Lutte contre l'antisémitisme : les Allemands appelés à porter la kippa ce samedi

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RELIGION - Le gouvernement allemand appelle la population au port de la kippa ce samedi en solidarité avec les juifs et en réponse à une recrudescence de l’antisémitisme. La semaine dernière, le commissaire en charge de la lutte contre l’antisémitisme avait pourtant conseillé l'inverse.

"Deutschland trägt Kippa", "l’Allemagne porte une kippa". Telle est l'appel que le gouvernement allemand a lancé aux citoyens du pays ce samedi 1er juin en signe de solidarité avec la communauté juive, de plus en plus visée par des attaques antisémites. Une initiative organisée alors même que se tiendra la journée Al-Quds, un événement annuel contre le contrôle israélien de Jérusalem. 

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C’est Felix Klein, le commissaire en charge de la lutte contre  l’antisémitisme lui-même qui a appelé à se rendre dans la rue en portant cette calotte. Une décision en réaction à la polémique qu’il a créée en mettant en garde, il y a une semaine, contre le port de la kippa en Allemagne. Dans un entretien au groupe de presse régional Funk, il confiait avoir "changé d’avis" sur la question : "Je ne peux pas conseiller aux Juifs de porter la kippa partout tout le temps en Allemagne."

Un conseil qu’il a donné face à la montée des attaques anti-juives dans le pays, où les actes criminels à caractère antisémite ont augmenté de 20% l'an passé selon le ministère de l'Intérieur. Selon plusieurs personnalités publiques du pays, cette haine serait importée par une cible toute trouvée : des migrants venus de pays hostiles à Israël. Ainsi, la journée mondiale d'Al-Quds, instaurée en 1979 en Iran pour remettre en question le contrôle israélien de Jérusalem,  est souvent le théâtre à Berlin de débordements antisémites. Pourtant, les dernières statistiques du ministère de l'Intérieur montrent une toute autre réalité : les auteurs de tels délits sont à une écrasante majorité (90%) issus des milieux de l'extrême-droite. C’est pourquoi, dans un entretien avec l'AFP fin mars, la procureure générale de Berlin, Claudia Vanoni, avait jugé que l'entrée de l'extrême droite au Bundestag en 2017, dont certains responsables ont tenu des propos discriminatoires, avait contribué à une certaine désinhibition. Par exemple, lors de la campagne aux Européennes, des militants du parti d’extrême-droite Die Rechte étaient passés devant une synagogue en hurlant, depuis leur car à l’effigie d’un négationniste condamné, des phrases telles que "quittez l’Allemagne" ou "rentrez en Israël". 

Mais pour de nombreux représentants politiques, ces violences n’excusent pas la consigne donnée par Felix Klein. Car selon eux, cela  équivaut à capituler face à la haine nazie. Ainsi, Joachim Herrmann, ministre de l’Intérieur de Bavière, a exhorté les juifs à ignorer cet avertissement afin de ne pas "renoncer aux règles de l'idéologie de droite". Bild va encore plus loin. Le quotidien le plus lu d'Allemagne, qui avait proposé en Une de son édition de lundi une kippa à découper, s’est montré particulièrement virulent sur le sujet. Dans un édito, en partie traduit par The Guardian, cette recommandation à ne pas afficher son judaïsme plus de 70 ans après la Shoah, est décrit comme un échec face à la propre histoire allemande. 

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