récupéré par un camp.

Est-il dangereux pour les touristes de se rendre en Thaïlande aujourd'hui ?
La situation est calme. Il faut simplement éviter les points chauds de rassemblements. Pour l'heure, on n'est pas du tout dans un climat exacerbé. C'est d'ailleurs assez surprenant que l'armée ait utilisé l'argument des désordres pour intervenir parce qu'ils ne sont pas visibles.

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