Beyrouth : "Emmanuel Macron a pris un risque physique et politique", estime le diplomate Gérard Araud

Beyrouth : "Emmanuel Macron a pris un risque physique et politique", estime le diplomate Gérard Araud
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L’INTERVIEW POLITIQUE – Alors qu’Emmanuel Macron est critiqué par l’opposition, qui dénonce une "ingérence" après son voyage au Liban, le diplomate français Gérard Araud estime plutôt que le président de la République est "courageux" et "essaie de faire bouger le système libanais".

Faut-il voir dans la visite d’Emmanuel Macron à Beyrouth, deux jours après la double explosion qui a ravagé la capitale libanaise, une ingérence française ? L’opposition le dénonce, mais Gérard Araud, diplomate français, ancien ambassadeur de France aux États-Unis et ancien représentant de la France auprès des Nations unies, estime plutôt que le président de la République est "courageux". "Il faut voir la réaction des Libanais", répond le diplomate sur LCI, "elle ne semble pas correspondre à un mouvement de révolte contre une ingérence étrangère."

"Le système politique libanais est totalement bloqué", continue Gérard Araud, "le pays est dans une crise profonde, avant même cet accident épouvantable." Selon lui, l’aide internationale en soutien aux Libanais "est prête, mais la communauté internationale l’a dit : elle ne sera transférée que si le Liban procède à un ensemble de réformes de son système financier et de nature politique."

"Macron est le porte-parole de la communauté internationale"

Pour le diplomate, le président de la République "essaie de faire bouger ce système libanais qui accable tout un peuple". Sa visite "accroît la pression sur cette classe politique pour sortir de ces petits jeux stériles et essayer de répondre à l’ampleur des défis du peuple libanais" puisque "cette explosion n’est que le dernier épisode d’une série de malheurs qui frappent" le pays. "À la fin du compte, c’est à la classe politique libanaise de répondre aux souffrances du peuple libanais. Mais cette classe politique est, jusqu’à maintenant, totalement sourde."

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Même si Emmanuel Macron est le seul chef d’État à s’être rendu dans la capitale libanaise, il n’est pas isolé, estime Gérard Araud. "Les organisations internationales, et notamment le FMI, sont derrière lui. Il n’est que le porte-parole de la communauté internationale pour rappeler aux politiques libanais ce qu’ils doivent faire." "Il a été sur le terrain pendant quelques heures, mais cela ne va pas l’empêcher d’appeler ses homologues", notamment européens, "car je ne suis pas sûr que Donald Trump soit très intéressé par le Liban", poursuit le diplomate.

"Notre pays considère qu'il doit apporter beaucoup au monde"

Toutefois, Emmanuel Macron "prend un risque" en s’engageant pour le Liban. "Il peut échouer. Mais je trouve qu’il y a une certaine grandeur à essayer, parce que la France aura été la seule à faire cet effort. Pour le président de la République, aller dans les rues de Beyrouth, c’est aussi courir un risque physique et politique. Et il l’a pris."

Gérard Araud estime que la visite de Macron à Beyrouth s’inscrit aussi dans l’histoire française. "Dans le génie de la France, il y a cet aspect de geste avec un certain panache", affirme le diplomate, rappelant la visite de François Mitterrand à Sarajevo en 1992, en plein conflit armé entre Serbes et Bosniaques, ou celle de Jacques Chirac à Beyrouth, déjà, après l’assassinat de Rafiq Hariri, en 2005. "Macron s’inscrit dans une tradition française, notre pays a une manière de considérer qu’il doit apporter beaucoup au monde, même quand ses intérêts directs ne sont pas en jeu."

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Pour Gérard Araud, les critiques formulées par l’opposition française sont d’ailleurs "un peu tristes". "Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que l’opposition félicite le président de la République", mais "pour une fois, la politique intérieure française pourrait s’arrêter et reprendre plus tard", rappelant que "Macron a été acclamé par les Libanais". "Nous pourrons critiquer la manière dont il a géré cette affaire, il y a certainement des erreurs qui ont été commises dans l’urgence. Mais essayons de ne pas être sarcastiques et dire bravo, mais maintenant, réussissez."

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